Le
25 juillet 1943, lors de la réunion du Grand Conseil Fasciste,
Mussolini est mis en minorité par un vote à l'instigation
de Dino Grandi, approuvé par Galeazzo Ciano le gendre même
du Duce, du maréchal de Bono (un quadrumvir de la Marche sur
Rome) et d’autres hiérarques soit 19 voix contre 8.
Le
roi Vittorio Emmmanuele III nomme le maréchal Pietro Badoglio
(un des plus mauvais militaires) premier ministre, fait convoquer Mussolini,
lui annonce sa déchéance et le fait arrêter. Aussitôt,
les Allemands qui avaient prévu la trahison du roi envoient 14
divisions (opération Alaric). Pendant ce temps, Badoglio assure
que "l'Italie reste en guerre" tout en préparant un
armistice avec les Alliés, signé le 8 septembre. Badoglio
et le roi s'enfuient de Rome, laissant le peuple à son destin,
cette traîtrise -l'un soucieux de préserver sa personne
et l'autre sa couronne, marquera l'Italie sous le signe de l'infamie.
Les soldats italiens sont livrés à la vindicte germanique,
à Cephalonie, après une lutte sans espoir, la division
Acqui est exterminée par les troupes du XXII Gebirgs. Korps,
laissant 9 000 italiens morts.
Mussolini, de prison en prison -pour déjouer les services secrets-,
se retrouve à Campo Imperatore, au sommet du Gran Sasso des Abruzzes,
au sud de Rome. Le 12 septembre, a lieu l'opération Heiche, un
commando parachutiste de la Luftwaffe commandé par le major Mors,
atterrit en planeurs, libère le Duce, qui s'envole avec le haupsturmfuhrer
SS Otto Skorzeny à bord d'un Fieserler Storch. Le SS n'avait
qu'un rôle d'observateur mais s'attribuera les lauriers de cette
opération.
Malade, écœuré par la politique, Mussolini arrive
en Allemagne où Hitler le contraint à reprendre en main
les rênes du pouvoir sous la menace de faire de l'Italie un gouvernement
général comme la Pologne et de représailles très
dures.
La République Sociale est née, appelée dérisoirement
la république de Salo, du nom d'une ville au bord du lac de Garde,
car Rome ville ouverte ne peut être la capitale de ce nouvel état.
Les autres ministères sont répartis entre Verone et les
autres villes autour du lac de Garde.
La
création de l'ENR
Le maréchal Graziani accepte la charge de ministre de la défense,
même s'il a été un piètre général
en Libye.
Les casernes sont réouvertes mais elles ont été
pillées le 8 septembre, mais l'appel au volontariat permet de
réarmer 57 000 hommes, certains prisonniers militaires italiens
sont libérés des lager allemands, désireux d'effacer
la honte de l'armistice de Badoglio et combattre "per l'onore d'Italia"
qui deviendra leur devise.
Les troupes seront entrainées en Allemagne au camp de Müntzingen
et Grafenwohr. 4 divisions représentant les différents
corps de l'armée italienne sont formées :
La division Monterosa
C'est une division d'Alpini, recrutés parmi les prisonniers provenant
de ce corps d'élite. Ils sont entrainés et armés
à l'allemande mais conservent les grades, l'uniforme (ainsi que
le fameux couvre-chef montagnard avec une plume de corbeau pour les
hommes de troupe et la patte de collet verte ) et le commandement.
Le stage débute en décembre 1943 et se termine en juillet
1944, la troupe est passée en revue par Mussolini et sera engagée
en Ligurie, dans la région montagneuse autour de Gènes
et de la Spezia, près de la ligne Gothique.
La
division Littorio
Formée aussi à Müntzingen, C'est une division de
grenadiers, le littorio est le licteur, symbole fasciste mais aussi
du temps de la Rome républicaine celui de l'autorité :
une hache symbole de l'exécution du droit romain entourée
d'un faisceau de branches. La Littorio sera envoyée dans les
Alpes occidentales pour défendre la frontière contre les
troupes franco-américaines.
La
division San Marco
C'est une division d'infanterie de marine, héritière de
celle qui s'est illustrée en Afrique du Nord, copie de la X MAS
(Decima MAS). Le succès de cette division sera tel que les bureaux
de recrutement refuseront des volontaires. Encadrées par les
maro (fusiliers marins) de la Decimas MAS, elle rassemble 600 officiers
et 12 000 hommes.
Elle sera envoyée en Ligurie. Ses mostrines sont rouges avec
le lion de Venise et un poignard (emblème de la RSI).
La
division Italia
C'est une division de bersaglieri, corps d'élite de l'armée
italienne, reconnaissable à ses mostrines (pattes de collet)
de couleur cramoisi, portant le fez à pompon de même couleur,
cadeau des zouaves français lors de la guerre de Crimée
et bien sûr du célèbre casque à plumets (de
chapon).
Elle sera installée autour de Parme et dans la Garfagnana, affrontant
les Américains et les Brésiliens.
Ces
4 divisions, formées en Allemagne, portent un badge spécial,
et forment le noyau de l'armée républicaine.
Tous les emblèmes rappelant la maison de Savoie sont retirés
et remplacés par le faisceau de licteur.
Les principales unités de l'ENR sont listées ci-dessous
:
La
DECIMA MAS
La Decima MAS s'était remplie de gloire en y envoyant dans les
fonds méditerranéen 2 cuirassés britanniques, le
HMS Valiant et le HMS Queen Elizabeth, le 19 décembre 1941 à
Alexandrie. Oeuvre des scaphandriers, ils s'approchaient de leur proie,
à cheval sur un SLC (silure a corsa lenta) ou torpille à
course lente, 2 plongeurs à cheval dessus et déposaient
la torpille sous la quille. Basée à la Spezia, en Ligurie,
la MAS (motoscafo armata di siluro ou vedette armée de torpilles)
constituée en flotille avait pour chef le prince Junio Valerio
Borghese, qui auparavant commandait le sous-marin Scire, utilisé
pour le transport des SLC qu'on appelait maiale (cochon). Bien qu'appartenant
à la marine, la X MAS restera une unité autonome. Pour
se différencier de la San Marco, qui a le même uniforme,
vareuse sans col avec la mostrine rouge, un insigne distinctif est créé
: une plaque de fer bleue, avec l'inscription X Flotiglia (puis Divisione)
MAS en rouge avec une tête de mort ayant une rose entre les dents
(car comme le disait un commandant de la MAS, le cdt Todaro, mort au
combat : la mort au combat est une belle chose, parfumée comme
une rose). En raison de la nature du conflit, la X MAS va élargir
son rayon d'action et participer à des actions terrestres.
Ses principaux bataillons :
-le bataillon Barbarigo, qui va se distinguer à Anzio et mener
des combats retardateurs lors de la percée alliée
-le bataillon nageurs-parachutistes ou NP, l'élite des troupes
de choc. Les Allemands viendront se perfectionner auprès d'eux
pour les techniques de combat; ils mèneront des actions derrière
les lignes ennemies
-le bataillon Lupo
-le bataillon Colleoni (artillerie)
-le bataillon Valanga, formé de chasseurs alpins, ils conservent
avec leur tenue de la MAS leur plume de corbeau sur le couvre-chef
-le bataillon Saggitario ; avec le bataillon Fulmine il empêche
la prise de Gorizia par les partisans yougoslaves
-le bataillon Fulmine, dans ses rangs il y a la compagnie Volontari
di Francia, composée d'immigrés ou fils d'immigrés
italiens en France, rassemblés à la base BETASOM de Bordeaux
(base de sous-marins italiens) ils sont acheminés à la
frontière yougoslave, empêchant les troupes titistes l'épuration
ethnique dans la région de Trieste et où les 214 maro
résisteront au 2400 partisans du IXe Corps yougoslave à
Tarnova delle
Les
parachutistes
Hértiers de la division Folgore, détruite à El
Alamein, en menant des combats retardateurs sauvant la retraite de l'Afrika
Korps et du reste des troupes italiennes, il ne reste plus qu'une autre
division : la Nembo. Ceux qui souhaiteront continuer le combat se feront
coudre une bande de bras avec le motto "per l'onore d'Italia"
qui deviendra la devise de la RSI. Regroupé en un bataillon,
le Nembo combattra à Anzio retardant l'avance alliée après
la prise de Rome.
Le bataillon Nembo sera intégré au régiment parachutiste
Folgore, renaissant de ses cendres, avec le bataillon Azzuro. D'autres
unités autonomes paras seront créées : les NP (voir
MAS) ou les Arditi parachutistes,
Les
paras seront envoyés dans la vallée d'Aoste et recevront
à la fin des hostilités l'honneur des armes.
Un bataillon parachutiste de la GNR sera formé également
(btg Mazzarini)
Les unités blindées
A l'instar de leurs collègues aviateurs, les tankistes italiens
auront à récupérer leur matériel auprès
des Allemands, Les bombardements, le manque de matières premières
limiteront la production industrielle et les Allemands ne sont pas près
de fournir leur propres panzer.
La tâche de ces quelques gruppi squadroni corazzati sera de lutter
contre les partisans, parfois aussi contre les troupes titistes. Ses
unités sont équipées de chars moyens M13/40 et
M14/40, de chars légers L3 (parfois en version lance-flammes),
obsolètes dès avant la guerre, de Semovante (canons automoteurs)
75/34 ou 105/25.
L'excellente automitrailleuse AB 41 sera également en dotation.
Les principales unités blindées de la RSI :
-Gruppo squadroni Corazzati San Giusto ; affecté à la
lutte anti-partisans;
-Gruppo corazzato Leoncello ne participant à aucune activité
militaire;
-Gruppo corazzato Leonessa faisant parti de la GNR (Garde nationale
Républicaine), son emblème est le M de Mussolini avec
un faisceau de licteur.
La GNR - Guardia Nazionale Repubblicana
La GNR remplace la MVSN (Milizia Volontari Sicurezza Nazionale), la
milice. Forte de 80 000 hommes, elle a des tâches de maintien
de l'ordre, la garde de lieux stratégiques : gares, ponts,...
et la lutte anti-partisane.
Elle avait en son sein le groupe cuirassé Leonessa . Son emblème
distinctif était un M stylisé sur les pattes de collets
noirs et une tête de mort avec tibias croisé portée
sur le couvre-chef.
Les Brigades Noires-Brigate
Nere
Prônant un retour aux sources du fascisme comme au temps du squadrisme,
chaque Brigade Noire porte le nom d'un fasciste tué, c'est une
unité politisée au contraire de toutes les autres unités
militaires, dépendant du PFR le Parti Fasciste Républicain
dont le chef est le radical Alessandro Pavolini. Ils vont mener une
féroce répression contre les partisans.
Une unité des plus redoutées est la légion autonome
Ettore Mutti, du nom d'un fameux pilote tué le 23 août
1943 certainement sur l'ordre de Badoglio.

29.Waffen -Grenadier Division der SS (Italienische n°1)
Cette division ne fait pas parti de l'ENR puisque rattachée à
la Waffen SS.
CONCLUSION
La RSI mobilisa environ 500 000 hommes. L'enthousiasme du début
fit place ensuite à la désillusion : le décret
Graziani du 19 février 1944 institua la conscription obligatoire,
le taux d'insoumission s'éleva à 41% et à 12% pour
les désertions, venant grossir les rangs de la résistance.
Dans le reste de l'Europe occupée par l'Allemagne nazie, des
Italiens furent enrôlés sous l'uniforme allemand, il est
donc difficile de déterminer précisément la quantité.
Les motivations du choix de l'engagement étaient diverses : fidélité
au Duce, honte de l'armistice du 8 septembre, antibolchévisme,
arrivée des troupes titistes, opportunisme...
Dans la confusion qui règne durant les derniers jours de la guerre,
le prince Borghese démobilise la X MAS, d'autres troupes se rendent
aux Alliés. Les plus radicaux, rassemblés autour d'Alessandro
Pavolini veulent former le dernier carré et lutter jusqu'au bout
dans la Valtellina. Lâchés par les Allemands qui ont négocié
secrètement leur reddition (le général SS Wolff),
les Brigades Noires combattront jusqu'au bout et les survivants n'échapperont
pas à la vengeance des partisans. Au Val d'Aoste, le bataillon
para Azzuro, se rendra le 4 mai aux troupes alliées qui rendront
les honneurs de guerre.

Sources
:
Enzo et Laurent Berrafato : L'Italie en Chemise Noire
Nino Arena : l'Aeronautica Italiana
Renzo de Felice : Les Rouges et les Noirs
Batailles & Blindés n°34 : les unités blindées
de la RSI (David Zambon)
Osprey n°353 Men-at-Arms : the Italian Army volume 3