La
guerre contre les Creeks (ou Muscogee) débuta comme une guerre
civile indienne entre les Red Sticks, ainsi surnommés de par
l’usage d’un bâton de guerre peint en rouge, et les
supporters du Conseil National récemment développé
par l’agent fédéral Benjamin Hawkins à partir
des conseils régionaux traditionnels qui regroupaient les différents
chefs de village.
Elle eut lieu dans ce qui allait devenir l’Alabama durant la guerre
de 1812 contre la Grande-Bretagne et les Américains, craignant
le ralliement des Indiens du Sud-Est à la Couronne, transformèrent
rapidement la guerre civile en une campagne militaire destinée
à détruire la puissance creek dans la région.

Benjamin
Hawkins (1754-1816) Planteur, homme politique, militaire et agent indien
américain.
Il tenta de « civiliser » les Indiens en leur apportant
des méthodes modernes d’agriculture et d’élevage.
Adopté par de nombreux Creeks, il parvint à maintenir
19 années de paix entre eux et les colons américains.
Pendant la guerre, il organisa les alliés Creeks sous le commandement
de William McIntosh.
1.
Les racines du conflit
En 1813 l’économie de chasse et de troc qui prévalait
au siècle précédent est largement sur le déclin.
Encouragés par les agents fédéraux, de nombreux
Creeks pratiquent l’élevage et l’agriculture, mieux
adaptés à la nouvelle économie de marché.
Cependant, les disparités de richesse et d’accession aux
produits importés ne cessent de croître. Sans base industrielle,
les Creeks sont totalement dépendants d’importations de
plus en plus chères, incluant l’habillement, les outils,
les armes. Couplée à une rupture des structures claniques
traditionnelles via le Conseil National, cette évolution porte
en elle les germes de la discorde.
Les Creeks se sentent de plus en plus menacés par l’expansion
croissante des colonies américaines sur leur territoire.
En 1811, une visite du chef Shawnee Tecumseh (qui sera allié
des Britanniques durant la guerre de 1812), fait monter les tensions.
Tecumseh et son frère Tenskwetana prêchent un renouveau
spirituel et le retour à la vie d’avant les premiers contacts
avec les colons. Ils dénoncent les influences étrangères
et prônent le recours à la force pour s’en débarrasser
et récupérer les terres ancestrales. Leur appel à
l’unité de la nation indienne et à la résistance
armée, au rejet du système américain et à
la revitalisation de la culture traditionnelle, concomitant à
diverses manifestations naturelles (comètes, tremblements de
terre…) vues comme autant de présages, trouve nombre d’oreilles
réceptives. Ceux qui craignent un affrontement avec les Américains
sont considérés comme des ennemis.
Au Printemps 1813 quelques guerriers tuent 2 familles près de
la rivière Ohio. Hawkins demande l’arrestation des coupables
sous peine de représailles fédérales. Le Conseil
fait exécuter 7 guerriers, empiétant ainsi sur les prérogatives
traditionnelles des clans. La guerre civile éclate.
Les dissidents s’attaquent à Tuckabatchee, où réside
un des leaders du Conseil National; puis à d’autres Creeks
influents considérés comme accommodants avec les Blancs.
Dans le même temps ils organisent le massacre systématique
des animaux d’élevage, la destruction des récoltes
et des produits manufacturés, symboles du pouvoir de ceux qui
acceptent la culture étrangère. En conséquence,
les Creeks souffriront terriblement de la faim pour la durée
de la guerre.
En préparation d’une grande action contre le Conseil, les
dissidents partent à Pensacola en Floride espagnole chercher
des munitions et du ravitaillement. Lorsqu’ils apprennent la nouvelle
les colons, inquiets de la détérioration constante de
leurs relations avec les Creeks, décident d’agir. Le 21
juillet 1813, 180 miliciens attaquent les Red Sticks à Burnt
Corn Creek. Cette embuscade est considérée comme une déclaration
de guerre par les Red Sticks qui, en représailles, attaquent
la colonie fortifiée de Fort Mims le 30 août. Ils massacrent
plus de 250 colons dont de nombreux métis et en capturent une
centaine. D’autres attaques similaires, quoique de moindre envergure,
ont lieu le long de la Chattahoochee.
Devant ces « succès », le soutien aux Red Sticks
s’accroît considérablement mais l’intervention
des Américains est désormais inévitable.
2.
L’intervention américaine
Après le massacre de Fort Mims les rebelles risquent l’invasion
depuis 3 Etats : le Mississippi, la Georgie, le Tennessee. Habitants
des plaines, les Creeks n’ont que peu de moyens pour fortifier
leurs villages. Les non-combattants sont éloignés les
guerriers regroupés en 3 points principaux : Econochaca, Autosee
et Tohopeka, « La courbe en fer à cheval », en anglais
« Horseshoe Bend », ainsi nommé à cause de
sa situation au cœur d’une boucle de la Tallapoosa. Ces points
de résistance deviennent naturellement les objectifs des forces
américaines.
Les forces fédérales étant occupées à
se battre contre les Britanniques les Etats du Sud font appel à
leurs milices, organisées à la va-vite, sans aucune coordination.
En octobre l’invasion du territoire creek débute, sans
considération pour l’entraînement des recrues, les
voies de communications ou de ravitaillement.
La milice de Georgie du brigadier-general John Floyd entre en action
la première lors de quelques escarmouches en août et septembre.
Les 950 miliciens et 300-400 alliés Creeks se dirigent vers Autosee
en construisant des dépôts fortifiés au fur et à
mesure de leur progression. Ils attaquent le village le 29 novembre
avant de le faire brûler. La plupart des habitants parviennent
à s’enfuir, abandonnant malgré tout 200 cadavres
sur le terrain. Les Américains supportent 11 tués et 50
blessés, dont Floyd, et se replient sur Fort Mitchell.

Andrew
Jackson (1767-1845) 7e président des Etats-Unis, élu pour
2 mandats (1829-1837). Personnage ambigu, il est de nos jours à
la fois salué comme un protecteur de la démocratie populaire
et de la liberté individuelle et décrié pour son
soutien à la déportation des Amérindiens à
l'ouest du Mississippi qu’il fit appliquer malgré l’opposition
de la Cour Suprême.
William Blount, gouverneur du Tennessee, rassemble près de 5000
volontaires en 2 armées commandées par 2 rivaux : Le général
Andrew Jackson (West Tennessee, 1000 miliciens dont le célèbre
Davy Crockett, 1300 cavaliers sous les ordres de John Coffee et 200
Cherokees) et le major-général William Cocke (East Tennessee,
2500 hommes). Jackson part le 7 octobre de Fayetteville et installe
son PC avancé à Fort Strother. Le 3 novembre Coffee met
en déroute l’ennemi à Tallushatchee, tuant près
de 200 guerriers et plusieurs femmes et enfants pour 5 tués et
41 blessés. Six jours plus tard, à Taladega, 300 guerriers
sont de nouveau perdus pour les Red Sticks au prix de 15 tués
et 85 blessés pour Jackson.
Mais après Talladega ce dernier commence à affronter de
sérieux problèmes de ravitaillement et de discipline du
fait des courtes durées d’engagements des miliciens (90
jours). De son côté Cocke, avide de gloire, quitte Knoxville
le 12 octobre. La jalousie qui l’oppose à Jackson ne le
pousse en rien à se presser, surtout après qu’il
l’ait mit hors de lui en attaquant un village ami le 18 novembre
(les survivants se rallient bien sûr aux Red Sticks). Lorsqu’il
arrive à Fort Strother le 12 décembre, ses hommes n’ont
plus que 10 jours d’engagement, tout comme ceux de Jackson. Quant
aux cavaliers de Coffee, ils ont déserté. A la fin de
1813 la milice du Tennessee compte moins de 150 hommes.
En octobre le Mississippi, organise péniblement une force de
850 d’hommes mal équipés et mal entraînés
autour du 3e RI. Avec 150 guerriers Choctaws, ils sont sous les ordres
du général Ferdinand Claiborne à Fort Stoddert.
Après quelques escarmouches (dont un combat légendaire
entre 2 canoës, sans doute la plus petite bataille navale du monde
!) et destructions diverses le long de l’Alabama, Claiborne atteint
Econochaca le 23 décembre. Après une courte bataille les
Red Sticks s’enfuient après avoir perdu 30 hommes pour
1 tué et 20 blessés côté américain.
La ville est pillée et brûlée avant que les hommes
ne repartent vers Fort Stephens par manque de ravitaillement et finalement
ne se débandent.

William
McIntosh (1775-1825) Aussi appelé White Warrior. Métis
de père Ecossais et de mère Creek. La filiation se faisant
par la mère chez les Creeks, il fut élevé comme
tel. Il fit partie des alliés des Américains durant le
conflit, ce qui lui vaudra d’être nommé brigadier-general
dans l’US Army. Il fut assassiné en 1825 pour avoir signé
le Traité d’Indian Springs qui cédait des territoires
creeks à la Georgie pour 200 000$.
En
janvier 1814 Floyd a recruté de nouveaux volontaires pour relancer
la campagne. Il quitte Fort Mitchell en direction de Calabee Creek avec
1300 miliciens et 400 alliés Creeks. Attaqués par surprise
au petit matin du 29 janvier, les Georgiens sont durement malmenés
mais parviennent à repousser leurs assaillants grâce à
leur artillerie. Les Red Sticks perdent 50 tués, les Américains
22 et 150 blessés. Suite à ce qu’il considère
comme une défaite, Floyd se retire définitivement en Georgie.
Au début du mois de janvier, 900 nouveaux volontaires rejoignent
Jackson. Ils quittent Fort Strother le 17 pour faire la jonction avec
les Georgiens. Les 2 engagements d’Emuckfaw et Enotochopo Creek
(22 et 24 janvier) sont sérieusement disputés et non décisifs
(environ 200 Red Sticks tués pour 20 tués et 75 blessés)
et Jackson, devant l’inexpérience et le manque de discipline
de ses hommes, décide se replier sur Fort Strother. L’arrivée
du 39e RI le 6 février lui procure un premier renfort ainsi qu’une
base plus martiale pour l’ensemble de ses forces. Celles-ci atteignent
5000 hommes après un nouvel appel à l’engagement
des miliciens. Jackson peut dès lors se montrer plus ambitieux
et mener une campagne de grande envergure. Il impose la discipline et
l’entraînement militaire et apporte un soin particulier
aux lignes de ravitaillement. Ce n’est qu’à la mi-mars
qu’il se met en route vers Horseshoe Bend. Après avoir
établi un nouvel avant-poste à Fort Williams, il atteint
la fameuse boucle de la rivière le 27 mars avec 3000 hommes.
Jackson se positionne face à la barricade érigée
entre les 2 pointes du « fer à cheval », Coffee et
les alliés Creeks et Cherokees de l’autre côté
de la rivière pour empêcher toute retraite de l’ennemi.
Les 2 canons américains ne parviennent pas à entamer la
barricade et Jackson doit se résoudre à lancer un assaut
frontal. Ce dernier réussit après un court mais violent
engagement. Une fois la barricade franchie, la bataille vire au carnage.
Plus de 550 guerriers périssent dans l’enceinte du village
et près de 300 sont tués en tentant de s’enfuir
par la Tallapoosa En contrepartie les Américains comptent une
cinquantaine de tués et 150 blessés (dont beaucoup meurent
de leurs blessures peu après). Les Creeks et Cherokees dénombrent
pour leur part une vingtaine de tués et une cinquantaine de blessés.
A noter que Sam Houston, alors lieutenant au 39e RI et qui s’illustrera
lors de la guerre d’indépendance du Texas, est grièvement
blessé lors de la bataille. Jackson poursuit ensuite la campagne
et rase tout ce qu’il trouve sur son passage, soit une cinquantaine
de villages.

Menawa
(1765-c.1837) Aussi appelé Great Warrior. Métis Ecossais-Creek,
il fut un des principaux leaders des Red Sticks avec William Weatherford
(Red Eagle) et Peter McQueen.
3.
Conséquences
Après
Horseshoe Bend, des groupes de plus en plus importants de Creeks affamés
se rendent aux Américains. Le 29 août Jackson les force
à signer le Traité de Fort Jackson. Les Etats-Unis récupèrent
ainsi 90000km² de territoires (la moitié de l’actuel
Alabama et une partie du sud de la Georgie) y compris une partie de
ceux appartenant à ses alliés Creeks et Cherokees. Au
mieux les Red Sticks furent autour de 4000, possédant peut-être
1000 fusils. Jamais leur nation n’avait été engagée
dans une guerre à grande échelle, même pas contre
les tribus voisines.
Ils utilisaient les armes à feu pour une première salve
avant d’en revenir aux arcs et flèches traditionnels tant
qu’ils n’avaient pas le temps de recharger. Les pertes des
Creeks sont estimées entre 1500 et 3000. Nombre d’entre
eux se réfugient en Floride. Ils
s’opposeront de nouveaux aux Américains quelques années
plus tard, en s’alliant aux Seminoles. Après la fin des
combats les civils meurent en nombre, de la faim, de froid et de maladie.En
1828 Jackson est élu à la présidence des Etats-Unis.
Il fait voter l’Indian Removal Act (Décret de Déplacement
des Indiens) destiné à repousser les tribus du Sud-Est
vers l’Ouest, Entre 1830 et 1835, la majeure partie des Creeks,
Cherokees, Chickasaws, Choctaws et Seminoles suit « la piste de
larmes », pour être relocalisés en « Territoire
indien », soit les terres situées à l’ouest
du fleuve Mississippi, en dehors des Etats de Louisiane, Missouri et
Arkansas. De nos jours la population creek est estimée à
50-60000 et vit principalement dans l’Etat de l’Oklahoma.
