| Madame
Lebrère
Témoignage de Michel Lebrère concernant sa mère,
recueilli par Lucile Délas
Madame
Lebrère était dans la Résistance, dans la région
toulousaine. Je ne sais pas quelles furent ses actions, ni à
quel réseau Mme Lebrère appartenait. Mme Lebrère
n’a jamais parlé de ces activités dans la Résistance.
Elle est décédée il y a 15 ans. Son fils, Michel
était un enfant au moment de l’Occupation toulousaine par
les Allemands.
Michel
Lebrère se souvient lorsque sa mère évoquait une
attaque concernant la destruction de la poudrerie à Toulouse.
Mme Lebrère n’a jamais dit qui avait fait sauté
la poudrerie, parce que c’était l’œuvre d’une
seule personne.
Et elle a déclaré : « Je ne peux pas vous le dire
». Cela sous-entendait qu’il s’agissait d’une
personne connue. Cette personne est toujours anonyme.
En septembre
1944, lors de la venue du Général de Gaulle à Toulouse,
le général de Gaulle fut présenté aux FFI.
Mais les Francs-tireurs Partisans ne voulaient du général.
Le général de Gaulle a bien failli être exécuté
par les FTP. Ceux-ci voyaient dans le général de Gaulle,
un homme qui venait s’attribuer la libération de Toulouse,
alors que le général n’avait pas participé
aux combats.
Un entretien a eu lieu entre le général de Gaulle et le
colonel Serge Ravanel. Mme Lebrère a assisté à
cette entrevue. Mme Lebrère déclara : « ça
a bardé et ça s’est très mal passé.
». Dans Toulouse, dans la ville, elle a vu passer des drapeaux
rouges communistes reconnaissables par le symbole de la faucille et
du marteau, mais aussi des drapeaux espagnols dont certains guérilléros
s’étaient affublées de casques allemands. Elle déclara
: « Ils attendaient quoi …, qu’on aille chez Franco
? » En effet, les guérilléros espéraient,
qu’avec la Libération de Toulouse, - qui offrait une ouverture
vers l’Espagne – les armées de libération
iraient libérer les Espagnols de la dictature de Franco.
Michel
évoque un évènement qui a failli coûter la
vie à sa mère. Madame Lebrère allait chercher du
lait dans une ferme à Montaudran.
La veille avait eu lieu le bombardement de l’aérodrome
(de Montaudran) et toutes les bombes n’avaient pas explosées,
il restait également des bombes à retardement. Une bombe
explosa à proximité de l’avenue Jean Rieux à
hauteur de la caserne de gendarmerie actuelle, l’avenue était
bordée de mûriers. Madame Lebrère ne voulait pas
lâcher son vélo qui avait eu sa roue avant bloquée
par une motte de terre pour se cacher près d’un arbre.
Un jeune homme qui se trouvait aussi sur l’avenue a saisi l’occasion
de se mettre à l’abri près de l’arbre laissé
par Madame Lebrère. Suite à une nouvelle explosion, le
jeune homme fut tué, décapité par la bombe. Madame
Lebrère échappa ce jour-là à la mort.
Juste
après la Libération, Madame Lebrère a travaillé
pour les Services Régionaux des Renseignements Généraux,
ancêtre des Renseignements Généraux actuel. Sa tache
consistait à prendre par écrit les interrogatoires des
collaborateurs, prisonniers à la prison Saint-Michel, et transcrivait
leurs témoignages, avant que ces derniers soient passés
en jugement. Elle y est allée une fois, ensuite, elle n’a
pas voulu recommencer. Elle n’a jamais parlé de ces activités
d’après-guerre.
Madame
Lebrère est restée muette sur toutes ses activités,
tant dans la Résistance, qu’après la guerre. Ce
fut une sorte de « Black out » sur cette période.
Ce témoignage s’est concentré sur des souvenirs
de son fil, Michel, à travers de fragments d’informations
qu’il a pu recueillir de sa mère au cours de discussion,
lors de réunion de famille.
Madame Castelain
Durant l’invasion de 1940, Madame Castelain, alors âgée
d’environ 25 ans, vivait à Armentières dans le Nord
de la France.
Comme de nombreux Français, elle partit en exode et après
avoir marché pendant une journée vers le Sud, elle avait
trouvé une grange à l'écart de la route pour y
dormir.
Elle y était depuis une demi-heure environ lorsque arriva un
militaire habillé en soldat britannique. Quand il la vit, il
lui fit signe «chut» avec la main et le doigt devant la
bouche. Il sortit de son sac à dos un uniforme d'officier allemand
et l'endossa après s'être déshabillé et s'en
alla aussi mystérieusement qu'il était arrivé en
laissant là son uniforme britannique. Etait-ce un soldat du BEF
ou un Allemand ? Elle n'avait même pas entendu le son de sa voix.
Considérant l’endroit et la date, il est probable qu’il
s’agissait d’un officier allemand, les Britanniques du BEF
ayant été pour beaucoup évacués à
Dunkerque et, pour ceux qui restaient, surtout stationnés dans
l’Ouest de la France, notamment en Bretagne.
Témoignage recueilli par son fils, aujourd’hui retraité
de la SNCF du coté de Perpignan.
Marie-Louise
Laurent
Ma grand-mère paternelle habitait dans une petite ville en zone
occupée. La maison avait un étage et un balcon où
elle faisait pousser des plantes vertes. S’occupant un matin de
son petit jardin, Marie-Louise fit tomber par mégarde un pot
de fleur dans la rue. Pas de chance, une patrouille allemande passait
juste à ce moment là !
Fort heureusement, le pot s’écrasa au sol sans blesser
personne. Les soldats de la patrouille se jetèrent à terre,
fusil en main et prêts à défourailler. Le sous-officier
qui les commandait regarda les restes de la «bombe terroriste
», leva les yeux et vit la grand-mère pétrifiée
sur son balcon.
Grand éclat de rire et commentaires en allemand qui fit également
rire les soldats. Mais il fallait sévir. Verdict : Marie-Louise
fut condamnée à payer un coup à boire aux soldats
pour qu’ils se remettent de leurs émotions. Totalement
paniquée, elle ouvrit une bouteille de bon vin alors que de la
piquette était disponible. Le grand-père, vétéran
de 14-18, ne le lui a jamais pardonné.
Les Ritals
Que dire
d’une famille « ordinaire » d’immigrés
italiens antifascistes et naturalisés Français en 1937
?
Ma grand-mère travaillait chez les maraîchers dans le Sud-Est
de la France et entretenait avec mon grand-père trois potagers.
Mon grand-père élevait aussi quelques lapins et poules
et « piégeait » parfois des moineaux et pigeons.
Mais ce qui a fait le plus souffrir ma mère, mes tantes et ma
grand-mère c’est ce racisme de tous les jours. Les fameux
« Ritals », bien qu’ils n’aient pas grand-chose
à voir avec l’Italie de Mussolini.
Mon grand-père lui s’en foutait royalement.
(De Philippe M, alias Betacam)
Madame Henriette
Anquetil
d’après les souvenirs de son petit-fils
Cette histoire s’est passée dans une période proche
du débarquement dans la ferme de ma grand-mère en Normandie
à Amblie dans le Calvados.
Ma grand-mère seule dans sa ferme eu la surprise de retrouver
des aviateurs canadiens abattus en vol et sûrement recherchés
par les Allemands. Elle avait alors une vingtaine d’années.
Elle cacha ces Canadiens dans une sorte de cave sous la grange qui fermait
par une trappe au sol apparemment, qu’elle recouvra d'un tas de
foin.
Naturellement un groupe d'allemands à la poursuite des aviateurs
est passé par la ferme cherchant même dans la botte de
foin avec la baïonnette au bout du fusil.
Un des soldats parti à l’étage de la grange fouiller
là-haut, en redescendant, une marche cassa sous ses pas et il
a failli tomber bêtement.
Ma grand-mère aurait rigolé, l'Allemand pris un air fâché,
regarda ma grand-mère alors enceinte, tournant le fusil dans
sa direction pour que ma grand-mère cesse de rire, ce qu’elle
fit, puis le soldat a souri, rigola même, retirant son fusil et
déclara difficilement en français :
« c’est drôle ça »
Je ne sais pas ce que sont devenus les Canadiens.
Je trouve que cette histoire de ma famille montre à certain que
les Allemands n’étaient pas tous des monstres, que certains
savaient rire, étaient de vrais soldats respectueux et que surtout
il ne faut pas mélanger S.S., Nazi et autres criminels avec tous
les Allemands qui étaient eux aussi victimes de leurs dirigeants
qui les ont abusés, conduits à la guerre et à la
destruction de leur pays.
Même si certains ont été de vrais personnes ignobles,
sanguinaires et sans cœur, aujourd’hui les mots comme sale
boche ou autre devraient maintenant disparaître de notre langage.
Dessin de
Louis Jacquemart
Mars 2008
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