Il
s’appelle Lionel, il a 17 ans et est passionné par l’histoire
de la seconde guerre mondiale, mais son image de ce conflit a changé
depuis qu’il a découvert qu'il y a un héros dans
sa famille. Jean-François L'Her, son arrière-grand-oncle,
à connu cette guerre et a été tué parmi
tant d’autres soldats en 1940. Il a donc fait des recherches et
bâti cette biographie par devoir de mémoire, car, selon
lui, « Comme toute personne victime de cette guerre, il ne doit
pas être oublié ». Ce fut pour moi un véritable
plaisir de l’aider un peu à tirer parti de ses découvertes.
Daniel Laurent
Jean-François
L'Her est né le 24 janvier 1904 à Rumaout, Kerlouan (Nord-Finistère).
Il est le fils de François l'Her, cultivateur, âgé
de trente trois ans et de Marie-Anne Tanguy, son épouse, ménagère,
âgée de vingt neuf ans. Il se marie le 14 janvier 1929
à St Fregant (Nord-Finistère) avec Isabelle-Marie Broudin,
couturière, née à Kerlouan le 22 juin 1910, fille
de Corentin Broudin, décédé, et de Marie Anne Le
Roy, cultivatrice à St Fregant.
Le 28 janvier 1920, il rentre à l'école des mousses sur
le vaisseau l'Armorique, un voilier hors-service. Il gravit assez rapidement
les échelons de la hiérarchie des équipages de
la flotte et, le 1er octobre 1939, il est promu maître de manœuvre.
Il fut dans sa
carrière en poste en Syrie, en Extrême-Orient, à
Toulon, Brest puis Bizerte et finalement en janvier 1940, il est nommé
Premier-maitre à la base aéronavale de Berck prés
de Boulogne en tant que chef de service et capitaine d'armes.
Au début mai 1940, deux escadrilles y sont affectées :
l'AB2 et l'AB4, douze Loire-Nieuport LN 401 pour la première
(issue du Béarn, ailes repliables), et pour l'autre 12 Loire-Nieuport
411.
Le 10 mai 1940, les Allemands lancent leur grande offensive, 400 bombardiers
sont chargés de détruire au sol par surprise le maximum
d'avions français, de la Mer du Nord aux Vosges.
Ce jour-là, à l'aube, le terrain de Berck est le premier
touché par des bombes de Heinkel 111. 4 hommes sont tués,
un peu plus tard c'est au tour du hangar de Calais-Marck de voler en
éclat, 7 avions détruits mais pas de victimes. Les hommes
de la B.A.N. s'illustrent les 19 et 20 mai suivants, retardant l'avance
des blindés du général Guderian.
Le 21 mai, la base menacée d'encerclement par l'ennemi, le Capitaine
de Frégate NOMY (futur Chef d’État-major de la Marine)
prit la décision de renvoyer à Calais tous les appareils
disponibles des formations basées à Berck et, avec l'accord
de l'autorité supérieure, d'évacuer lui-même
sur Boulogne tous les services afin de rejoindre le nouveau point stratégique
qui lui serait fixé.
Le Premier-maître
L'HER participa avec une grande maîtrise à cette évacuation,
cependant que les équipes techniques détruisaient le matériel
non transportable et incendiaient les stocks d'essence, afin que les
Allemands ne puissent en profiter.
Le 22 mai, au matin, à l'arrivée à Boulogne, où
la situation est fort confuse, le Premier-maître L'Her reprend
en main son personnel dispersé dans la B.A.N installée
au casino de Boulogne. Le commandant Nomy prend provisoirement le commandement
de la Marine à Boulogne, mais dans l'après-midi une vedette
rapide amène de Cherbourg le capitaine de vaisseau de l’Estrange
avec pour mission de réorganiser tout le secteur.
Le combat sera inégal, la zone de Boulogne étant encerclée
par la 2.Pz. Division du General Rudolf Veiel, l’une des unités
du 19ème Corps blindé de Guderian en personne.
Le personnel des différentes formations présentes à
Boulogne est regroupé au fort de la Tour d'Ordre (Ou Tour d’Odre,
en fait un lieu-dit), qui sert de sémaphore, et la défense
s'y organise. Dés la matinée du 23 mai, la présence
allemande se manifeste aux abords du fort et les premiers coups de feu
sont échangés. L'équipage de la B.A.N de Berck,
au milieu de ces troupes disparates, se fait remarquer pour sa discipline
et sa cohésion sous les ordres du premier-maître L'HER.
Les entrées du fort sont barricadées en utilisant les
véhicules mais le combat est inégal et, vers 15 h, des
chars commencent à pénétrer dans la Tour d'Ordre.
Un sous-officier allemand saute d'un char pour hisser la croix gammée.
Le Premier-maître L'HER l'abat d'un coup de mousqueton et, aussitôt,
une rafale de mitraillette l'abat à son tour.
Grièvement
blessé et même partiellement paralysé, le Premier-maître
L'Her fait preuve jusqu'à sa mort, le 24 mai 1940, d'un courage
et d'un désintéressement exceptionnels. Quand le médecin
veut panser ses plaies, il ne cesse de dire: « Capitaine, ne vous
occupez pas de moi, je suis foutu, mais soignez les autres qui ont besoin
de vous ».
Selon le général
Guderian, les défenseurs de Boulogne auront bloqué toute
une Division Panzer autour de la ville pendant 4 jours et contre toute
attente.
Annexe
9 à l'ordre 519 P.M.N.I du 5 juin 1940 :
« L'amiral commandant les FM du nord inscrit d'office au tableau
spécial de la légion d'honneur pour le grade de chevalier
avec citation, le premier maître de manœuvre l'Her (à
titre posthume) le 23 Mai 1940, alors que le fort de la tour d'ordre
était à bout de résistance, les chars d'infanterie
ennemis hissant les couleurs allemandes, a abattu au mousqueton le soldat
ennemi hissant les couleurs allemandes.A été tué
sur le champ, enterré à Boulogne, sa tombe doit être
honorée comme le symbole de nos couleurs ».
Le premier maître L'Her fait partie, avec de nombreux autres combattants
français, des symboles montrant que, non, l’Armée
Française n’a pas fuit en 1940, qu’elle a fait face
avec courage et détermination et que les raisons de la défaite
sont à chercher ailleurs, a la Chancellerie de Berlin pour certaines
et dans les salons parisiens pour les autres.
Décorations
et honneurs :
Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume, avril
1941
École de Maistrance, promotion P.M. L’Her : 1995
Aviso P.M. L’Her : mis à flot le 28 juin 1980 et admis
au service actif le 1er octobre 1981. Basé à Toulon.
Inauguration de la rue P.M. L’Her à Kerlouan
Sources :
Archives familiales et militaires
Mémorial des marins morts pour la France http://www.auxmarins.com/
Var marine http://varmarine.wifeo.com/
François Delpla, La ruse nazie, Dunkerque – 24 mai 1940,
France-Empire, 1997