Tenter de décortiquer les intentions, motivations et plans des
hiérarques du régime nazi est un exercice périlleux.
Entre les clichés "Tous des fous-furieux minables"
qui firent florilège après-guerre et les multiples trucages
et manipulations avec lesquelles les intéressés camouflèrent
leurs actions et dont ils truffèrent leurs écrits de l’époque,
il est très difficile de démêler l’écheveau
et de retrouver son chemin. Mais il est utile, au moins, d’essayer,
quitte à ne pas être complet.
Risquons-nous donc à parler du Dr Goebbels.
Les
origines :
Paul Joseph Goebbels est né le 29 octobre 1897 à Rheydt,
ville textile d’environ 30 000 habitants, dans un milieu modeste.
Son père, Fritz Goebbels, fervent catholique, travaillait comme
contremaître dans une filature locale. Sa mère, Katharina
Odenhausen, était fille d’un forgeron et très croyante
également.
A sept ans, il contracta une ostéomyélite qui, malgré
une opération, entraîna la paralysie de sa jambe droite
et dégénéra en pied-bot. Mis à l'écart
à cause de ce handicap, il se consacra à des lectures
d'une grande diversité et, après des études secondaires
dans des établissements catholiques, fut encouragé par
son père à entrer à l'Université où
il obtint un doctorat en philologie allemande en 1922. Il fréquenta
les Universités de Berlin, Heidelberg, Bonn, Fribourg, Wutzbourg,
Cologne, Francfort et Munich, fine fleur de l’enseignement supérieur
allemand.
Docteur, mais boiteux, patriote, mais pas ancien combattant (Il fut
réformé), son enfance et son adolescence furent probablement
très difficiles et génératrices de nombreuses frustrations.
A sa sortie de l’Université, le pays était bouleversé
par la défaite de 1918 et par l'effondrement économique
de l’Allemagne. Les opportunités étaient rares pour
un intellectuel de province sans expérience.
Le jeune Goebbels devint rapidement un antisémite virulent, convaincu
que les Juifs étaient responsables de ses propres problèmes
et de toutes les tragédies personnelles entraînées
par l'inflation vertigineuse qui sévissait.
La genèse de son antisémitisme n’est pas claire,
à notre connaissance, mais il n’est pas surprenant dans
le contexte de l’Allemagne de l’époque que Goebbels
le devint et il fut loin d’être le seul. Comme pour beaucoup
de ses contemporains, il est possible voire probable que cet antisémitisme
s'abreuva auprès du mouvement Völkisch, très en vogue
en Allemagne et dont Hitler repris, à sa manière, plusieurs
principes.
Il écrit cependant dans son journal le 9 janvier 1924 :
"De Cologne, on m'a renvoyé Le Voyageur. On me remercie
beaucoup, mais on n'en a pas l'emploi. Et si, par exception, c'était
le cas, pourrait-on faire usage du Voyageur à Cologne, cité
de la cathédrale comme des mercantis ? A Cologne, il n'est qu'un
mot d'ordre : "Sois noir ou youpin" Peut-être est-il
vrai qu'on ne peut arriver que par les Youpins. O, qu'il est difficile,
le chemin vers les sommets ! Pour me rapprocher des Youpins, j'ai encore
un bon bout de chemin à faire. Je ne désespère
pas, car je sais que j'aspire au Bien."
Pour exprimer cette conviction qui devint la passion la plus violente
de sa vie, il se tourna vers les mouvements d'extrême droite et
avait de la sympathie pour le mouvement nazi des 1922. Schéma
relativement banal dans la République de Weimar préparant
sa propre agonie.
Il
écrit un peu plus tard :
"Je réfléchis plus que souvent à la question
juive. Le problème de la race est bien le plus profond et le
plus mystérieux de ceux qui interfèrent dans la vie publique.
N'y a-t-il pas un antagonisme entre race et intellect, création
et imitation, art et science, capitalisme industriel et capitalisme
boursier ? Comme ces séries semblent se tenir à distance
l'une de l'autre ! Et pourtant les pôles correspondants de chacune
ne sont que l'expression du même sentiment du monde, que Spengler
désignerait comme l'existence et l'état de veille."
La politique va lui procurer un emploi, le mettre en lumière
et révéler son incontestable talent de polémiste.
Embauché par un parlementaire d’un parti de droite, le
hasard veut qu’en 1924 il fasse ses débuts d’orateur
à Rheydt, sa ville natale, comme contradicteur dans une réunion
communiste.
Ainsi mis en valeur, Goebbels entre comme rédacteur en août
1924 à la revue hebdomadaire "Völkische Freiheit, Organe
de combat rhénano-westphalien pour une Grande Allemagne nationale
et socialiste", mais sa situation est toujours précaire,
il n’est qu’un petit journaliste marginal.
Au début 1925, Hitler charge Gregor Strasser d’organiser
le NSDAP dans le Nord de l’Allemagne. Avec l’aide de son
frère Otto, Strasser entreprends alors de développer le
Parti loin de ses bases bavaroises, avec l’espoir de le développer
suffisamment pour prendre la place d’Hitler à la tête.
Pour l’aider, il engage en tant que secrétaire Joseph Goebbels
qui s’attelle à la tâche avec enthousiasme. Une nouvelle
vie commence pour lui.
Durant cette année 1925, alors que la sourde lutte pour la direction
du Parti qui oppose Hitler et Strasser bats son plein, Goebbels hésite
entre les 2 hommes pendant plusieurs semaines, ainsi que William Schirer
fut le premier à le remarquer. D’abord partisan de Strasser,
choqué des humiliations infligées par Hitler à
un homme qu’il juge "Bon et honnête", Goebbels
fut retourné comme un gant par le Führer, qui était
un expert en la matière et avait remarqué ses talents
d’orateur et de propagandiste.
Il a donc oscillé entre la droite et la "gauche prolétarienne"
du Parti, s’est lié d'amitié avec les frères
Strasser, en particulier avec Gregor (qui est le moins "socialiste"
des deux), mais finit par les laisser tomber car il est subjugué
par "l'aura" de Hitler. Bref, son engagement politique semble
fonctionner à la sympathie plutôt qu'à la pure raison.
Ce n'est pas une question de choix personnel raisonné sur la
base d'arguments ou de conviction idéologique, mais plutôt
de ralliement à une personne. On pourrait presque en conclure
que si Hitler avait été communiste, Goebbels le serait
devenu et que si son Führer était devenu moine tibétain,
Goebbels l'aurait suivi dans une lamaserie.
Ce ralliement est souvent daté du début avril 1925 : Goebbels
accepta de prononcer un discours, avant celui d’Hitler, lors d’une
réunion le 8 avril à la brasserie Burgerbraukeller. Suite
à cette soirée, il écrira le 13 avril dans son
Journal, parlant d’Hitler, cette simple phrase : "Je
l’aime". Il semblerait cependant qu’il ait encore
eu des doutes pendants quelques années, selon certaines phrases
de son Journal : 15 février 1926 : "Hitler fait un discours
de deux heures. Je suis comme assommé. Quel Hitler est-ce la
? Un réactionnaire ? Extraordinairement maladroit et indécis
[...] Sans doute une des plus grandes déceptions de ma vie. Je
ne crois plus totalement en Hitler."
29 janvier 1930 : "Hitler repart dans son habitude de ne pas
prendre de décision. C'est à vomir de lui ! Il faut qu'il
sorte de l'atmosphère munichoise. Il s'y aigrit et s'encroûte
complètement."
22 février 1930 : "Hitler m'inquiète énormément
; il fait beaucoup de promesses et ne les tient guère."
Mais quelle que soit la date réelle de son adhésion sans
conditions, sa voie était tracée avant la prise du pouvoir
et il ne la quittera plus.
En octobre 1925, Goebbels s’installe à Berlin pour y diriger
le développement du Parti indépendamment de Strasser qui
en pris ombrage, pour le plus grand plaisir d’un Hitler qui tirait
les fils de ses marionnettes avec son habituelle habileté à
ce niveau.
À la fin d’août 1926, Hitler nomme Goebbels commissaire
à la direction du Gau (District) de Berlin. Il réussit
magistralement à propager dans la capitale le national-socialisme
et dirige le périodique "Der Angriff " (1927-1933).
Il est élu dès les élections législatives
de mai 1928, devenant ainsi, à 31 ans, l'un des douze premiers
députés du NSDAP à siéger au Reichstag.
"Nous entrons au Reichstag […] comme des loups dans la
bergerie." écrit-il dans l'Angriff. Phrase prophétique…
Vers la fin 1929, il gravit un échelon de plus : Hitler fait
de lui le chef de la propagande du parti pour l’ensemble de l’Allemagne.
Goebbels peut alors donner la pleine mesure de ses talents.
Par une propagande agressive et insistante, il obtiendra des succès
spectaculaires aux élections à partir de 1930, année
ou Hitler, délibérément, lui fait jouer un rôle
charnière dans l’éviction du NSDAP des frères
Strasser. Gregor sera assassiné durant la nuit les longs couteaux
et Otto s’exilera. Goebbels n’en concevra apparemment ni
regrets ni remords.
Magda, égérie ou mère de famille ?
Le rôle qu’elle eut dans la vie de Goebbels et dans le Reich
mérite que l’on s’attarde un peu sur sa vie et sa
personnalité.
Magda Goebbels, née Behrend en 1901, est la fille d'Oskar Ritschel,
un ingénieur, et d'une employée de maison de ce dernier
nommée Behrend. Son père biologique ne la reconnaît
pas, d’où son nom de naissance, mais lui assurera une éducation
digne des jeunes filles de bonne famille de l’époque.
Son premier amour fut Victor Arlosoroff, un jeune juif qui devient plus
tard en Palestine une des grandes figures du sionisme avant d'être
assassiné en 1933 dans des circonstances mystérieuses
et dont certains (Sans réelles preuves mais avec quelque vraisemblance)
avancent que Goebbels en serait l'instigateur.
En 1920, la jeune fille de 18 ans fait la connaissance de l'industriel
Günther Quandt, âgé de 38 ans, un des hommes les plus
riches d’Europe. Elle l’épousera en 1921, ce qui
donnera lieu à un tour de passe-passe typique des mentalités
allemandes entre les deux guerres. Sa mère s’était
mariée avec un Juif, Richard Friedländer, qui l’avait
adoptée. Pas question qu’un Quandt épouse une "Friedländer"
! Sa mère divorce donc, son père biologique la reconnaît
enfin et c’est Magda Ritschel qui convole avec un riche industriel
protestant. Tout va pour le mieux dans le meilleur d’un monde
déjà engagé sur la planche à savon.
Ils eurent un fils, Harald, dont nous reparlerons plus loin. Mais Günther
avait 2 enfants d’un précèdent mariage et il adopte
les 3 enfants d’un associé mort accidentellement. La vie
de mère de famille nombreuse et de maîtresse de maison
n’est pas vraiment ce dont Magda avait rêvé et le
ménage vole en éclat. Ayant entre temps repris sa liaison
avec Victor Arlosoroff, Magda menace Günther Quandt de faire des
"révélations publiques" propres à gêner
considérablement ce capitaine d’industrie et obtient de
cette manière une confortable pension alimentaire. Charmant caractère.
Redevenue donc célibataire, Magda s’installe à Berlin,
s’intéresse au NSDAP et en devient membre en septembre
1930. Elle est fascinée par Goebbels aussi bien que par Hitler
et devient rapidement responsable des archives privées de Goebbels
puis sa maîtresse.
L'appartement élégant de Magda devient le point de ralliement
de la société nazie où Hitler et elle se rencontrent
pour la première fois. Il est séduit par l'ambiance de
l'appartement et particulièrement par l'hôtesse qui incarne
parfaitement le stéréotype de la femme germanique. Elle
est l'une des rares personnes de son entourage qui rayonne de charme,
qui lui est fidèlement dévouée et qui est aussi
capable de soutenir avec lui une véritable conversation.
Il semble évident que Magda exerce un attrait puissant sur Hitler
et elle éprouve aussi des sentiments pour le Führer. Mais
comme la "mission" que la "Providence" a confié
à Hitler lui a fait épouser l’Allemagne, et elle
seule, il utilise sa grande influence sur les deux pour accélérer
le mariage, exercice "d'entremetteur" qu’il jouera souvent.
Joseph Goebbels épouse donc Johanna Maria Magdalena Ritschel
le 19 décembre 1931. Elle lui donnera 6 enfants.
La propagande fait de Magda l'épouse et la mère de famille
modèle de l'Allemagne nazie. Goebbels a cependant, entre 1936
et 1938, une liaison avec une actrice tchèque, Lida Baarova.
Ils en eut d’autres, moins tonitruantes, et c’est sur l'insistance
d'Hitler que le couple Goebbels ne se sépara pas et que l’actrice
tchèque fut bannie d’Allemagne. Des plans des grandes batailles
jusqu’aux secrets d’alcôve en passant par la décision
de la "Solution Finale", le Führer s’occupait vraiment
de tout et de tous !
Johanna
Maria Magdalena et Lida
Baarova

Goebbels
et ses enfants

Magda Goebbels jouera, dans le régime nazi, un triple rôle.
Elle est la "première dame du Reich", d’abord
sans rivale puis, à partir du 10 avril 1935, faiblement concurrencée
par Emmy, la nouvelle épouse de Göring. Au premier rang
de toutes les fêtes, elle illustre l’aptitude du régime
à séduire les classes dirigeantes. Elle est aussi, par
ses six maternités et la solidité apparente de son couple,
le symbole de la "mère allemande" telle que le Hitler
l’exalte (elle prononce même une allocution radiophonique
à l’occasion de la fête des Mères, le 14 mai
1933). Elle est enfin, plus discrètement, l’une des principales
compagnies féminines dont le Führer aime s’entourer.
Enfin
le pouvoir :
Le 30 janvier 1933, le Führer est nommé Chancelier par un
Hindenburg vieillissant et approchant la sénilité, dans
le cadre d’un gouvernement de droite ou les nazis n’ont
pas la majorité. Mais les loups sont dans la bergerie ici aussi
et ils ne tarderont pas à dévorer à belles dents
les moutons naïfs qui pensaient pouvoir les "maîtriser".
Le 11 mars 1933, un ministère de l’Information et de la
Propagande est créé et Goebbels en prend la direction
le 14 mars.
C'est lui qui organise la Journée de Potsdam, peu avant le vote
de la loi des pleins pouvoirs par le Reichstag, Hitler obtenant le ralliement
du Zentrum (Ancêtre du Parti démocrate-chrétien
allemand) moyennant des garanties constitutionnelles, verbales, qui
ne seront jamais honorées. Hitler n’avait, c’est
bien connu, qu’une seule parole, à savoir de ne pas respecter
la sienne.
Le 21 mars 1933, donc à l'occasion de la séance d'inauguration
du nouveau Reichtag élu le 5 mars, Hitler et Goebbels montent
en effet une grandiose cérémonie qui est un coup absolument
génial : L'inauguration se tient dans l’église de
la garnison de Potsdam, le grand autel du prussianisme, la ou se trouve
la tombe de Frédéric le Grand. De plus, le 21 mars est
l'anniversaire du jour ou Bismarck a créé le IIeme Reich,
unifiant l'Allemagne pour la 1ère fois.
Retransmise en direct à la radio, la cérémonie
accueille certes les députés mais aussi toutes les vieilles
gloires de l’armée du Kaiser, tous en grand uniforme, ainsi
que l’Etat-major au grand complet, le corps diplomatique et les
correspondants de presse allemands et étrangers. L’ancien
Kronprinz était présent, ainsi que le Feldmarschall von
Mackensen, le dernier Maréchal du Kaiser vivant, revêtu
de l’imposante tenue et du casque des Hussards à tête
de mort. Les ombres de Frédéric le Grand, du Chancelier
de fer et du Kaiser planaient au-dessus de l’assemblée.
Hindenburg, en entrant, s'incline devant le siège, vide, du Kaiser.
Hitler rend un vibrant hommage au vieux Maréchal-président
et à "l'union [qui] a été célébrée
entre l'ancienne grandeur et la force nouvelle". Hindenburg, ainsi
que de nombreux militaires, en a presque les larmes aux yeux. La désagréable
parenthèse démocratique de la défunte République
de Weimar fut ainsi refermée, voire effacée.
Ce fut la le premier succès de masse du nouveau Ministre Goebbels.
La mise au pas culturelle :
Son rôle est très important dans la mise en place de la
dictature nazie et de la diffusion des mots d'ordre. Selon lui, "L'idéal,
c'est que la presse soit organisée avec une telle finesse qu'elle
soit en quelque sorte un piano sur lequel puisse jouer le gouvernement
" et "la critique n'est autorisée qu'à ceux
qui n'ont pas peur d'aller en camp de concentration ".
À son arrivée à son poste ministériel, Goebbels
met au point le système qui sera étendu ensuite à
tous les pays occupés : Il consiste à fermer les frontières
à toutes les sources d’information étrangères
et à mettre la main sur tous les organes d’information
intérieure, cette mainmise s’étendant à la
totalité de la vie intellectuelle et culturelle du pays : Presse,
édition, cinéma, théâtre et radio dont Joseph
Goebbels sut admirablement utiliser l’impact sur les masses.
D’une fidélité absolue à Hitler ("Hitler
est là. Ma joie est grande. Il me salue comme un vieil ami. Et
très attentionné à mon égard. Que je l'aime
! Quel homme ! "), déployant une activité prodigieuse,
Goebbels réussit à faire de la propagande une technologie
complexe, élaborée et très performante, exerçant
ainsi sur les Allemands, sur les alliés du Reich et sur ses ennemis
une influence considérable.
Hitler
et Goebbels sur l'Obersalzberg en juin 1943

"La propagande de Goebbels, dira Hitler, est une de nos armes de
guerre les plus efficaces."
Sous son impulsion, les moyens modernes de communication sont développés
et utilisés dans l’intérêt du Parti : Radio,
informations cinématographiques et même télévision
(Dès 1935).
Le 10 mai 1933, 20 000 livres sont brûlés sur la place
de l'Opéra à Berlin. C’est la nazification de la
culture qui commence par un immense feu de joie d’ouvrages contraires
à la doctrine du Parti. Ces autodafés se reproduiront
à plusieurs reprises, parfois avec des cibles particulières
(Crémation des brochures des Témoins de Jéhovah,
par exemple).
Une phrase est souvent attribuée à Goebbels au sujet de
ces incendies culturels : "Quand j’entends le mot culture,
je sors mon revolver". Généralement utilisée
par ceux qui voudraient nous faire croire que les nazis n’étaient
qu’un ramassis d’abrutis, cette citation ne s’appuie
sur strictement aucune source et ne se retrouve que dans une obscure
pièce de théâtre non-nazie de l’époque
ou le "héros" déclame "Ici c’est
du tir réglé, quand j’entends le mot culture...
je sors mon browning".
Dès septembre 1933, une loi oblige à adhérer à
une Reichskulturkammer (Chambre de la culture du Reich) pour pouvoir
exercer une profession artistique ou celle de rédacteur en chef
d'un journal. Comme cette adhésion est interdite aux "non-aryens",
ces professions deviennent ainsi réservées aux seuls "aryens".
Les "Chambres" contrôlent toute la vie intellectuelle
et artistique, excluant opposants, tièdes et racialement impurs.
La même nazification fut appliquée à l’enseignement
et aux mouvements de jeunesse. Pendant douze ans, la population allemande
vécut sous le matraquage intensif de la propagande nazie.
Il est trop souvent dit que le nazisme s’est installé solidement
au pouvoir grâce à la force brutale et à la répression.
C’est exact, mais très incomplet. La séduction,
dont Goebbels fut, avec Baldur von Schirach, le principal artisan sous
la houlette du Führer, est au moins aussi importante dans l’explication
de la remarquable réussite de la prise en main du Reich par les
nazis.
Goebbels est constamment aux avant-postes dans la radicalisation du
régime contre les Juifs, par exemple lors de la Nuit de cristal,
dont il apparaît comme le principal exécutant, Hitler en
étant bien entendu l’instigateur mais s’effaçant
pour laisser le premier rôle à son Ministre, ce qui continue
de nos jours à tromper certains quant au qui ordonne quoi dans
le IIIéme Reich.
Il n'hésite pas à faire figurer ses propres enfants dans
un film de 1939 destiné à justifier la politique d'euthanasie
des infirmes. Comportement étonnant, quand on sait que Goebbels
lui-même a été réformé du service
militaire en raison de son infirmité…
L’invasion de la Tchécoslovaquie est précédée
par l’annonce tonitruante de la soi-disant "terreur tchèque"
déclenchée contre les Allemands des Sudètes.
Puis ce fut le tour de la "terreur polonaise" envers les Allemands
du couloir de Danzig.
Valet du Führer ou clairvoyant complice ?
Il est de bon ton, dans certains milieux historiques, de réduire
le nazisme à de sombres luttes intestines entre tels et tels
acteurs de la dictature qui cherchaient à augmenter leurs pouvoirs
personnels tout en s’attirant les grâces d’un Führer
ectoplasme, hésitant, fou diront les plus violents, passant d’improvisations
à improvisations au gré des événements diront
les autres.
Il n’en fut rien, et Goebbels est une très bonne illustration
de la façon dont Hitler dominait totalement ses complices et
les emmenait exactement la ou il voulait sans leur dire tout mais seulement
ce dont ils avaient besoin de savoir pour mener à bien leurs
tâches.
Deux petits exemples :
Le 13 juin 1941, juste avant Barbarossa, et alors qu’Hitler s’ingénie
depuis juin 1940 à faire croire à tout le monde qu’il
vise l’Angleterre, voire l’Afrique ou la route des Indes
et surtout pas l’URSS, Goebbels publie dans le "Völkischer
Beobachter", organe central du NSDAP, un article "L’exemple
de la Crète".
Il y dévoile que l’envahissement victorieux de l’île
auparavant occupée par les forces britanniques est à la
fois un exercice d’entraînement ultime et la preuve que
la Wehrmacht a la capacité technique et matérielle d’envahir
l’Angleterre, ce qui va d’ailleurs, assure-t-il, arriver
très prochainement.
Des 9 heures du matin, la Police saisit tous les exemplaires du journal
et les passe au pilon. Les communications internationales sont coupées
vers 9 heures 30. Pendant une semaine, Hitler semble battre froid Goebbels
et les milieux dirigeants se gaussent de ce Ministre incapable de tenir
sa langue et qui révèle des secrets militaires à
la presse.
L’article de Goebbels a cependant pu être communiqué
aux USA à temps et aura beaucoup de succès dans la presse
anglo-saxonne... qui se fait ainsi, avec une très grande naïveté,
le relais d’une superbe mystification nazie !
Le journal de Rudolf Semmler, secrétaire de Goebbels, publié
en 1947 en Angleterre et en 1948 en France, lève le voile en
relatant les coups de téléphone inquiets que des chefs
de service du Ministère de la propagande lui ont passés
ce matin la :
"[Ils ne se doutent pas] qu’un jeu de dupes, habilement
mené, se déroule ; que Goebbels a ordonné lui-même
que le numéro soit saisi, et que son article a été
écrit après une consultation avec l’état-major
général et avec Hitler lui-même."
Tous les acteurs de ce trucage magistral savaient très bien que
les correspondants de presse étrangers disposaient des journaux
allemands dés 7 heures du matin et câblaient immédiatement
les nouvelles importantes à leurs sièges.
En saisissant trop tard le numéro et en coupant trop tard les
communications internationales, le tout à dessein, les nazis
donnèrent du brillant et de la "véracité"
à cet article et tout le monde est tombé dans le panneau,
y compris les fonctionnaires affolés du Ministère de la
propagande.
Quant à Goebbels, il continua à voir son Führer quotidiennement,
comme d’habitude, mais "Son chauffeur, avant de le conduire
à la Chancellerie, change le numéro de sa voiture contre
un autre, anonyme. A l’intérieur de l’auto, Goebbels
dissimule son visage derrière [un journal] pour qu’on ne
le remarque pas " (R. Semmler, op. cité).
Dans son Journal, Goebbels confirme, avec moins de détails, et
nous apprends qu’il répand également des rumeurs
au sujet d’un prochain voyage de Staline à Berlin, dupant
même des Ministres du Reich, notant au sujet d’une conversation
avec Robert Ley : "Je fais répandre des rumeurs extravagantes
: que Staline va venir à Berlin, que les drapeaux rouges sont
déjà confectionnés, etc. Le Docteur Ley appelle.
Il est tombé complètement dans le panneau. Je ne le détrompe
pas."
Grâce à ces manipulations, les Allemands, y compris des
Ministres nazis, et le monde entier continuent de croire que c’est
bien l’Angleterre qui est visée, pas l’URSS. Staline
lui-même est tombé dans le piège, faisant envoyer
à son Ambassade à Berlin un télégramme annonçant
qu’il acceptait une rencontre... la veille du début de
Barbarossa !
Cependant, ce n’est que le 15 juin que Hitler apprendra à
Goebbels la date du déclenchement de l’invasion à
l’Est. Il restera de la même manière à de
grandes distances des décisions secrètes du Führer,
comme celle de la mise en place de la "Solution Finale" en
1942, son rôle n’étant pas essentiel dans l’industrialisation
du judéocide. Il l’apprendra, et donc le cautionnera, mais
plus tard.
Beaux exemples de la façon dont fonctionne le Reich : Au sommet,
Hitler prends seul les décisions. Généralement,
Himmler et Goering en sont informés, ils forment le second échelon
de la dictature (Pour Goering, systématiquement jusqu’à
la mi-1941, un peu moins après semblerait-il). Les autres ne
disposent que des détails nécessaires à leur travail
et n’en apprennent plus que lorsqu’il est trop tard pour
s’y opposer, y compris les responsables du 3eme échelon
comme Goebbels et Ley.
Et que s’ouvrent les portes de l’Enfer :
Alors que les choses se compliquent pour le Reich dés fin 1941,
Goebbels fait feu de tout bois :
Pendant toute la durée de la guerre, il exploite presque quotidiennement
les actions et menaces qui pèsent sur les civils allemands présents
aux USA et en Grande-Bretagne, traitant à loisir Churchill et
Roosevelt de "criminels de guerre", invectives qui augmenteront
proportionnellement au tonnage de bombes alliées déversées
sur les villes allemandes.
Il se délectera également à révéler
en avril 1943 la découverte par la Wehrmacht des charniers de
Katyn d’où furent exhumés les corps des officiers
polonais massacrés par les Soviétiques. Que des slaves
russes aient appliqué à des slaves polonais les méthodes
utilisées par les nazis envers tous les slaves ne les a pas choqués,
mais l’occasion était trop belle.
Suite à la chute de Stalingrad, Goebbels prononce le 18 février
1943 l'un de ses plus importants discours au Sportpalast de Berlin.
Conscient que l'Allemagne court maintenant un risque mortel, il fait
approuver par 15 000 délégués le concept de guerre
totale. Il conclut son discours par cette phrase : "Et maintenant
peuple, lève-toi, et toi, tempête, déchaîne-toi.".
Peuple ! Volk. Tempête ! Sturm.
Il devient "plénipotentiaire pour la guerre totale"
en juillet 1944. Le ministère de la Propagande, au service de
"La sainte croisade du XXe siècle contre le bolchevisme
", mobilise les troupes allemandes et le reste de la population
au fur et à mesure que la situation militaire se détériore.
Il est directement responsable des Volksturm, troupes de réserve
composées de gamins, de vieillards et d’éclopés
qui se firent allègrement tuer sans aucun résultat militaire
notable, mis à part confondre un convoi de la Division Charlemagne
avec des véhicules de l’Armée Rouge et faire sauter
un pont, ce qui obligea les 300 Waffen-SS français du bataillon
Fenet à abandonner leurs camions et rejoindre Berlin à
pied fin avril 1945.
Goebbels jouera un rôle essentiel dans l’échec de
la conspiration du 20 juillet 1944, lorsque des officiers aristocrates,
qui avaient suivi fidèlement Hitler quand il les menait à
la victoire, se retournèrent contre lui lorsque les défaites
s’accumulèrent : La bombe de von Stauffenberg n’a
pas tué Hitler mais les conjurés de Berlin ne le savent
pas et lancent le coup d’état. Goebbels mets en contact
téléphonique direct avec Hitler le major Otto Ernst Remer
qui participe à la prise de contrôle de Berlin sans être
du complot mais par obéissance aux ordres de ses supérieurs.
Le putsch s’écroule et von Stauffenberg est fusillé
illico, les autres conjurés ne perdant rien pour attendre.
Alors que l’Allemagne est frappée de tous côtés,
Goebbels tente de relever son moral en faisant force publicité
aux "armes secrètes et imparables". Jusqu’au
bout, Goebbels ranime le courage des combattants et va même jusqu’à
lancer l’organisation de groupes de "partisans" destinées
à se battre sur les arrières du front, le "Wehrwolf"
(Loup-garou), qui eut une courte et peu efficace existence.
Il ira également sur le Front de l’Est "introniser"
devant les caméras des volontaires russes (Voir photo PK) alors
qu’il les méprisait probablement autant que Hitler, mais
il s’agissait de donner un peu de corps à la légende
de "L'Europe unie contre le bolchévisme".
Goebbels
et des volontaires russes

Cette active présence, alors que tout va mal, permets à
Goebbels de se rapprocher encore davantage de Hitler.
A Nuremberg, Goering l’admettra en déclarant : "Cette
influence [De Goebbels] qui était très faible, a subi
des oscillations de temps à autre, mais elle a beaucoup augmenté
pendant les dernières années de la guerre."
Dernier acte :
Il suit son Führer jusqu'aux derniers jours du Troisième
Reich. Il a fait venir, dans le bunker de la Chancellerie, sa femme
et leurs six enfants. Fin avril 1945, l’étau soviétique
se referme sur Berlin. Hitler épouse Eva Braun et Goebbels est
son témoin ainsi que Martin Bormann.
"Magda Goebbels dispute à Eva Braun et à Hanna Reitsch
la vedette parmi les grands rôles féminins du dernier acte.
Elle place sa fidélité à Hitler non seulement dans
le suicide au côté d’un mari qu’elle ne chérissait
plus guère, mais dans le meurtre de leurs six enfants, qu’elle
a préalablement amenés dans le bunker et qui en ont égayé,
pendant quelques jours, la lourde ambiance. En revanche, à Harald
Quandt, le fils né de son premier mariage, elle écrit
de vivre et de rester un bon Allemand. Bien que le dénouement
ait lieu le 1er mai, au lendemain de la mort de Hitler, il faut se demander
si celui-ci ne joue pas, là encore, un rôle prépondérant.
La macabre décision était-elle vraiment celle de Magda
? Joseph l’avait-il formulée le premier ? Agissait-elle
par amour pour le Führer ? Etait-elle hésitante ou froidement
résolue ?" (F. Delpla in "Les tentatrices du diable")
Dans son testament politique, Hitler nomme le grand amiral Dönitz
Président du Reich et Goebbels Chancelier. Puis il se suicide
avec Eva le 30 avril, après une dernière tentative de
Magda Goebbels qui surgit en suppliant de voir le Führer, réussit
à pousser Günsche de côté, à entrer
dans la pièce pour se faire renvoyer par Hitler. Elle regagna
sa chambre en sanglotant.
Goebbels et son épouse ne veulent donc pas survivre à
leur Führer. Goebbels se donne la mort au soir du 1er mai 1945
avec Magda, après avoir assassiné leurs six enfants âgés
de 3 à 12 ans : Helga (12 ans), Hilde (11 ans), Helmuth (9 ans),
Holde (8 ans), Hedda (6 ans) et Heide (3 ans). Tout comme Hitler et
Eva Braun, les corps sont partiellement brûlés par les
SS de la Chancellerie.
Nous ne savons toujours pas, selon nos sources, qui a administré
la mort aux enfants Goebbels qui croyaient recevoir un médicament
destiné à les endormir pour un voyage en avion qui les
emmènerait à Berchtesgaden. Pas lui, cela est clair. Magda,
un médecin SS, un infirmier hongrois présent dans le Bunker
par hasard ? Maigres polémiques, l’infanticide est avéré.
La famille Goebbels s’immole en totalité sur l’autel
du nazisme en perdition. Leur honneur était leur fidélité,
affirmaient-ils. La vue des photos de ces très jeunes enfants
qui aimaient bien jouer avec "Tonton Adolf" peut plutôt
nous porter à estimer que leur fidélité fut leur
déshonneur, mais nous n’étions pas à leur
place.
Citons cependant la dernière lette de Magda, écrite à
son fils Harald le 28 avril 1945 :
"Les enfants sont merveilleux. Sans aide, ils s’aident
eux-mêmes, dans ces conditions plus que primitives. Dormir par
terre, pouvoir ou non se laver, avoir ou non à manger ne suscite
pas une plainte ou une larme. Les explosions secouent le bunker. Les
plus grands protègent les plus petits et leur présence
ici est une bénédiction, ne serait-ce que du fait qu’ils
provoquent, de temps en temps, un sourire chez le Führer. Hier
soir, le Führer a enlevé son insigne d’or du parti
et l’a épinglé sur moi. Je suis fière et
heureuse. Puisse Dieu m’accorder la force d’accomplir l’acte
final, le plus dur. Nous n’avons plus d’autre but que la
loyauté envers le Führer jusqu’à la mort et
le fait que nous puissions finir nos vies avec lui est une bénédiction
du destin que nous n’aurions jamais osé espérer."
Jusqu’au bout, c’est la main et la pensée du Führer,
même posthumes, qui guident les Goebbels.
Ce suicide, comme celui d’Hitler et de Himmler (Le suicide de
ce dernier étant toujours sujet à de très vives
controverses de nos jours), est très regrettable. La comparution
de Goebbels à Nuremberg aurait très certainement permis
de lever d’autres coins du lourd voile de mensonges qui recouvre
encore aujourd’hui ses activités. Regrettons également,
dans le même registre, les condamnations à mort de Nuremberg.
Parfaitement justifiées sur le plan légal et moral, ces
condamnations ont envoyé à la potence des hommes qui avaient
encore beaucoup de choses à révéler à condition
d’être interrogés non pas par des procureurs mais
par des historiens capables de s’y retrouver dans les tortueux
méandres de leurs explications.
"L’héritage" :
Le Journal tenu par Goebbels de 1923 à 1945 est un document important
pour les historiens. Il comporte 29 volumes édités intégralement
mais tardivement par l’Institut für Zeitgeschichte (Institut
d'Histoire contemporaine de Munich), les premières éditions
partielles chez Saur datant de 1987 a 1995. On y découvre, de
l'intérieur, le fonctionnement complexe du système nazi,
l'idolâtrie de Goebbels vis-à-vis de son maître,
et surtout la machine à manipuler les esprits que dirige Goebbels.
Trois idées serviront à alimenter jusqu’à
la fin ses propres illusions sur la victoire finale alors que les troupes
soviétiques et occidentales sont en train d’écraser
le Reich : les Juifs, responsables du mal par définition, les
Slaves "bolcheviques", autre incarnation du mal, et les promesses
de lendemains meilleurs. On y découvre aussi la psychologie d'un
personnage-clé du nazisme, niant les crimes nazis avec véhémence
et s'indignant des "bombardements criminels" des villes allemandes,
si bien qu'on finit par se demander s'il écrivait pour manipuler
aussi la postérité ou s'il croyait en son propre discours.
Le style étant fréquemment grandiloquent, certains avancent
que Goebbels écrivait en pensant être lu plus tard, expliquant
ainsi pourquoi le texte dérive progressivement vers l'auto-justification
et la recherche de coupables pour expliquer la défaite de plus
en plus probable de l'Allemagne nazie.
Mais cette hypothèse est en contradiction flagrante avec le coté
souvent hésitant, parfois mal assuré avec lequel l’auteur
se pose des questions au sujet desquelles il n’a pas de réponses,
comme par exemple la question de savoir qui a incendié le Reichstag.
Ces hésitations, aveu de son manque d’informations et donc
de son éloignement du cercle premier de la dictature, auraient
été soigneusement évitées si un espoir de
publication à posteriori en avait motivé l’écriture
ainsi, très probablement, que la censure de ses vives critiques
d’Hitler dans les années 20.
Le judéocide n'est abordé que de manière vague,
notamment à travers la formule plusieurs fois répétée
selon laquelle il faudrait "couper les ponts". Il est cependant
évident que Goebbels était informé, même
si tardivement, et qu’il a, en tant que Gauleiter, participé
de manière active à la déportation en masse des
Juifs de Berlin et alentours.
Une biographie contestée :
Un livre de David Irving, qui, bien qu’étant un falsificateur
négationniste notoire, connaît son sujet, “Joseph
Goebbels”, a été vivement critiqué par Monsieur
Gordon Graig :
"La biographie de Goebbels de David Irving ne va pas conduire
à un réexamen de la part des lecteurs et ne va pas même
les convaincre que son sous-titre constitue une estimation précise
de la place occupée par son personnage dans la hiérarchie
nazie. Il est clair, lorsque nous observons Goebbels en tant que Ministre
de la propagande essayant de déceler les intentions de Hitler,
que le Führer était le fondement de toute l'inspiration
et de toute l'autorité du Troisième Reich. Mais Goebbels
fut l'instrument à travers lequel ses décisions étaient
communiquées, expliquées et justifiées devant le
peuple allemand et les autres peuples qui pouvaient capter la retransmission
[...]
En tant que biographie, le livre connaît des lacunes et est bien
moins satisfaisant par exemple que [...]."
Voir nos sources pour lire la suite de l’analyse très pertinente
de M. Graig.
Conclusion :
Joseph Goebbels nous parait être un exemple extrêmement
caractéristique des ravages que la ruse nazie a pu engendrer.
Rejeton handicapé, physiquement et moralement, de la République
de Weimar, moulé dans les frustrations sociales, économiques
et culturelles de l’Allemagne vaincue en 1918, il a trouvé,
dans son Führer, la solution à tous ses problèmes.
Avide d’idéalisme, quitte à ce qu’il s’agisse
d’un idéalisme raciste et frelaté, vivement désireux
de marquer de son empreinte la résurrection de l’Allemagne
d’après 1918, quitte à ce qu’il s’agisse
d’une Allemagne criminelle et agressive, il est tombé dans
tous les pièges tendus par son Führer et l’a fidèlement
servi, sans poser trop de questions, sans états d'âmes,
jusqu’au bout, sacrifiant sans hésitation ses propres enfants
sur l’autel de la "fidélité".
Ils furent nombreux ceux qui, comme Goebbels, se laissèrent prendre
aux chants des sirènes hitlériennes, crurent jusqu’à
la mort au bien-fondé de l’idéologie nazie, en l’infaillibilité
du Führer et se laissèrent entraîner à sa suite
et sous sa direction vers des abîmes criminels d’une profondeur
inouïe, le tout sans murmurer, sans protester, voire même
en rajoutant pour plaire au Chef.
Il y eut certes parmi les cadres du régime des sadiques, des
névrosés et autres clients potentiels des psychiatres
et des neurologues. Mais ils n’étaient pas cadres de haut
niveau. A la tête du Reich se trouvaient des hommes intelligents,
cultivés, compétents, réfléchis et efficaces.
S’ils avaient été de véritables malades mentaux,
ils n’auraient pas pu obtenir les sinistres succès que
nous connaissons et continuer, de nos jours, à en mystifier plus
d’un.
Qu’il est fascinant, flamboyant, le mensonge nazi ! Capable, comme
le soleil, de brûler les yeux et, comme Belzébuth, de polluer
les âmes de ceux qui osent le regarder en face. Nous nous y sommes
risqué, en avons assumé les dangers et espérons
nous en être sorti sans dégâts majeurs.
Dr
Paul Joseph Goebbels
Ouvrages
cités :
Rudolf Semmler, "Journal du secrétaire de Goebbels ",
La Jeune Parque, 1948.
William L. Schirer, "Le troisième Reich des origines à
la chute", Stock, 1961
Joseph Goebbels, "Journal", Munich, Saur, 1987-1995, traduction
française publiée en 2005 et 2006 en 2 tomes (1923-33,
1933-45) aux éditions Taillandier.
Magazine "L'Histoire" N° 312.
François Delpla :
"La ruse Nazie", France Empire, 1997.
"Hitler", Grasset, 1999.
"Les tentatrices du diable", L’Archipel, 2005 (Pour
ce qui concerne Magda Goebbels)
"Nuremberg face à l’histoire", L’Archipel,
2006.
Sites Internet :
Gordon Graig (Visite recommandée) :
http://www.republique-des-lettres.fr/229-joseph-goebbels.php
Autres :
http://www.crrl.com.fr/archives/concours/biographie/goebbels.htm
http://www.seconde-guerre.com/biographies/biographie-n-goebbels.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Magda_Goebbels qui tire visiblement bon
nombre de ses informations de Anja Klabunde, "Magda Goebbels",
Éditions Taillandier, Paris, 2006.
Remerciements :
Tout d’abord merci à François Delpla qui n’a
pas hésité à faire un petit bout de chemin en compagnie
d’un amateur semi-éclairé, nous épargnant
ainsi quelques erreurs et omissions, entre autre au sujet de Goering.
Un grand merci également à Robert "Baugnez44"
et à Jordi "Charlemagne47" qui ont bien voulu relire
le texte et nous signaler quelques compléments surtout pour ce
qui concerne les débuts de Goebbels.