Les
tentatives de reconquête de la Birmanie
Après
la retraite anglaise vers l'Inde en mai 1942, les Japonais atteignirent
les limites de leur extension dans le Sud-Est asiatique et cherchèrent
à consolider leurs positions. Les Anglais, quant à eux,
établirent des plans pour reconquérir la Birmanie à
partir de la saison sèche (après la mousson) en novembre
1942. Le général Wavel décida de lancer une offensive
limitée pour reconquérir la région côtière
de l'Arakan. Cette offensive consistait en une marche de 160 kilomètres
le long de la péninsule du Mayu. En décembre 1942, la
14ème division indienne commença sa progression mais,
le général Lida eu le temps d'envoyer ses troupes pour
arrêter l'offensive en février 1943. Le général
Wavel décida malgré tout de poursuivre cette attaque malgré
la fatigue et les ravages du paludisme sur ses troupes. Les Japonais
attaquèrent les arrières de la division et atteignirent
la rivière Mayu le 18 mars. Cette contre-offensive contraignit
la division à se replier. Le général Wavel fut
obligé de remplacer la division indienne si durement éprouvée
par la 26ème mais, la contre-attaque japonaise se poursuivit
en atteignant la côte à Indin au mois d'avril. Les Japonais
poussaient leur avantage vers le nord, dans le but de s'emparer de la
ligne Maungdaw-Buthidaung au mois de mai, au début de la mousson,
rendant ainsi impossible toute tentative de reconquête de la Birmanie
au cours de la prochaine saison sèche à venir (de novembre
1943 à mai 1944).
Lorsque le 14 avril, le général Slim du 15ème corps
d'armée indien prit le commandement des forces d'Arakan, il fut
effrayé par l'état de délabrement moral et physique
des hommes qui avaient tenue tête aux Japonais. Le 6 mai, les
Anglais furent contraints d'abandonner Buthidaung puis Maungdaw. Au
mois de mai 1943, ils étaient revenus à leur point de
départ. Le seul "succès" de cette période
fut à imputer aux "Chindits". Le capitaine Orde Wingate,
qui fut l'initiateur des "Chindits" créa ces "groupes
de pénétration à longue distance" qui furent
entraînés pour opérer dans la jungle Birmane. Ces
forces étaient de 22 000 hommes, réparties en 7 colonnes.
Leur mission était d'attaquer les communications et avant-postes
japonais. Cette opération n'eut pas de grosses conséquences
stratégiques et les pertes japonaises furent faibles mais elle
amena le général Mutagachi, commandant la XVème
armée japonaise, à reconnaître que la rivière
Chindwin n'était pas une barrière de défense sûre
et que pour prévenir toute attaque ultérieure, il était
nécessaire de continuer son avance. Les Japonais pénétrèrent
ainsi en Inde en 1944, amenant ainsi la fatidique bataille d'Imphal.
Les
opérations en Birmanie
La
campagne de Birmanie forma un contraste déprimant avec l'avance
rapide des Américains dans le Pacifique Centre. Après
l'échec de la tentative de l'Arakan en 1942, les Alliés
avaient convenus de donner priorité à la réoccupation
de la Birmanie septentrionale. Ceci permettrait de reprendre la ravitaillement
de la Chine par la "route de la Birmanie" à travers
les montagnes. Fin août 1943, l'amiral Lord Mountbatten prit le
commandement du Sud-Est Asiatique. La Marine fut commandée par
l'amiral Sommerville, l'Armée de terre par le général
Giffard, et l'Armée de l'air par l'Air Chief Marshal Peise. Le
général Stilwell fut nommé adjoint de Mountbatten.
Quant au général Wavell, il fut nommé vice-roi
des Indes et remplacé par le général Auchinleck.
Les forces alliées s'accrurent considérablement : les
forces du général Giffard étaient constituées
par la nouvelle XIVème armée, comprenant le 15ème
corps d'armée du général Christison stationné
en Arakan et le 4ème corps d'armée du général
Scoone sur le front central en Birmanie septentrionale. La flotte restait
modeste mais le nombre d'escadrilles fut porté à 67 escadrilles
dont 19 Américaines (850 avions). En ce qui concerne les "Chindits",
leurs effectifs furent portés de 2 à 6 brigades et furent
dotés d'une aviation (11 escadrilles). Quant à Orde Wingate,
il fut promu général de division. Ses groupes de L.R.P.
(Long Range Penetration) devaient s'emparer d'Indaw et de sa région
afin de couper les lignes de communication japonaises. L'importance
du dispositif incita les Japonais à pénétrer en
Inde, à occuper la plaine d'Imphal contrôlant les cols
de montagne menant en Assam (ceci interdisait le ravitaillement de la
chine). Le général Kawabe, le commandant en chef des troupes
nipones en Birmanie avait sous ses ordres 3 armées "réduites",
en fait, le total représentait une armée seulement. La
XXXIIIème armée du général Honda dans le
Nord-Est, composée de 2 divisions, la XXVIIIème armée
du général Sakurai sur le front d'Arakan composée
de 3 divisions et la XVème armée du général
Mutagachi au centre du front composée de 3 divisions et d'une
division nationale indienne de 9 000 hommes. Cette dernière armée
devait lancer l'offensive sur Imphal.
Le 5 avril 1943, les "Chindits" lancèrent leur offensive
dans des conditions chaotiques, perdant un grand nombre de planeurs.
Le 13 mars, 9 000 hommes étaient néanmoins en place derrière
les lignes japonaises. Surpris par cette attaque surprise, les Japonais
parvinrent toutefois à contre-attaquer, repoussant une attaque
des L.R.P. sur Indaw et tuant également le général
Wingate. Son remplaçant, Lentaigne, accepta d'envoyer les "Chindits"
plus au nord pour faciliter l'avance de stilwell et des Chinois. L'offensive
japonaise déclenchée à la mi-mars arriva sur la
route Imphal-Kohima le 29 mars. Celle-ci fut coupée durant plusieurs
heures mais les anglais parvinrent à se rétablir dans
la plaine d'Imphal. Dans la nuit du 4 avril, les japonais s'emparèrent
des hauteurs de Kohima, encerclant les défenseurs. Le 10, le
général Slim ordonna une contre-attaque et, le 18, 2 brigades
anglaises arrivèrent pour soutenir la garnison de kohima puis
chassèrent les Japonais. D'autres combats violents se déroulèrent
autour de la route de Kohima. Imphal, toujours encerclée put
heureusement être ravitaillé par air. Au mois de mai, les
troupes de Stopford ouvrirent la route d'Imphal et chassèrent
les Japonais. Courant juillet, l'armée de Slim poursuivit la
contre-offensive et atteignit la rivière Chindwin.
Pendant cette offensive, les Japonais avaient perdu 50 000 hommes sur
84 000 hommes. Les Britanniques, quant à eux en avaient perdus
17 000.
Le coup porté aux Japonais était rude mais pas assez puissant
pour les chasser de Birmanie. A la mi-octobre 1944 (à la fin
de la mousson), Slim entama la progression sur le front central et concentra
les hommes de Stopford pour s'emparer de Kalemyo et de Kalewa. A la
mi-novembre 1944, ils établirent une tête de pont sur la
Chindwin avec le 4ème corps de Messery qui atteint Banmauk avec
la 36ème division de Festing venant d'Indax et Katha sur l'Irrawaddi.
A la mi-décembre, bénéficiant des renforts du 4ème
corps d'armée, ils s'emparèrent de Monywa et Mandalay.
Les Japonais ne pouvant pas recevoir de renforts voyaient leur situation
se dégrader de jour en jour et pressentaient qu'ils devraient
bientôt évacuer la Birmanie du Nord. Début 1945,
le 33ème corps atteint Shewo le 10 janvier et Monywa le 22. Désormais,
la quasi totalité des forces japonaises étaient sur la
rive est de l'Irrawaddi. Le 14 février, Slim s'emparait d'une
tête de pont près de Nyaunga, le 24, ses forces s'emparaient
de Taungtha et atteignirent Meiktila le 28. Le 20, Stopford, était
à Mandalay et Fort Dufferin. Devant la gravité de la situation,
la XVème armée japonaise se replia vers le sud. Tout le
centre de la Birmanie était entre les mains des Anglais et la
route de Rangoon était ouverte. Les Japonais espéraient
malgré tout pouvoir tenir sur l'Irrawaddi avec les troupes de
retour de l'Arakan et espéraient que les lambeaux des deux autres
armées pourraient arrêter le 4ème corps de Messery.
Celui-ci détruisit le 22 avril les restes de la XVème
armée japonaise qui battaient en retraite à travers les
collines de Shan. 7 jours plus tard, Messery atteint Kadok à
120 kilomètres de Rangoon. Le 6 mai, Rangoon était libérée.