Le Premier Maître L'Her
Par Lionel Ladan et Daniel Laurent

Premier Maître L'Her

 


Il s’appelle Lionel, il a 17 ans et est passionné par l’histoire de la seconde guerre mondiale, mais son image de ce conflit a changé depuis qu’il a découvert qu'il y a un héros dans sa famille. Jean-François L'Her, son arrière-grand-oncle, à connu cette guerre et a été tué parmi tant d’autres soldats en 1940. Il a donc fait des recherches et bâti cette biographie par devoir de mémoire, car, selon lui, « Comme toute personne victime de cette guerre, il ne doit pas être oublié ». Ce fut pour moi un véritable plaisir de l’aider un peu à tirer parti de ses découvertes.
Daniel Laurent



Jean-François L'Her est né le 24 janvier 1904 à Rumaout, Kerlouan (Nord-Finistère).
Il est le fils de François l'Her, cultivateur, âgé de trente trois ans et de Marie-Anne Tanguy, son épouse, ménagère, âgée de vingt neuf ans. Il se marie le 14 janvier 1929 à St Fregant (Nord-Finistère) avec Isabelle-Marie Broudin, couturière, née à Kerlouan le 22 juin 1910, fille de Corentin Broudin, décédé, et de Marie Anne Le Roy, cultivatrice à St Fregant.

Le 28 janvier 1920, il rentre à l'école des mousses sur le vaisseau l'Armorique, un voilier hors-service. Il gravit assez rapidement les échelons de la hiérarchie des équipages de la flotte et, le 1er octobre 1939, il est promu maître de manœuvre.

Il fut dans sa carrière en poste en Syrie, en Extrême-Orient, à Toulon, Brest puis Bizerte et finalement en janvier 1940, il est nommé Premier-maitre à la base aéronavale de Berck prés de Boulogne en tant que chef de service et capitaine d'armes.

Au début mai 1940, deux escadrilles y sont affectées : l'AB2 et l'AB4, douze Loire-Nieuport LN 401 pour la première (issue du Béarn, ailes repliables), et pour l'autre 12 Loire-Nieuport 411.

Le 10 mai 1940, les Allemands lancent leur grande offensive, 400 bombardiers sont chargés de détruire au sol par surprise le maximum d'avions français, de la Mer du Nord aux Vosges.

Ce jour-là, à l'aube, le terrain de Berck est le premier touché par des bombes de Heinkel 111. 4 hommes sont tués, un peu plus tard c'est au tour du hangar de Calais-Marck de voler en éclat, 7 avions détruits mais pas de victimes. Les hommes de la B.A.N. s'illustrent les 19 et 20 mai suivants, retardant l'avance des blindés du général Guderian.

Le 21 mai, la base menacée d'encerclement par l'ennemi, le Capitaine de Frégate NOMY (futur Chef d’État-major de la Marine) prit la décision de renvoyer à Calais tous les appareils disponibles des formations basées à Berck et, avec l'accord de l'autorité supérieure, d'évacuer lui-même sur Boulogne tous les services afin de rejoindre le nouveau point stratégique qui lui serait fixé.

Le Premier-maître L'HER participa avec une grande maîtrise à cette évacuation, cependant que les équipes techniques détruisaient le matériel non transportable et incendiaient les stocks d'essence, afin que les Allemands ne puissent en profiter.

Le 22 mai, au matin, à l'arrivée à Boulogne, où la situation est fort confuse, le Premier-maître L'Her reprend en main son personnel dispersé dans la B.A.N installée au casino de Boulogne. Le commandant Nomy prend provisoirement le commandement de la Marine à Boulogne, mais dans l'après-midi une vedette rapide amène de Cherbourg le capitaine de vaisseau de l’Estrange avec pour mission de réorganiser tout le secteur.

Le combat sera inégal, la zone de Boulogne étant encerclée par la 2.Pz. Division du General Rudolf Veiel, l’une des unités du 19ème Corps blindé de Guderian en personne.

Le personnel des différentes formations présentes à Boulogne est regroupé au fort de la Tour d'Ordre (Ou Tour d’Odre, en fait un lieu-dit), qui sert de sémaphore, et la défense s'y organise. Dés la matinée du 23 mai, la présence allemande se manifeste aux abords du fort et les premiers coups de feu sont échangés. L'équipage de la B.A.N de Berck, au milieu de ces troupes disparates, se fait remarquer pour sa discipline et sa cohésion sous les ordres du premier-maître L'HER.

Les entrées du fort sont barricadées en utilisant les véhicules mais le combat est inégal et, vers 15 h, des chars commencent à pénétrer dans la Tour d'Ordre. Un sous-officier allemand saute d'un char pour hisser la croix gammée. Le Premier-maître L'HER l'abat d'un coup de mousqueton et, aussitôt, une rafale de mitraillette l'abat à son tour.

Grièvement blessé et même partiellement paralysé, le Premier-maître L'Her fait preuve jusqu'à sa mort, le 24 mai 1940, d'un courage et d'un désintéressement exceptionnels. Quand le médecin veut panser ses plaies, il ne cesse de dire: « Capitaine, ne vous occupez pas de moi, je suis foutu, mais soignez les autres qui ont besoin de vous ».


Selon le général Guderian, les défenseurs de Boulogne auront bloqué toute une Division Panzer autour de la ville pendant 4 jours et contre toute attente.

 

Annexe 9 à l'ordre 519 P.M.N.I du 5 juin 1940 :

« L'amiral commandant les FM du nord inscrit d'office au tableau spécial de la légion d'honneur pour le grade de chevalier avec citation, le premier maître de manœuvre l'Her (à titre posthume) le 23 Mai 1940, alors que le fort de la tour d'ordre était à bout de résistance, les chars d'infanterie ennemis hissant les couleurs allemandes, a abattu au mousqueton le soldat ennemi hissant les couleurs allemandes.A été tué sur le champ, enterré à Boulogne, sa tombe doit être honorée comme le symbole de nos couleurs ».

Le premier maître L'Her fait partie, avec de nombreux autres combattants français, des symboles montrant que, non, l’Armée Française n’a pas fuit en 1940, qu’elle a fait face avec courage et détermination et que les raisons de la défaite sont à chercher ailleurs, a la Chancellerie de Berlin pour certaines et dans les salons parisiens pour les autres.

Décorations et honneurs :
Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume, avril 1941
École de Maistrance, promotion P.M. L’Her : 1995
Aviso P.M. L’Her : mis à flot le 28 juin 1980 et admis au service actif le 1er octobre 1981. Basé à Toulon.
Inauguration de la rue P.M. L’Her à Kerlouan


Sources :
Archives familiales et militaires
Mémorial des marins morts pour la France http://www.auxmarins.com/
Var marine http://varmarine.wifeo.com/
François Delpla, La ruse nazie, Dunkerque – 24 mai 1940, France-Empire, 1997

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