Histoire
d’un Père...et Grand-Père Histoire de mon Père tué le 5 juin 1940 lors de l’attaque allemande sur le canal de l’Ailette Par Roger Guinet, son fils. Propos recueillis par Daniel Laurent |
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Son régiment : En 1939 la 28ème Division dont le 97ème faisait parti était initialement affectée à la défense du secteur fortifié de Savoie en cas de conflit avec l’Italie, à la mobilisation la division a donc pris position sur les cols des Alpes et dans les vallées de la Maurienne et de la Tarentaise. Fin octobre 1939,
elle a été transportée en Alsace, dans les basses
Vosges où la moitié de ses bataillons d’infanterie
ont pris position sur la frontière en avant de la ligne Maginot
dont les ouvrages constituaient la ligne de résistance, elle est
restée dans ce secteur jusqu’en avril 1940, ses bataillons
se relayant aux avant postes et restant en réserve par intermittences. A la mi-avril, la division a été relevée et envoyée en réserve stratégique aux confins des départements du Jura et de la Saône et Loire... Dès l’attaque allemande du 10 mai 1940, elle a été embarquée et 2 jours après a débarqué dans la région comprise entre le Chemin des Dames et le canal de l’Ailette, la compagnie de commandement à laquelle mon Père appartenait était cantonnée dans des grottes sur la commune de Jouy ( maintenant Azay-jouy), grottes toutes proches du Chemin des Dames côté route de Soissons. Le gros de l’armée
allemande était occupé dans le Nord à encercler et
repousser à la mer l’armée anglaise et le groupe d’armée
du Nord. Ayant réussi cette opération à partir du
16 mai, les troupes allemandes sont arrivées au contact de la position
que la division avait sommairement organisée et ont tenté,
sans succès de franchir le canal de l’Ailette. La Cie de commandement faisait partie des éléments régimentaires c'est à dire qu’elle n’était pas incluse dans les 3 bataillons du régiment. C’était une Cie régimentaire comme la Cie régimentaire d’engins (canons anti-chars, mortiers) et la Cie hors rang (service de santé, ravitaillement, approvisionnement) ces compagnies étaient au service de tout le régiment. Les sections les plus éprouvées furent la 3ème et la 4ème (celle de mon Père). Mon père
faisait partie de la 4ème section, celle des Pionniers, il était
sergent donc responsable d’un groupe. Le Capitaine Dain était le commandant de la Cie de commandement, le lieutenant Guillain était le chef de la section des pionniers. Il assuma par la suite les fonctions de commandant de la Cie. Le 5 juin lors de l’attaque ils furent tous deux tués. Le 6 juin la section de pionniers n’avait plus de gradés, lieutenant tué, adjudant tué, tous les sergents tués ou gravement blessés, "Nous nous sommes retrouvés comme un troupeau de moutons égarés" m’écrivait 30 ans après Armand Wargnier un lyonnais de la même section, bon copain de mon Père. Le 6 juin au matin Maurice Lescure qui était de Bizonnes, le pays de mon père, est passé avec son char, qui avait eu la tourelle arrachée par un obus au Chemin des Dames et racontait que les fossés, les prés étaient jonchés de cadavres que personne n’avait encore eu le temps d’enterrer. C’était disait-il la désolation. Il savait que mon Père était dans le coin et se faisait beaucoup de soucis. Claude Paillet de Bizonnes était dans le même régiment que mon Père mais l’attaque les avait épargnés elle avait eu lieu sur le secteur le plus proche de la route de Soissons, le secteur où se trouvait la Cie de commandement sans doute positionnée près des voies de communication elle aussi pour pouvoir se déplacer rapidement vers les autres Cies du régiment. Le plateau du Chemin des Dames est traversé par une seule petite route qui relie la Route Laon-Soissons d’un côté et la route Reims-Laon de l’autre en passant par le célèbre plateau de Craonne (Haut lieu de la guerre 1914/1918) jusqu’au carrefour de Corbeny. Ce plateau domine une vallée où coule le canal de l’Ailette qui était la première ligne de défense où se trouvait le front et les bataillons. Le but de l’armée Allemande étant Paris c’est la route de Soissons qu'elle voulait. Les tués de la Cie trouvèrent une sépulture provisoire dans le cimetière de Jouy où ils furent enterrés dans des fosses communes de 3 rangées de 7 soldats sur chaque rangée on étalait un lit de chaux vive. Les autorités militaires à la fin de la guerre proposaient aux familles qui le voulaient le rapatriement des corps. Seule la plaque matricule indiquait qui était dans cette rangée, et les ossements rendus aux familles pouvaient être ceux d’un des 7 soldats de la rangée mais pas forcément votre parent. C’est pour cela que ma Mère refusa et qu’elle laissa mon Père sur les lieux de sa mort dans une sépulture nationale près de ses compagnons d’infortune. Elle avait droit à une visite gratuite payée par l’autorité militaire mais c’était un déplacement en chemin de fer et l’accès de la nécropole de Soupir n’était pas facile. Les déplacements à l’époque ne se faisaient pas comme maintenant elle ne pu jamais se rendre sur la tombe de mon Père et mon 1er voyage en champagne se fit avec mon épouse et ma fille seulement en 1986. Ma Mère était morte depuis 1977. Si Elle avait été encore là nous aurions pu l’emmener avec nous elle n’aurait eu que 70 ans…hélas !!!! Recréé en septembre 1939
à Chambéry, le régiment des Chamois est affecté
à la 28ème division d’infanterie alpine. Cette division
compte le 97ème RIA, le 99ème Ria, le 25ème DBCA,
le 2ème RAM, le 202ème RALD, le 22ème GRDI notamment.
Elle est sous les ordres du général Lestien. C’est
une unité de réserve de série A. Le 97ème
RIA fait parti de ces régiments qui appartiennent à la réserve
du GQG dirigée par le général Gamelin. Situé
en arrière de la Ligne Maginot, il n’en fait cependant pas
parti. Roger
Alfred Guinet
Recherches :
En 1968 j’entrepris
des recherches auprès des amicales régimentaires sans grands
succès pendant 2 ans. C’est ainsi par ce système que ma mère pu reconstituer et suivre sur une carte son itinéraire. Le 3/9/39 Chambéry, moutier, le 10/9/39, Brides les Bains puis Gundershoffen en Alsace à 30km de la frontière allemande, ST Dié, Bannstein, Petite suisse, Saverne, Chaumergy, mis en réserve à Dole puis Poligny. Départ le 15/5/1940 pour le front. Arrivée à Soissons le 18/5/1940, rejoint le secteur de la Malmaison le 19 /05/1940 (commune de Jouy) sont cantonnés dans un ravin et une ancienne carrière où des grottes leur servent d’abris. Le 20 mai 1970, 30 ans après, le colonel de réserve Louis Brunet de Lyon, président de l’amicale des anciens du 97ème RIA m’écrivait pour m’annoncer qu’il lançait des recherches et me donnait en attendant les renseignements concernant le régiment de mon Père et de la tâche de sa section au front. Ma persévérance allait peut être payer : Le 27 /11/1970, le colonel reprenait contact et m’annonçait qu’il avait retrouvé deux personnes ayant connu mon Père, un de ses bons copains Armand Wargnier et un autre qui ne le connaissait pas mais dans les bras de qui il expira. C’est avec beaucoup d’émotion que je pris contact avec ces deux personnes et je me repens maintenant de ne pas avoir eu le courage d’être aller les voir. Je me suis contenté à l’époque de leurs courriers dont je vous livre la teneur. J’avais posé beaucoup de questions sur mon Père à Mr Wargnier qui le connaissait bien, voici son courrier.
Vous pourrez constater que nos pauvres soldats n’avaient pas grand chose pour se battre. Ce témoignage d’un homme acteur de cette page d’histoire à une grande valeur...Pour ceux qui comme moi attachent beaucoup de valeur à ces choses du passé. "Villeurbanne le 14/12 1970 Monsieur Guinet,
J’ai reçu votre lettre du 6 courant et je m’excuse du retard à faire la réponse, mais votre lettre ma trouvé en plaine crise de rhumatismes Aujourd’hui encore j’ai beaucoup de peine pour écrire ! Oui j’ai bien connu votre Père, bien que ne faisant pas partie du même groupe j’appartenais à la même section. Ce qu’il était ? C’était un très bon copain, doux, jamais un mot plus haut que l’autre, il faisait partie des hommes qui passent inaperçus, pas bruyant plutôt taciturne, pas bavard, vivant un peu replié sur lui même. On avait l’impression que cette guerre l’avait désemparé, de ce fait on pensait qu’il devait souvent penser à son foyer qu’il avait abandonné comme tant d’autres, mais n’ayant pas les mêmes réactions que beaucoup d’entre nous. Avait-il peur ? Je ne pense pas d’ailleurs ce sont des discussions que nous n’osions pas aborder chacun ayant sa fierté personnelle. Quant à sa mort je pense que c’est une rafale de mitraillette mais ne puis l’affirmer n’étant pas à ses côtés à ce moment là. D’ailleurs
le 5 juin, lorsque les Allemands ont attaqué je me trouvais avec
mon groupe au bout du Chemin des Dames, par la suite nous nous sommes
repliés sur le ravin de la mort, et je crois que c’est à
ce moment là que votre Père a été touché.
Dès le 6 juin nous n’avions à la section des pionniers plus de lieutenant, tué, plus d’adjudant, tué plus aucun sergents tous tués ou gravement blessés. Par conséquent nous nous sommes retrouvés comme un troupeau de moutons égarés dans la nature. Il faut dire que notre Compagnie de commandement a été très éprouvée du fait comme je vous le dit plus haut nous n’avions pas assez d’armes automatiques pour pouvoir nous défendre énergiquement, voilà la raison pour laquelle nous avons eu tant de morts. Je crois pouvoir assurer que la 3ème section et la 4ème section celle de votre Père et de moi même sont celles qui ont été le plus touchées Voici quelques détails que je fais de tête n’ayant pas tenu de journal Néanmoins lorsque nous serons en présence l’un de l’autre il y aura des détails qui me reviendront. Pour en revenir au sujet qui vous intéresse je puis vous dire que votre Père était un brave homme sur tous les rapports et que nous l’aimions tous les uns et les autres. Je joins une photo elle m’est chère aussi retournez la moi lorsque vous l’aurez fait refaire. Celui qui est sur la droite de la photo s‘appelait aussi Guinet. Il était de St Genis sur Guiers il est mort sur mon épaule en bordure d’un bois près de Chateau Tierry . Voici tout ce que je pouvais vous dire au sujet de vos questions. Si vous en avez d’autres ne vous gênez pas ! En attendant le plaisir de vous voir... Je vous présente mes sincères amitiés.
N’oubliez pas la photo de Wargnier"
La 2ème lettre
est celle de Mr Terras de Veyrins dans l’Isére, il était
adjudant chef d’une section motocycliste et c’est lui qui
est allé au devant de mon Père qui arrivait en courant mortellement
blessé. C’est grâce à son plan que 46 ans après
en 1986 j’ai pu, avec mon épouse et ma Fille, retrouver à
50 mètres près le lieu où mon Père a rendu
son dernier soupir. "Veyrins le 9 JUIN 1970 Monsieur Guinet Bien reçu votre lettre mais depuis 30 ans on a oublié un peu ce qui s’est passé le 5 juin 1940 mais dans la mesure du possible je vous donne les renseignements dont je me souviens.
Votre Père est mort le 5 juin 1940 blessé vers le Chemin des Dames lors de l’attaque allemande, il est revenu en courant, sac au dos avec son fusil à la main dans la direction de ma section, le voyant venir j’ai tout de suite pensé qu’il était blessé et avec un camarade dont je ne me souviens plus du nom nous sommes partis en courant à sa rencontre et en arrivant dans nos bras il est mort sans pouvoir nous dire un mot. Nous l’avons porté vers une maison près de l’emplacement de ma section, il était environ 8h du matin, j’ai donné l’ordre à deux soldats de le porter au poste de secours et j’ai rejoint ma section car l’ennemi n’était pas loin. Il a été blessé mortellement par balles à la poitrine et quand il est arrivé vers nous il devait avoir perdu tout son sang. Je ne pourrais
pas vous dire qui a récupéré ses papiers. Il a du
avoir une sépulture provisoire comme un de mes hommes. Je vais en vacances dans l’Isére vous pourrez venir me voir quand vous voudrez, vous m’avertirez avant ça sera un plaisir de vous recevoir. Veuillez recevoir mes respectueuses salutations Signé : TERRAS" Grâce à ce Monsieur j’ai pu retrouvé à l’aide du croquis qu’il m’a fait avec une précision remarquable les emplacements et le lieu où mon Père est mort. Avec l’aide d’un gros fermier du plateau nous avons pu retrouver les lieux sur une carte d’état major nous avons eu un peu de chance car après le monument de la guerre de 1914 il n’y a qu’un chemin avec deux maisons et qui plus est ces maisons étaient là pendant la guerre. D’autre part les grottes et le ravin étaient en 1986 encore visitables ce n’est plus le cas de nos jours. Je remercie ici plus particulièrement le Colonel Brunet pour son aide car sans lui je n’aurais jamais pu aboutir.
LETTRES ECRITES CHAQUE FIN DE JOURNEE Du 4 septembre 1939 Au 4 juin 1940 4 septembre 1939 ''Je suis à
Chambéry cantonné au palais de justice pour un certain temps
c'est ici qu'on nous regroupe. C'est le centre mobilisateur 8 septembre 1939 ''Nous venons de quitter Chambéry pour Moutiers, je garde le même secteur postal 127. Il faudra toujours mettre ce secteur, les lettres suivront. Va voir le maire pour qu'il t'aide pour les papiers des assurances sociales dès que tu seras rentrée de la maternité. S'il faut un papier du régiment dis le moi."
Mercredi 13 septembre 1939 ''Quelle joie
enfin les lettres arrivent.2 aujourd'hui les premières depuis mon
départ. J'ai reçu ta deuxième lettre mais pas la
première. Enfin des lettres ! je suis content d'avoir de vos nouvelles
et de celles de mon Bébé. Cela me manquait depuis que je
vous ai abandonnés. Dimanche 17 septembre 1939 ''Aujourd'hui
je suis de garde de ce soir 5h à demain soir 5h, j'aurais le temps
de penser à vous. Lundi 19 septembre 1939 ''Ce matin marche
de 15 km en montagne pour nous mettre en forme et ici ça monte
aussi on mouille la chemise. Pour les permissions rien de nouveau j'espère
que jeune père de famille je serai prioritaire !! Samedi 24 septembre 1939 ''Aujourd'hui
j'avais envie de partir en fausse perme pour vous voir, mais les copains
se sont fait refoulés à la gare par la police militaire
qui surveille tous les trains, alors je ne prends pas le risque car ceux
qui se sont fait prendre auront leur tour de perme reporté à
la fin après tous les autres.'' Vendredi 30 septembre 1939 ''Je suis de
service au casernement, c'est moi qui commande les corvées et qui
assure la paie des soldats et la distribution du courrier. Retour de permission ''J'ai trouvé
3 copains en gare de St André le Gaz, ils allaient à St
Michel de Maurienne. A Chambéry ils ont voulu qu'on aille manger
ensemble, il y en avait un qui avait sa pleine valise de victuailles y
compris champagne il venait de baptiser son fils. Le 13 octobre 1939 '"Cette
nuit nous avons eu un exercice d'alerte et aujourd'hui je suis de service
à la Cie : surveillance des corvées et distribution du courrier.
Cela compte beaucoup pour nous. Il parait qu'il y a un wagon postal en
gare ça va être la joie !! Le 17 octobre 1939 ''On a déménagé
depuis lundi tous les jours on est sur la route, on se "tape’’
20 Km On doit en faire environ 100 en direction de Chapareillan. Du 18/10 au 22/10
: Permission Le 23 octobre1939 ''Le retour
de permission s'est bien passé, j'ai transité par Grenoble,
puis à Montmélian on a fait du Stop, nous étions
6 aussi nous avons arrêté 3 voitures mais les gens étaient
heureux de nous rendre service, ils nous ont emmenés jusqu'au cantonnement.
Cette perme m'a fait beaucoup de bien me voila regonflé en attendant
la prochaine.''
Le 25 octobre 1939 ''Ce soir à
18h30 on part pour aller prendre le train 12km plus loin. On embarque
à minuit je ne sais pas encore la destination mais se que je sais
c'est que nous allons nous tremper car il pleut à seau. Je ne pense
pas que la guerre durera longtemps compte tenu de ce qu'on entend dire
de l'Allemagne çà va mal chez eux il y a une mauvaise entente
du fait de leurs problèmes avec les communistes allemands. Pour
m'écrire ne change pas d'adresse toujours secteur postal 127.'' Le 28 octobre 1939 ''C'est d'une
maison d'Alsace que je t'écris, on est parti jeudi et on à
fait 30 heures de train. Ici il fait un bien mauvais temps et il pleut
sans discontinuer avec du froid. On est à une douzaine de kilomètres
de la ligne Maginot. Ici les gens sont très gentils dommage qu'avec
leur drôle de parler on arrive pas à les comprendre. 30 octobre 1939 ''Toujours pas
grand chose à faire. Ce matin nous sommes allés jouer au
foot ça fait tout drôle et c'est bizarre on joue à
12 Km des boches et au son du canon qui tonne de temps en temps. Cet après
midi j'ai fait ma lessive, puis je suis allé toucher des souliers
car il en faut deux paires. Le 31 octobre 1939 ''Toujours le
calme nous sommes quelques uns à profiter de la paix pour jouer
à notre sport favori : le foot, et cela au son du canon lointain.
Le 1er novembre
1939 Demain on va
manger tout cela ça changera de l'ordinaire. Le bataillon en 2
jours en a pris plus de 150. Il ne fait toujours pas chaud mais les fourneaux Alsaciens marchent bien. Les gens nous reçoivent chaleureusement chez eux,on se réchauffe en discutant et en buvant de la bière qu’ils offrent sans mesure par contre c'est toujours aussi difficile de les comprendre ce qui parfois amène des situations ''rigolotes''. On doit changer de secteur et le capitaine nous a dit que l'on serait encore mieux qu'ici,alors ne t'en fait pas ceux qui sont en Norvège ne sont pas aussi bien que nous,et puis tu sais la ligne Maginot n'est pas près d'être franchie par les boches, faut voir ça c'est un sacré ouvrage de défense je ne voudrais pas avoir à m'y frotter.''
''La pluie continue à tomber et il ne fait toujours pas chaud. Aujourd'hui on a fait un banquet avec le lieutenant et l'adjudant. On a mangé 8 lapins de garennes rôtis, des nouilles au jus, de la salades et bu quelques bonnes bouteilles, tout cela préparé chez une femme d'ici qui est très chic. Cela nous a coûté 2 francs chacun mais on a profité de pouvoir fournir le gibier pour le faire ce ne sera pas tous les jours possible. Cela nous à fait passer un bon moment car dans ces cas il y a toujours une paire de ''rigolos'' pour nous distraire, je t'assure qu'ils y en a qui ont un sacré moral, surtout s'ils sont célibataires. Pendant ce temps on a moins le cafard. Ce matin on
nous a annoncé qu'il y aurait des permes de détente à
partir du 11 novembre et on partira à tour de rôle.'' Le 3 novembre 1939 ''Nous faisons
nos préparatifs de départ car le bataillon monte en ligne
et nous le suivons à une douzaine de Kilomètres, il faut
aller préparer le PC du colonel pour qu'il soit en sureté. A par cela toujours pas grand chose à faire, on va devenir paresseux. Enfin ça ne devrait pas durer, de l'avis de pas mal de monde la guerre devrait être finie pour le jour de l'an.'' Hier on s'est tapé 22Km à pieds en arrivant j'en avais marre on avait tout notre barda et j'avais mis mes souliers neufs pour les casser, ça a été une réussite, pour être cassés il ont été cassés, mais mes ''pinceaux'' aussi !!!! Heureusement qu'aujourd'hui je suis de service, je vais pouvoir me reposer un peu, je n'aurais pas envie d'aller jouer au foot avec les pieds que j'ai !!!"
Le 4 novembre 1939 ''Ici bien qu'on soit plus prés des lignes on est mieux qu'avant, on ne se croirait pas à la guerre. Ecrivez moi souvent car ici tout est évacué et on ne voit personne, il n'y a plus rien, plus de bistrot, plus de journaux pas trop de nouvelles, que celles que nos lettres nous apportent et qu'on se transmet entre nous."
Le reste du régiment est cantonné aux alentours une partie se trouve à Rothbach.
Le 5 novembre 1939 ''Aujourd'hui on a recommencé à travailler. On est entrain de faire une route en rondins de bois pour permettre de circuler malgré la pluie et la boue. Le temps passe plus vite en travaillant qu'en ne faisant rien. On est entrain de s'installer, on a nos chambres dans un grenier et on couche sur la paille, on a une pièce ou il y a un poêle et on passe de bonnes soirées avec les copains a la lumière de bougies. En ce moment un copain est entrain de faire des frites et une bonne soupe pour ce soir. Pour la boisson il n'y a plus rien il faut se contenter d'eau. Il faut se débrouiller ''comme à la guerre'' ce matin 4 gars sont allés chercher des pommes de terre que les évacués avaient laissées. Toute la nuit
d'hier on a entendu le canon qui tirait à une dizaine de kilomètres
de chez nous.'' ''Aujourd'hui il fait un temps magnifique, avec un beau soleil cela nous change du temps pouri que nous avons eu jusqu'à maintenant. On ne voit plus ici aucun civil notre univers n'est fait que de soldats. Envoie moi un rasoir de sureté avec des lames et une lampe électrique. J'ai reçu ce matin une lettre d'un copain, elle était partie le 20 septembre tu parles d'un périple pour arriver jusqu'à moi !!! On est toujours bien tranquilles bien qu'on entende plus souvent le canon. On assiste par contre souvent à des duels aériens. Demain nous allons démonter des baraquements pour ensuite les remonter ici. Nous partons pour la journée."
Le 8 novembre 1939 ''Toujours un
calme relatif ponctué par des coups de canon et des duels d'aviation.
Nous on est entrain d'installer l'électricité dans nos chambres,on
pourra taper la belotte sans avoir à s'occuper des bougies qui
risquent à tout moment de mettre le feu à la paille. Le 9 novembre 1939 ''La pluie s'est
remise à tomber et on est entrain de faire des abris souterrains
on en a au moins pour 40 jours alors nous allons être tranquilles
pendant ce temps là, je suis chef d'équipe, alors tu me
vois commander? il a des moments Le 11 novembre 1939 ''Hier au soir
nous n'avons rien dormi tant le canon se faisait entendre je ne sais pas
si cela était en l'honneur du 11 novembre mais les vitres tremblaient
toute la nuit. Nous allons coller des bandes de papier pour réduire
les vibrations. Le 12 novembre 1939 ''Aujourd'hui
dimanche nous sommes de repos avec un repas spécial en l'honneur
du 11 novembre qui était en semaine, et à la fin du repas
champagne, café, cigares.
Le 15 novembre 1939 ''Vous ne pouvez
pas savoir lorsqu'on est comme nous loin de vous combien vos lettres ont
une influence importante sur notre moral. Elles nous tiennent près
de vous près de notre village et pendant leur lecture nous ne sommes
plus à la guerre. Le 16 novembre 1939 ''Le secteur
commence à être plus mouvementé et au moment ou j'écris
le canon tonne assez fort bien que se soit encore lointain,ne te donne
pas peur tant que ça ne nous tombe pas sur la figure ce que j'espère
n'arrivera jamais. y a pas de mal.
''Je n'ai toujours
pas reçu le rasoir ni le savon à barbe, et le blaireau.
Ici il n'y a plus de coiffeur donc de barbier pour nous raser et si ça
continue je pourrais faire le père Noël d'ici un mois !!!! Le 18 novembre 1939 ''Enfin des
photos de mon fils qu'elle joie d'avoir ce courrier, ces photos vont m'aider
à combattre le cafard lorsqu'il sera là. Aujourd'hui 3 régiments
sont passés ils allaient remplacer au front les collègues
qui vont descendre au repos. J'espère que se sera bientôt
notre tour. Le 19 novembre 1939 ''On est dimanche
et il fait un temps épouvantable, pluie et grand vent toute la
nuit, le toit de notre habitation craquait de tous côtés. Le 20 novembre 1939 ''Aujourd'hui
en allant en forêt j'ai désigné deux gars pour aller
aux champignons, ils en ont trouvés pas mal aussi ce soir on a
fait une bonne ''bouffe''. On avait acheté des côtelettes
de cochons et comme un copain avait reçu du beurre cela n'a rien
gâté pour la cuisson. Les champignons étaient supers. Le 22 novembre 1939 ''J'écris
beaucoup car en retour je reçois beaucoup de courrier,c'est bon
pour le moral. ''Il fait de
plus en plus froid et les gants sont de rigueur. On a installés
dans nos ''piaules'' des poêles récupérés dans
des habitations abandonnées et ils ne sont pas de trop,tout les
jours en nous levant nous sommes blanc de givre.
Le 25 novembre 1939 ''Ce matin il
faisait -15 °c,même en travaillant dur on avait peine à
se réchauffer. Le soir on trouve la paille de la ''piaule'' glacée. Le 26 novembre 1939 ''Cette nuit
nous venons d'avoir les premiers flocons de neige, et le froid est un
peu moins vif. Le 27 novembre 1939 ''Aujourd'hui
nous transportons à l'aide de nos mulets les arbres coupés.
Le temps s'est radouci j'ai peur que la pluie arrive. Enfin on prend le
temps comme il vient, que peut on faire d'autre ? Le 30 novembre 1939 '’Ce jour,
j'ai le cafard à force de ne voir que des ''troufions'' avec cela
comme je le prévoyais un temps épouvantable,pluie sans discontinuer
depuis le 28. On a de la boue jusqu'aux oreilles, paille humide pour se
coucher cela nous fait encore plus languir la vie civile. Avec ce temps
le secteur reste calme les ''boches '' comme nous doivent se tenir à
l'abri !! Vendredi 1er décembre 1939 ''Le temps s'est
remis au beau avec lui l'activité reprend et le secteur redevient
bruyant, hier le canon a recommencé à se faire entendre,mais
cette fois ce n'était pas de la rigolade mais du sérieux.
On a guère dormi de la nuit car les vitres tremblaient à
tout casser. Enfin on a rien eu pour nous. Le 2 décembre 1939 ''Le temps est
acceptable, il pleut de temps en temps mais pour le moment il ne fait
pas très froid. Tu me demandes si je vais à la messe. Il n'y en a pas souvent et elles se font en plein air, alors d'où qu'on soit on y assiste car elles se font près du bois, il n'y a seulement 4 maisons au tour du cantonnement. Puis comme on a que le dimanche pour faire notre lessive, entre ça et le service à assurer, le temps manque. C'est aussi le jour où l'on fait un peu de toilette , en particulier le rasage. Aujourd'hui,
j'ai voulu prendre mon pull Militaire dans mon paquetage, je l'ai trouvé
mangé par les rats. Il faut que j'aille en récupérer
un autre car c'est le pull réglementaire qui doit être sur
les pulls civils." Dimanche 3 décembre 1939 ’’Journée
de repos, donc lessive, je ne sais pas si les chemises seront bien propres
lavées à l'eau froide, enfin tant pis ''à la Guerre
comme à la Guerre'' c'est vraiment le cas de le dire en ces lieux
!!! Le mardi 5 décembre 1939 ''Hier on a
mangé le chevreuil et nous nous sommes bien régalés
ça changeait des patates et des fayots qui commence à nous
''raser''; Le 6 décembre 1939 ''Ne te fait
pas de soucis pour moi, je n'ai pas froid, bien roulé dans ma toile
de tente avec deux couvertures, mon cache-nez, mon passe montagne, je
ne crains rien il ne me manque que toi et mon fils. Le 8 décembre 1939 ''On devrait
partir dans la nuit de dimanche pour le repos, on ne sait évidemment
pas où tant que nous ne serons pas arrivés. Le samedi 9
décembre 1939 Ce jour ce sont
les Chasseurs du 13ème 67ème et 93ème qui montaient
faire la relève. Je n'ai vu personne de connu dans tous ceux que
j'ai vu passer.'' Le 12 décembre 1939 ''Voilà,
nous nous sommes tapé hier 25Km à pieds. Nous sommes revenus
dans le pays où nous étions avant* et ou les gens sont si
gentils avec nous. Nous sommes toujours en Alsace. On est pas aussi bien
qu'avant mais moi j'ai déniché une chambre chez des paysans
qui sont très gentils et je reste au tour du poêle à
manger des pommes et boire de la bière en discutant avec eux, les
pauvres sont aux premières loges bien qu'on ne les ai pas évacués. Je me rends
compte combien dans mon malheur j'ai tout de même de la chance. *Gundershoffen Le 14 décembre 1939 ''Il ne fait
pas très chaud pour le moment mais comme j'ai un bon lit cela peut
aller. Le 16 décembre 1939 ''Les deux sergents
qui sont avec moi sont en perme, aussi je suis obligé, étant
tout seul de courir d'un côté et de l'autre. Nous allons
être vaccinés, mais je ne m'en fais pas car les piqûres
ne me font jamais malade ce n'est pas le cas pour tout le monde et certains
sont malades avant. Le 17 décembre 1939 ''Hier il faisait
froid, puis le redoux est arrivé subitement et cette nuit il a
neigé. Le 18 décembre 1939 ''Nous allons
aménager un champ de tir, même au repos il faut travailler
un peu, cela chasse l'ennui et les journées sont moins longues.
Si on ne fait rien on se sent inutile et on préfèrerait
être au prés des nôtres et c'est à ce moment
là que le cafard est le plus fort.
Le 19 décembre 1939 ''Ce matin je
suis allé me promener pour chercher un terrain convenable pour
installer un champ de tir, on en a trouvé un et on va commencer
le travail d'aménagement dans les prochains jours. Le 21 décembre 1939 ''Je vais rester
en stage jusqu'au 29 décembre. Demain je suis de service c'est
moi qui vais distribuer le courrier, j'aurais donc mes lettres en premier.
Ici les gens du coin sont toujours trés gentils avec nous, mais
cela ne remplace pas nos familles que nous languissons tous de plus en
plus. Le 22 décembre 1939 ''Je suis parti
ce matin à 10h de mon cantonnement et à 3H de l'après
midi j'étais arrivé. Moitié du trajet en voiture
le reste en train.
La ''bouffe'' est moins bonne que celle de notre cantonnement d'Alsace. Ici nous ne recevons pas de courrier, la Cie ne le faisant pas suivre pour quelques jours, car il risquerait mieux de se perdre que d'arriver. Il y en aura plus au retour !!! J'ai vu ici des soldats anglais, les premiers que je vois ils ne sont pas nombreux et ne risquent pas de boucher les entrées !! Je suis allé au cinéma ça change les idées.'' Nota: Stage ayant lieu à la ''Petite Suisse'',Ville de Wangenbourg-Engenthal. C'est ici que de Sept 1939 à mai 1940 séjourna le colonel de Gaulle. C'était le siége du QG de la 5ème Armée du Gal Bourret.
Le 25 décembre 1939 ''Jour PARTICULIER pour moi : mon premier Noël à la guerre, je n'avais jamais envisagé que cela puisse m'arriver un jour. C'est vraiment une journée de cafard même si l'armée fait tout pour nous rendre la séparation d'avec les nôtres moins pesante. Hier au soir il y avait une petite séance récréative donnée par les soldats à la caserne. Cela nous a diverti un peu on s'est couché à 11h, c'était la veillée de NOÊL loin de vous, elle n'a pas du être très gai pour vous aussi. Aujourd'hui levé à 9h, Je suis allé me faire raser en ville, et oui les coiffeurs sont ouverts même les dimanches et jour de fête il faut profiter de la présence des soldats pour faire un peu d'argent, ils ne savent pas le temps que cela peut durer !!! j'ai acheté le journal que j'ai lu dans la ''piaule''. A midi on a eu un petit banquet de Noël : un gros morceau de jambon, salade, rôti, petits pois, biscuits, confiture, cigare,et une bouteille de champagne pour trois. Tout cela était très bien cuisiné on s'en contenterait bien chaque jour. On sentait dans ce repas qu'un effort était fait pour nous être agréable. Il se murmure
que nous les sergents nous allons être payés comme les sous
officiers de carrière, 800 à 900Fr par mois. mais tu sais
il se murmure tellement de choses pour entretenir le moral qu'il ne faut
pas tout croire, attendons on verra bien...la guerre devait finir à
Noël ???'' Le 26 décembre 1939 ''Mon mal de
dents dont je ne t'avais pas parlé s'est un avancé aujourd'hui
aussi je suis subitement trés enflé et je ne suis pas allé
au boulot ce matin car je rends visite à l'infirmerie. Le 27 décembre 1939 ''J'ai repris le travail et je suis un peu moins enflé les cachets du toubib sont vraiment trés efficaces, ce doit être des remèdes pour les chevaux !!! Je t'assure que de construire des ponts sur la rivière en ce moment ce n'est pas de la tarte, il ne fait pas chaud et le brouillard ne se lève qu'en fin de matinée. C'est pas un temps pour le mal de dents, mais tu sais les épreuves pratiques sont les plus importantes et je ne voulais pas les manquer, c'est là qu'on apprend tous les coups de mains à avoir et toutes les astuces à connaître. Hier au soir
nous sommes allés au théâtre, il y avait une séance
réservée aux soldats, toutes les vedettes du moment de Paris
et Lyon étaient
là, je t'assure que nous avons eu un très beau spectacle
dommage que ça n'arrive pas plus souvent. Nota: Spectacle à Saverne
Le 28 décembre
1939 Le 29 décembre 1939 ‘’Quelle chance en rentrant de stage un colis de Noêl et 8 lettres. J'ai eu la chance de trouver Maurice Lescure et le ''Gonne'', j'ai couché 8 jours dans la même caserne et je les ai vus seulement la veille de mon départ. c'est vraiment dommage, ils m'ont donné des nouvelles de toi et de mon Roger, car ils arrivaient tous les deux de permission au pays. Tu as du les voir. On a bu un coup ensemble, parlé un peu du pays avant de se séparer. En arrivant à mon cantonnement le clairon sonnait le feu aussi nous sommes allés faire les pompiers pour des maisons qui brûlaient. Deux bâtisses ont complètement brûlées.’’ Le 30 décembre 1939 "Ici toujours
froid et verglas,ce matin le thermomètre indiquait -20 . On a retrouvé
une nourriture meilleure que celle servie pendant le stage et tu sais
combien la ''bouffe'' et le courrier sont important pour notre moral.'' Le 1er janvier 1940 ''Eh oui voilà une nouvelle année de guerre qui commence on ne peu plus espérer quoique se soit, ni croire qui que se soit, tout devait être fini à Noël et après Noël je vais passer le jour de l'an aussi ici. Je sais bien que ce n'est pas plus gai pour vous, mais je comptais bien vous faire la surprise d'être avec vous j'avais espéré que mon lieutenant m'aurait fait ce plaisir. Je suis en rage. Ici les coutumes
sont bizarres, toute la soirée les jeunes filles chantent dans
les rues devant les maisons des gens malades, puis à minuit avec
les garçons ils vont sonner les cloches. J'ai tout de même
réussi à m'endormir et ce matin je me suis levé à
10H. Les 3, 4, 5 janvier 1940 ''Je suis toujours chez les mêmes gens et j'ai tout les soirs une brique chaude dans mon lit. Ils sont vraiment très gentils avec moi. Hier le colonel m'a fait appeler dans son bureau, il m'a serré la main, m'a fait asseoir et m'a donné 300 Fr. pour t'aider à vivre. Sans doute la lettre que tu lui avais envoyée pour demander une permission pour que j'aille faire du bois avant l'hiver y est -elle pour quelque chose. Je te porterais cela pour ma perme qui peut être n'est pas loin !!! Monsieur Giroud mon ancien patron m'a fait parvenir un gros colis. Ce matin je surveillais la corvée, nous avons eu du travail, il a fallu casser la glace qui était sur la route pour que les voitures et les camions puissent passer à peu près normalement. Il fait toujours
très froid, mais le canon ne tonne plus la nuit, on peut dormir
à peu près tranquille. Permission du 6
au 21 Janvier 1940 Le 22 janvier 1940 "Me
voila de retour à mon cantonnement, ces 15 jours passés
parmi vous ont été des jours de bonheur encore plus merveilleux
que prévu, sans doute parce que attendus depuis si longtemps. Le jeudi 25 janvier 1940 ''Je ne t'ai
pas écrit avant car nous étions en mouvement pour changer
de cantonnement. Le régiment s'est déplacé et nous
avons couché en cours de route dans des lits bien chauffés. **Code mis au point durant la dernière permission NB : les lettres mises en rouge étaient à l'origine simplement soulignées d'un minuscule trait, presque un point, car en couleur la censure n'aurait pas laissé passer le courrier. Beaucoup des dernières lettres faites sur le terrain sont écrites au crayon.
Le 26 janvier 1940 ''J'ai trouvé
une ''piaule'' chauffée, ça va mieux. On dormait jusqu'à
présent sur la paille et avec ce temps il ne faisait pas trop bon
la nuit. Le 28 janvier 1940 ''J'ai changé de pays pour quelque temps. On a été détachés pour aller faire un petit boulot à 25 Km au sud de Saint AVOLD, on construit un abri. On est en subsistance à la Compagnie d'engins du 3ème bataillon, on est super bien. Nous sommes deux sergents et nous mangeons au mess avec les autres sous officiers et officiers de la Compagnie. Nous sommes très bien soignés. A la Cie d'engins
ils ont deux vaches et tous les matins nous avons café au lait
!!! Nous avons touché
de grandes bottes pour avoir les pieds au sec dans la neige. Pour ne pas
avoir froid on met de la paille dedans, c'est très efficace. Avec ce temps
je ne sais pas à quel moment nous aurons fini notre travail et
combien de jours nous allons rester, enfin ce n'est pas grave car nous
sommes je te le redis très, très bien.'' Le 30 janvier 1940 ''Depuis plusieurs
jours nous n'avons pas de courrier le train postal est tombé en
panne et comme il y a des choses plus importantes à faire que de
le dépanner, il attendra.Nous espérons que cela ne durera
pas trop longtemps car le courrier est le cordon ombilical qui nous relie
à vous et qui nous donne le courage. En ce moment nous nous fatiguons
de ne pas faire grand chose et nous restons auprés du feu à
jouer à la belotte et aux dames. Le 31 janvier 1940 "En ce
moment mon travail consiste à faire des sommiers, tour en bois
et fond en grillage pour tenir le matelas. On fait aussi des tables et
des bancs pour aménager un foyer du soldat. Nous les menuisiers
nous sommes à notre affaire. On est tout de même mieux à
manier le rabot que dehors dans la neige, puis en exerçant notre
métier on se sent moins à la guerre, moins inutile.'' Le 1er février 1940 ''J'ai vu BLANC hier il revenait de permission de chez nous et m'a donné des nouvelles fraiches du pays. Nous sommes toujours détachés à la compagnie d'engins,on est très bien et on ne prend ni garde ni service ce qui est agréable avec ce temps et j'accepterais bien de rester là si c'était toute la guerre comme cela. Bonne popote et chambre chaude il faut se contenter de ça d'autres dans les bataillons, comme Claude Paillet voudraient bien être à ma place, enfin on ne sait pas de quoi seront faits les jours futurs, alors profitons de ceux du moment. Ce matin je
suis allé en volontaire avec un lieutenant faire une tournée
d'inspection aux avants postes. J'ai vu toutes les casemates qui servent
à défendre la frontière, nous étions à
200 mètres de la frontière allemande Le 5 février 1940 ''Il se dit que nous allons aller au repos vers la Savoie, mais tu sais il se dit tellement de choses incontrôlables ici. Les ''racontars'' de tous ordres font vivre d'espoirs certains, et chacun malgré lui, se fait son cinéma et finit par croire ce qu'on lui dit. Enfin on verra lorsque la destination sera connue. L'est-elle déjà seulement ? La neige fond et maintenant nous avons la ''gabouille'' mais cela ne durera pas et tout s'écoulera vite avec le temps est au redoux, heureusement qu'on a nos bottes !!!!! Pour
le moment nous sommes entrain de construire des WC pour les officiers,
aussi nous sommes après fabriquer un établi pour pouvoir
travailler dans de bonnes conditions. maintenant qu'on nous a acheté
du bon matériel, rabots, ciseaux à bois, vilebrequins. Il aurait fallu
acheter cette outil indispensable en premier, aurait -il fallu encore
qu'on nous demande notre avis, à nous menuisiers de métier
!!! Les 9/10/11 février 1940 ''Dès
la fin du mauvais temps on doit creuser un abri pour le bureau du Capitaine. Ici on ne peut rien savoir d'exact, si c'est pour partir si loin il vaut mieux encore rester ici. Je te fais passer
par Claude Paillet qui va en permission, 100 Fr et 4 paquets de tabac
pour mon frère , ça lui économisera 18 Fr. Je n'en
ai pas plus car tu diras à Tonin que moi aussi je fume !!! Nous allons
recevoir le renfort de 10 pionniers pour nous aider à faire notre
travail qui a pris du retard faute au mauvais temps. Ils viennent du 400
RP qui est dans la région.'' Le 13 février 1940 ''Le bois que
nous mettons de côté lorsque nous abattons des arbres pour
construire les abris nous sert bien pour alimenter nos poêles, il
est vert mais une fois le feu en route avec la résine ça
brûle bien. On a bien fait d'être prévoyant. Le 14 février1940 ''C'est la Saint
Valentin aujourd'hui, je pense à nous !!! Je suis très
heureux d'apprendre que la demande de subvention pour ma Mère suite
à mon départ à la guerre, a été acceptée
car ces 5OOFr lui rendront bien service. Aujourd'hui
la neige a refait sérieusement son retour, 20 cm ce matin au réveil. Le 18 février 1940 ''Un copain
de Chabons est venu me voir hier pour me parler d'une prime à la
natalité de 2000 Fr. Il faut faire la demande en mairie. Il est
dans le même cas que nous on devraient y avoir droit. Avec ce temps
je ne peux pas profiter de mon temps libre les après midi pour
aller voir les copains qui sont dans d'autres sections, aussi j'en profite
pour écrire, remercier ceux qui m'envoie des colis, répondre
à ceux qui m'écrivent, je n'ai jamais fait autant de correspondance
que depuis que je suis à la guerre. Les lettres appellent des réponses
et ceux qui écrivent peu reçoivent peu de courrier aussi.'' Le 23 février 1940 ''Le beau temps
est revenu , il gèle toujours la nuit mais il fait un grand soleil
le jour et nous pouvons en mettre un coup lorsque nous sommes dehors. Le 26 février 1940 ''Aujourd'hui
nous avons eu la piqûre, j'ai le bras un peu raide mais c'est question
d'une journée. On reste donc au chaud et au repos. J'ai écrit à une annonce d'un journal qui envoie des postes de radio aux soldats qui sont au front, on ne sait jamais !!!! Pour ce qui est de la permission agricole n'y comptez pas trop, il s'en donne uniquement à ceux dont le régiment est au repos et pas du tout pour les régiments qui sont au front."
Le 1er mars 1940 ''La maison
Giroud n'arrête pas de m'envoyer des colis ou de l'argent, ils sont
vraiment de bons patrons. Aujourd'hui le colis contenait :3 tablettes
de chocolat, 2 paquets de biscuits, 2 saucissons, 2 boites de conserve
et un bloc de papier à lettre.
Le 5 mars 1940 ''Il fait toujours
très beau et cela nous change des 3 mois de neige et de froid que
nous venons de passer. maintenant que le beau temps est revenu nous sommes
mieux pour faire nos travaux.Nous faisons toujours nos constructions d'abris
et baraques sous les rochers. Le 8 mars 1940 ''Une bonne nouvelle les sergents nous allons toucher 8 Fr par jour soit 240 FR** par mois, je vais pouvoir t'envoyer un peu d'argent car ici on dépense peu. Heureusement qu'il y a toujours des ''rigolos'' dans l'équipe pour nous distraire, c'est un peu notre théâtre aux armées !! Le beau temps revenu c'est même agréable les après-midi d'aller couper des arbres pour nos constructions.'' **240 Fr 1940=82,68€
base 2004 Le 13 mars 1940 ''Nous venons
de toucher du matériel de mineurs, une tariére avec un moteur
puissant pour percer les trous dans le rocher pour mettre les pains de
dynamite que l'on fait sauter pour briser la roche. On avance beaucoup
maintenant, avant on faisait les puits à la main. Je suis chargé
des mises à feu des charges posées dans les rochers. Ce
n'est pas trop dangereux mais il faut respecter un certain nombres de
consignes de sécurité. Ce serait idiot de se faire tuer
en travaillant. Le 15 mars 1940 ''Il pleut à
torrent et je viens d'aller faire sauter les charges de dynamite posées
hier après midi avant quelles ne soient mouillées, par contre
moi je n'ai pas sauté mais je suis trempé jusqu'aux os !!! 17 mars 1940 ''Toujours beau
temps et toujours des combats d'avions, ceci ne nous a pas empêché
de faire un match de foot contre l'équipe d'un régiment
d'artilleurs. Nous avons gagné 1à 0 je faisais l'arbitre
car personne ne voulait se dévouer...pour se faire ''engueuler''. Le 20 mars 1940 ''Le temps est
moins calme, le canon tonne de plus en plus souvent et les combats d'avions
maintenant sont devenus réguliers. Les avions viennent d'ailleurs
plus souvent nous voir on dirait que le temps leur dure de nous. Il y
a d'une manière générale une recrudescence des actions,artillerie
et aviation, je ne sais pas ce que cela veut dire mais on dirait qu'il
se passe quelque chose. Enfin tant que les ''zings'' ne nous envoient
rien sur la figure c'est l'essentiel." Le 21 mars 1940 ''J'ai vu Claude
Paillet il était de corvée à côté d'où
l'on loge, il repart en permission dans 8 ou 10 jours. Il n'y a pas longtemps
qu'il y est allé, mais je ne peux pas l'envier car il est dans
les bataillons au front et là ils ne sont bien comme nous sommes. Le 25 mars 1940 ''Hier c'était
Pâques, l'aprés midi pour nous distraire nous avons fait
un match de foot contre le Génie et nous les avons battus 5 buts
à 1. On a une très belle équipe et je me régale
de pouvoir pratiquer ce sport que j'aime tant. Le 26 mars 1940 (lettres rouges =Printzhein)
J'ai eu de la
chance d'avoir fait le déplacement avec le lieutenant en voiture,
les copains se sont tapés 18 Km avec tout le barda, avec les poses
ils ont mis plus de 16 heures pour faire le trajet. Nous avons été une nouvelle fois vaccinés. A chaque changement de cantonnement on prend une nouvelle piqûre, ils prennent vraiment soin de nous !!!!'' Le 29 mars 1940 ''On s'embête
toujours autant, vraiment les cantonnements en repos provisoire ne sont
pas gais. Pour nous occuper l'Adjudant vient de nous trouver un ''boulot'', on retape une maison pour en faire un foyer du soldat. Je suis chef
d'équipe , si tu voyais comme les maçons, les menuisiers,
les charpentiers s'en donnent à coeur joie de pratiquer leur métier. Le 2 avril 1940 ''Hier 1er avril, c'était de circonstance, nous sommes allés à la pêche dans un étang. Nous avons pris 8 kg de poissons que nous allons manger ce soir, cela changera un peu de l'ordinaire, quoique en ce moment à la ''popote'' nous mangeons très bien. Cet après
midi nous faisons un match de foot que je dois arbitrer, j'aurais préféré
jouer, mais le Lieutenant dit que je fais un ''excellent'' arbitre qui
connaît bien les règles et qui sait se faire respecter de
tous, alors je ne peux pas lui refuser ça. NB : ces sections
et cies rejoignent Obersoultzbach ou se trouve le 2ème bataillons
(voir carte antérieure) Le 3 avril 1940 ''Quelle joie après le match d'hier, départ en permission pour 12 jours (3 au 15 avril).'' RETOUR de PERMISSION
Mardi 16 avril
1940 Mercredi 17 avril 1940 ''J'ai passé la nuit couché sur une table dans un centre d'accueil car nous n'avons toujours pas trouvé notre régiment. Aucune autorité
est capable de nous renseigner, tu parles d'une pagaille!!
Le 17 avril
1940 au soir
Les lettres en rouge donnent C H A U M E R G Y
Le 18 avril 1940 ''Le pays où nous sommes cantonnés n'a pas l'air mal, cela me rapproche sérieusement de vous. Les trajets pour les permissions, s'il y en, a seront moins longs et je gagnerais du temps sur ma perme. Les bataillons sont cantonnés dans un autre patelin à coté d'où la Compagnie de commandement se trouve. Ici on entend
au moins parler Français, car le jura c'est tout de même
en France !!!, et puis rien que le bruit du canon en moins ça change
tout. Heureusement que le déplacement des régiments est mieux renseigné, si non on perdrait la guerre avant de l'avoir commencée. Cela nous a évité l'embarquement et deux marches de plus de 15 Km chacune, par contre nous sommes restés plus longtemps dans les gares et dans le train que le reste de la troupe!!! On est entrain
d'installer le Mess où l'on va aller casser la croûte.
Emplacement du QG à Chaumergy et des bataillons à Foulenay Le 20 avril 1940 ''J'ai regardé la carte je suis environ à 250 Km de vous, une perme même de 48h peut se prendre. Bien que nous soyons au repos nous faisons de petits travaux qui nous occupent, car de ne rien faire amène vite l'ennui et le cafard. Nous en avons profité pour bien nous installer. Une de mes lettres ne te parviendra pas (celle du 19) car la censure me l'a retournée parce que je te disais avec un peu plus de précision, où nous nous trouvons maintenant, tu parles au repos je ne vois pas le secret qu'il y avait. Ce matin nous avons eu une prise d'armes et un défilé à l'occasion de la remise d'un fanion à la Compagnie. A midi repas amélioré pour la circonstance, avec mousseux pour finir. L'après
midi comme nous avions quartier libre, avec des copains nous sommes allés
à la pêche dans un étang qui est proche du cantonnement,
nous avons pris quelques belles carpes." Le 22 avril
1940 J'ai appris que Jean était en Norvège, alors lui les permes... il ne doit sûrement pas les attendre, et ce n'est pas de si tôt qu'il en aura le pauvre. Enfin il n'a tout de même pas la plus mauvaise place car il est chauffeur du commandant, bien sûr ça ne vaut pas la France. Hier nous avons joué au foot contre l'équipe d'une autre Cie du 97ème et nous avons encore gagné 4 buts à 1, j'ai mis 2 buts. Notre photo d'équipe doit paraître d'ici 3 semaines dans ''Le petit Dauphinois'', gardes moi l'article. J'ai bien fait
de prendre mes permes car provisoirement il n'y en a plus.'' Le 26 avril
1940 Normalement je devrai recevoir un poste de TSF un copain en perme à Paris a vu mon nom au journal, tu sais j'avais écrit pour en demander un. Ils font de la publicité avec cela en disant qu'ils envoient des postes aux soldats et demandent au public de les aider en achetant leur journal.''
Le 3 mai 1940 ''La semaine
prochaine l'Adjudant, chef des sections de pionniers part en stage avec
20 hommes . C'est moi et un autre sergent qui allons le remplacer à
la Cie , on va être quelques temps les grands chefs. Le rôle
d'Adjudant est très important c'est lui qui s'occupe de beaucoup
de choses aussi ça va ''barder'' car il va y avoir du ''boulot''. Permission du 4 au 6 mai 1940 (la dernière, celle de la conception de Frédo) Le 6 mai 1940 ''Cette permission
inattendue m'a fait beaucoup de bien, sans doute l'avons nous eue à
cause du boulot qu'on va avoir à faire la semaine prochaine. Le 9 mai 1940 ''Toujours un excellent beau temps. Cet après midi nous avons repos car il y a entraînement de foot. Au début il n'y avait que ceux de l'équipe qui allaient à l'entraînement,mais comme les autres ont rouspété, maintenant tout le monde y va. Demain on a tout le jour pour nous préparer pour la revue militaire de samedi. Ce jour là il y aura une collection de Colonels qui vient et tous les anciens officiers du 97ème RIA. Un banquet de 200 couverts est prévu ce jour là, mais pas pour nous bien entendu quoique pour nous nous mangeons toujours très bien tous les jours. Vivement que cette guerre soit finie. Il parait qu'il y a des Chasseurs Alpins qui reviennent de Norvège. Si seulement tout s'arrêtait maintenant et que nous puissions rentrer chez nous. Enfin !! ça
s'arrêtera bien un jour.'' Le 10 mai 1940 Plus vite cela bardera plus vite la guerre sera finie et nous nous retrouverons tous ensemble. Ne vous faites
pas trop d'illusion, je n'irai sûrement pas en perme dimanche comme
prévu car avec les évènements qui ont l'air de se
précipiter toutes les permissions vont être suspendues pour
un certain temps.'' Le 11 mai 1940 ''Rien de neuf ici si ce n'est des nouvelles pas très bonnes au front, nouvelles que tu dois connaître au sujet des boches qui ont déclenchés l'attaque. Cela ne nous arrange pas, le quartier est consigné. Pour le défilé de samedi passé j'étais chef du peloton de garde au drapeau, présentation au colonel etc...enfin tout c'est bien passé. On a eu un menu
amélioré avec vin blanc et vin rouge plus un cigare en fin
de repas.'' Le 12 mai 1940 ''Nous avons
installé un poste de radio et nous écoutons en permanence
les informations. Le 13 mai 1940 ''Nous sommes
tous consignés au quartier et nous attendons d'un instant à
l'autre l'ordre de mouvement. Cette fois je crois que c'est la vraie guerre. Le 14 mai 1940 ''On est en
état d'alerte, cette fois ce n'est plus de la rigolade, nous pouvons
partir d'un moment à l'autre, mais je ne sais pas ou nous allons
atterrir.
Le 15 mai 1940 "Ici il fait toujours très beau et on ne s'en fait pas quand bien même le régiment doit déménager cette nuit sans que nous sachions où nous allons. Enfin il faut
espérer qu'on ira dans un bon coin s'il y a un bon coin avec cette
guerre !! Je te dirais où l'on va ,comme d'habitude !! NB:
18 mai 1940 Voilà près de 3 jours que je n'ai pas pu écrire puisque nous étions en déplacement et dans le train ce n'est pas facile. (les lettres en rouge donnaient: SOISSONS) Dans notre nouveau pays ce n'est pas la même chose que l'endroit d'où l'on vient, on est bombardé 3 à 4 fois par jour, je t'assure que ce n'est pas du beau et ce qui est le plus triste c'est de voir déménager les femmes et les enfants avec tout leur barda, et je t'assure qu'il y a un paquet de monde sur les routes. Ces sales "boches" viennent bombarder la voie ferrée, il y a déjà 6 ou 7 maisons en miettes, on ramasse des éclats de bombes de partout et je ne voudrais pas en recevoir un. Je ne sais pas si on va rester longtemps ici , sûrement qu'on va encore bouger. Où il y a une croix dans ma lettre c'est que j'ai du m'arrêter pour aller me planquer car une dizaine de bombes viennent de tomber tout près de nous. Je ne pense pas qu'il y a eu des morts, je ne suis pas encore allé voir."
Dimanche 19 mai 1940 "On a déménagé et maintenant on est dans L'Aisne, mais là ça barde encore plus qu'avant, le moral malgré tout est assez bon. On est dans une ferme au milieu des terres, mais comme les avions bombardent tout on va déménager est allés dans une carrière souterraine où l'on sera plus en sécurité. Il y a encore des trous d'obus de la dernière guerre." (Les lettres en rouge donnaient: LA MALMAISON) Nota: lieu du chemin des Dames où se trouve le fort de la Malmaison et actuellement le cimetière militaire allemand. "On va loger au moins 300 sous cette voûte. Comme tout le monde est parti en abandonnant tout on trouve de tout pour la nourriture que nous sommes chargés de récupérer, poulets,lapins, aujourd'hui on a tué un veau ce qui nous permis d'améliorer l'ordinaire. A notre débarquement nous n'avons pas eu de perte,mais notre convoi de voitures a été bombardé et nous avons eu 3 blessés dont un grave qui a eu les deux jambes coupées NB : les carrières
existent toujours elles sont sur la commune d'Azay-Jouy à 400m
du chemin des Dames, mais ne peuvent plus être visitées à
cause des éboulements. Tout le dessous du Chemin des Dames est
en carrières où l'on tirait avant 1914 des blocs de pierre
de taille dont certains servirent à la construction des forts.
Il reste une célèbre carrière celle du Dragon près
de Craonne dont la visite est trés intéressante." Mercredi 22 mai 1940 "ça va toujours du mieux possible bien que ces sales "boches" ne nous laissent guère tranquille, heureusement que nous avons de bons abris et que l'on ne craint pas grand chose, les copains des bataillons sont bien plus à plaindre que nous alors ne nous plaignons pas trop même si on serait mieux chez nous. Question nourriture ne te fait pas de soucis c'est un point qui est très bon. Tous les jours il y a des menus variés lapins, poulets, dindes, cochons, agneaux que l'on trouve dans les fermes abandonnées. Vaches et chevaux
se promènent par cinquantaine attendant la mort soit par les bombes
soit pour nous nourrir, enfin c'est la guerre hélas il faut prendre
la vie comme elle vient." Vendredi 24
mai 1940 Hier nous sommes allés en reconnaissance dans un bois,mais on a rien vu je t'assure qu'il ne faisait pas bon nous sommes passés dans des marais où l'on enfonçait jusqu'aux genoux et nous étions propres en arrivant il a fallu faire la lessive des hommes et des vêtements, que veux tu c'est la guerre les copains des bataillons auraient sans doute bien voulu être à notre place car eux ils en bavent tous les jours."
jeudi 23 mai
1940 Il fait toujours très beau et on casse toujours bien la croûte arrosée de bonnes bouteilles trouvées dans les maisons éventrées, on se demande comment elles ont pu résister aux bombes ? Tu ne peux pas te rendre compte du nombre d'animaux qui traînent, vaches, cochons, chevaux , moutons tout ce que ces pauvres gens ont abandonné et qui vont servir en partie à faire des bouillons. Ils auront eux aussi servi la France en améliorant l'ordinaire des soldats à la guerre. Certains vieux
avaient déjà connu l'exode et la destruction de leurs biens
en 14, c'est la guerre mais c'est bien triste.’’ Samedi 25 mai
1940 On ne peut pas faire grand chose aussi il faut bien s'occuper en essayant d'être utile. Il vaut mieux faire cela que d'aller dans les bataillons car là bas ça barde assez. Aujourd'hui
c'est la foire dans notre village de l'Isère et j'aurais préférer
y être plutôt qu'être ici, enfin cette guerre finira
bien un jour et on fera la foire l'année prochaine" Dimanche 26 mai 1940 "Enfin
j'ai toujours beaucoup de chance,espérons que çà
durera car ceux des bataillons sont faces aux "boches" et il
y a chaque jours des blessés et des morts. Ils ne sont pas à
l'abri comme nous mais vivement la fin de cette guerre." Lundi 27 mai
1940 Mardi 28 mai 1940 "Aujourd'hui il fait un temps déplorable il a plu et il pleut toujours pas question de sortir prendre l'air. On est resté cloîtré dans notre grotte. Les avions "boches" eux aussi restent à l'abri c'est toujours ça de bombes en moins. Notre paille ben sèche va en prendre un coup et sera de nouveau vite humide avec ce temps!!!"
Mercredi 29 mai 1940 "Heureux
de recevoir aujourd'hui 5 lettres et une photo de mon petit bonhomme.
Vous ne pouvez pas savoir ce que le courrier compte pour nous à
la guerre.
Jeudi 30 mai 1940 "Hier au soir je suis allé livrer du matériel aux bataillons qui sont au front. Nous sommes partis à minuit et nous sommes rentrés à 3heure du matin ceci pour éviter les avions, tout c'est bien passé et ce matin à 9 heure je dormais encore" Vendredi 31 mai 1940 "Toujours assez beau temps toujours dans notre cave. Je suis toujours aux pionniers et à l'Etat Major. Toujours pas grand chose à faire, sauf les corvées et la garde du Colonel. Hier je suis
allé de nouveau livrer du matériel aux bataillons à
500m des lignes Allemandes, mais tout c'est bien passé mes "visites"
au front me font encore mieux apprécier mon affectation, j'ai de
la peine de voir mes collègues soldats du front dans de si mauvaises
conditions. Samedi 1er Juin
1940 En plus de notre boulot habituel corvées et garde du Colonel on vient de récupérer une corvée de la 3ème section : on est chargés d'enterrer les morts. *Ce n'est pas gai mais il faut bien le faire par respect pour eux, on met de la chaux vive, car avec la chaleur qu'il fait cela serait intenable. Claude Paillet est passé me voir il montait au front cette nuit, et il n’avait pas le moral.’’ NB* Fosse commune, 3 rangées de 7 corps chaque rangées séparées par un lit de chaux vive
Dimanche 2 juin
1940 On continue notre vie de bohémiens dans notre grotte,avec gardes et corvées pour nous occuper, nous estimant heureux de notre sort comparés à ceux des bataillons qui ont un seul trou pour abri. Cela nous renforce
le moral de penser que d'autres sont plus malheureux que nous.
Lundi 3 juin
1940 Nous avons ramené 50 poules et une dizaine de lapins qui se laissent attraper sans problème comme terrorisés par le bruit des bombes. Nous avons aussi ramené un tonneau de vin resté lui aussi par miracle intact ainsi qu'une cinquantaine de bouteilles de vin vieux que nous avons ramenées comme prise de guerre d'une maison détruite depuis plusieurs jours et qui a reçu hier une nouvelle bombe, sans doute que les "boches" pensaient qu'on pouvait encore s'abriter dedans. Tout cela allait être perdu car je t'assure chaque jour les maisons éventrées sont de plus en plus des tas de ruines. Cela améliorera l'ordinaire,et le moral de tous les hommes. Tu vois les pionniers sont de toutes les corvées, enterrer les morts ,nourrir les vivants, ne t'en fait pas je ne suis pas bien malheureux et bientôt il y aura la relève. Les bombardements sont les seules choses embêtantes pour nous". Mardi 4 juin
1940
Mercredi 5 juin 1940 Aujourd'hui il n'y
a pas eu de lettre...
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