A
la veille de la campagne des Dix-huit jours, la Belgique n’avait
guère pu appréhender les réalités de la
guerre moderne qu’au travers des actualités généreusement
prodiguées dans les salles de cinéma. De Guernica à
Varsovie en passant par Nankin, le public avait pu mesurer la redoutable
capacité de destruction d’objectifs civils par l’aviation,
mais on n’en avait pas tiré toutes les conclusions quant
à la protection des populations, faute de temps, de moyens ou,
tout simplement, faute de volonté défensive à défaut
d’être guerrière.
La Protection Aérienne Passive (PAP) était en pleine mutation
et réorganisation. Elle n’avait en suffisance ni cadres,
ni matériel, ni effectifs. La préservation du patrimoine
architectural et artistique n’était guère assurée,
si ce n’est par une débauche de sacs de sables. Le réveil
du 10 mai 1940 fut brutal…et catastrophique. Les ravages exercés
par la Luftwaffe allaient s’ajouter à ceux qui accompagnaient
inévitablement le choc des armées et de leur armement
traditionnel.
Dès l’aube du 10 mai, des avions Heinkel et Dornier apparaissent
au-dessus des aérodromes de Bierset, Brustem, Gossoncourt, Schaffen,
Gosselies, Nivelles, Wevelgem, Le Zoute…. Ils clouent au sol la
majeure partie de l’Aéronautique Belge, pulvérisent
hangars et installations militaires, et, les habitations civiles avoisinantes.
Bruxelles, la capitale, reçoit leur visite vers 5h15. La gare
de triage de Schaerbeek, la Chaussée de Louvain et le champ d’aviation
d’Evere-Bruxelles sont touchés. On dénombrera une
quarantaine de morts et 80 blessés.
A Anvers, La Garde Civile Territoriale (GCT) a disparue dès le
passage des premiers avions allemands ; les services permanents d’incendie
doivent, dès lors, prendre la relève. Le système
d’alerte ajoute à la pagaille ambiante : chaque guetteur
n’a-t-il pas le droit d’utiliser à sa guise la sirène
dont il est responsable ? A peine a-t-on entendu dans un quartier le
signal de fin d’alerte qu’au même instant, mais un
peu plus loin, retentit le lugubre hululement des sirènes d’alarme
pour un nouvelle attaque, réelle ou imaginaire. Ainsi sont atteintes
des communes de la banlieue et, à Anvers, la gare de formation,
divers entrepôts ainsi que des réservoirs d’essence.
Au Sud de la métropole, Malines reçoit à 21h30
une copieuse ration de bombes incendiaires. On ne déplorera toutefois
que la destruction de six maisons alors que l’on avait dénombré
à un certain moment plus de 200 foyers d’incendie, étouffés
grâce à l’intervention rapide des services de protection.
Beaumont et Philippeville (localités situées non loin
de la frontière française) reçurent également
leur part de projectiles faisant voler en éclats de nombreux
immeubles et sapant le moral des habitants, forts étonnés
de se voir exposés si vite au feu. Les Virtonnais (habitants
de Virton et donc dans l’extrême Sud) ne furent pas épargnés
non plus : du 10 au 12 mai, ils reçurent quelques centaines d’obus
de gros calibre venant de la Ligne Maginot.
Les Français espéraient perturber les communications ennemies
: ils ne réussirent qu’à semer la terreur à
travers les villages proches de la frontière.
La mise hors service des ponts sur la Meuse fut en revanche une incontestable
réussite….mais ceux du Canal Albert étaient déjà
aux mains des soldats allemands.
Salon de
aéronautique à Bruxelles en 1939 : Un Ju-87 Stuka. Le
commentaire de
cette photo d'agence allemande proclame fièrement : « Le
premier regard de
tout visiteur va à cet appareil avec le plus vif intérêt
». Quelques mois plus tard,
cela ne sera plus de l'admiration mais de la peur.
Les localités
de la région liégeoise qui avaient le malheur de se trouver
dans la zone des combats ou à proximité des tirs effectués
par les forts enduraient une rude épreuve. Rien qu’à
Eben-Emael, il y aura 79 tués civils en 48 heures de combat.
Pendant la première semaine des hostilités, les raids
aériens se concentrèrent sur les axes de progression de
la Wehrmacht, sans pour autant négliger les concentrations de
troupes alliées, ni les agglomérations très éloignées
du front, ceci dans le but d’accroître le sentiment d’insécurité
et la désorganisation des arrières.
La ville de Courtrai (Kortrijk) fut ainsi visée dès le
11 mai. Trois grandes usines furent incendiées, tout comme seront
atteints une bonne trentaine d’immeubles variés, de la
maison ouvrière à l’établissement scolaire.
Le 12 mai, tout l’Entre-Sambre-et-Meuse, occupé par les
unités de la IXe Armée française, se trouvera dans
l’oeil du cyclone, l’aviation hitlérienne se déchaînant.
Beaumont, puis Walcourt furent attaqués le lendemain.
Le centre de Thy-le-Château
fut anéanti le 14, au début de soirée : une bombe
de Stuka pulvérisa un camion de munitions avec les conséquences
que l’on devine.
Nalinnes
connut son jour d’épreuve le 16 mai : l’explosion
d’un camion citerne déclencha l’incendie en chaîne
des véhicules rangés à ses côtés.
Plus de trente habitations s’envolèrent en fumée.
Une cinquantaine de soldats trouvèrent la mort dans ce village.
Au confluent de la Meuse et de la Sambre, l’importante place d’armes
de Namur avait été martelée, dès le matin
du 12 mai, par les Stukas, couronnant plusieurs de ses quartiers d’une
épaisse fumée noire. Avaient surtout souffert les rives
de la Sambre, vers le confluent et les quartiers de la Place Léopold.
La Croix Rouge cessa bientôt de fonctionner. Au crépuscule,
un autre groupe de Stukas commença à mitrailler les Chasseurs
Ardennais stationnés près de la caserne Léopold.
Ici encore les pertes humaines et les dégâts matériels
furent nombreux.
Les deux jours
suivants, bien des Namurois se mirent en marche vers l’ouest.
Le 15 mai, à 18h, les troupes belges quittèrent à
leur tour une ville qui avait eu 1 400 de ses maisons endommagées
et 30 de ses citoyens tués. On n’eut que le temps de faire
sauter les ponts de la Sambre et de la Meuse. A 8h30, des cyclistes
allemands prenaient possession de la cité.
Louvain courait infiniment plus de dangers que Namur, étant imbriquée
comme charnière dans le dispositif défensif anglobelge.
Sa célèbre université et sa bibliothèque
précieuse avaient déjà été anéanties
en 1914. Ce fut de même en 1940.
De nombreux immeubles du centre ville furent également détruits,
tant par les bombardements que par les duels d’artillerie.
Le 14 mai de nombreuses
batteries d’artillerie allemandes installées en périphérie
prirent le bâtiment de la bibliothèque et ses tours comme
cible.
L’explosion d’un obus dans le toit dut sans doute bouter
le feu aux livres entreposés dans les réserves.
Le vent soufflant du nord-est, le sinistre put se propager à
loisirs à travers sept étages, consumant plus de 300.000
ouvrages. Les dalles de verre qui pavaient les galeries se mirent à
fondre et la matière en fusion suivit les canalisations jusqu’aux
caves où l’on avait déposé 950 manuscrits
précieux.
On devine le résultat. La chaleur émanant du soussol en
combustion devint telle qu’elle fit voler en éclats le
revêtement de la galerie des pas perdus, au rez-de-chaussée.
Le bruit de la déflagration, qui devait provenir de l’intérieur
du bâtiment, fit croire aux Louvanistes que les Britanniques venaient
de dynamiter la célèbre bibliothèque. Il n’en
fut évidemment rien et on peut penser aujourd’hui que l’artillerie
allemande avait tout simplement tenté d’abattre la tour
principale de la bibliothèque pour qu’elle ne puisse servir
d’observatoire aux belges et aux Anglais. Nivelles subira le même
sort, en pire.
Nivelles fut nivelée.
La ville de Nivelles servait de plaque tournante entre sept directions
routières et sept lignes ferroviaires. Proie tentante, elle avait
été secouée à l’aube du 10 mai lorsque
les Dorniers avaient copieusement arrosé l’aérodrome
militaire belge tout proche. Les jours suivants se passèrent
dans un calme relatif.
Dans la matinée du 14, les sirènes avaient fonctionné
à plusieurs reprises pour rien. Aux environs de 13h15, alors
que l’alarme n’avait pas été sonnée,
trois appareils allemands firent leur apparition, se mettant à
tourner lentement au-dessus de la Collégiale.
D’autres les rejoignirent et la destruction systématique
de Nivelles commença, à coup de bombes incendiaires de
petits calibres.
L’incendie se propagea au départ de la Grand’Place.
En une heure, la Collégiale, les cloîtres, la Justice de
Paix, l’hôtel de ville, s’embrasèrent ou furent
démantelés.
Ici comme ailleurs, la GCT, dont 150 anciens combattants constituaient
l’épine dorsale, fit ce qu’elle put.
Les habitants, les soldats français de passage préférèrent
se réfugier dans l’abri de la Place Albert Ier.
Après le départ des avions, le sinistre gagna l’avant
corps de la Collégiale.
La flèche gothique, dont le coq culminait à plus de 100
mètres, était fixée sur le Westbau par des solides
poutrelles d’acier, mais sur son pourtour jusqu’au couronnement,
elle était charpentée en bois. Des langues de feu de plus
en plus hautes vont s’y accrocher, faisant éclater les
ardoises. Vers 16h le clocher se mit à pencher en direction de
la rue lui faisant face. Quant l’inclinaison atteignit 45°,
son poids finit par va incre la résistance des tenons métalliques
en train de fondre. Soudain, la torche branla, vacilla, s’inclina
d’un seul bloc. Sur les pavés de la vielle cité,
il y eut un fracas de carrière dynamitée, une cataracte
de moellons de fer, de bois, de gravats, où gronda le gémissement
inouï des quarante cloches de bronze du carillon abattu sur le
pavé. Un désastre de cette dimension rendait pratiquement
inopérante l’action du service incendie. L’eau faisant
de toute façon défaut, une explosion ayant crevé
la conduite mère qui alimentait l’agglomération.
Le mercredi 15 mai, une bonne partie des Nivellois prirent la route
de l’exode, quand ils n’avaient pas déjà été
fortement incités à partir par les troupes françaises.
Les rares trains qui circulaient encore vers Maubeuge étaient
bondés. Plus de gaz, ni d’électricité. A
9h du matin, des vrombissements venus de l’est annoncèrent
un second raid massif. Par vagues successives, des Heinkel 111 s’acharnèrent
sur les quartiers entourant la Grand’Place.
Le bombardement s’étendit jusqu’au dans les faubourgs
de la ville. Persuadés de la destruction totale imminente de
leur ville, les habitants qui s’obstinaient encore à rester
bouclèrent d’urgence leurs valises et s’en furent
vers la France, via Binche, La Louvière et Mons. Seul 200 à
300 Nivellois (à peine 2% de la population normale) décida
de rester. Ces gens eurent de toute manière plus de chance que
leurs 24 concitoyens qui avaient péris sous les bombes et les
victimes plus nombreuses encore parmi les réfugiés. La
petite ville avait 355 de ses maisons complètement sinistrées
et 303 partiellement.
Désorganiser les arrières.
Craignant de voir leurs villes subir le sort de Varsovie, d’innombrables
cortèges de réfugiés avaient pris la route de l’exode,
se dirigeant vers l’ouest dans l’espoir d’atteindre
la France. Les colonnes hétéroclites - autos, camions,
véhicules hippomobiles, vélos, piétons - avaient
été grossies par les évacuations organisées
par les Français et les Britanniques dans leurs secteurs respectifs,
puis par l’évacuation de la « réserve de recrutement
de l’Armée Belge » des provinces envahies vers
Binche, Roulers (Roeselaere), Ypres, Erquelinnes. Mitraillées
par les Stukas, les colonnes de réfugiés font boule de
neige, en entraînant d’autres dans leur sillage, dans leur
pathétique marche vers la France. Le Hainaut est une étape
obligée. La route Bruxelles-Mons-Paris est un des axes principaux
de l’exode, tout comme celle de Nivelles-Ath-Tournai-Lille et,
tant que les trains rouleront, les voies ferrées transitant par
Mons, Tournai, ou Charleroi-Thuin.
La Luftwaffe s’était déjà déchainée
pour empêcher la montée en ligne des troupes françaises.
Quand elles commenceront à refluer, le 14 mai, ce sera la curée.
Gosselies, Marchienne-au-Pont, Thuin, Erquelinnes seront bombardées.
Deux raids successifs sur la gare de Lobbes à la fin de l’après-midi
du 14 feront près de 80 tués parmi les occupants d’un
train de réfugiés qui venait de s’y arrêter.
Thuin et Erquelinnes sont durement touchées.
A Mons, la ville est encombrée, surpeuplée dès
le 12 mai par les réfugiés dont le ravitaillement devient
impossible.
Des bombardements aériens ont eu lieu le 11 mai puis à
nouveau les 14 et 16 mai, incendiant les abords de la gare où
sont bloqués plusieurs trains de réfugiés qui,
à chaque alerte, se précipitent dans une cohue indescriptible
vers les passages souterrains.
On a frôlé de très peu la catastrophe car un important
convoi français de munitions a été lui aussi bloqué
en gare de Mons pendant ces raids. Mons parvint cependant à s’en
tirer sans trop de mal. Mais le dépôt des Archives de l’Etat,
un de plus riches des provinces belges, fut perdu en grande partie.
S’évanouissaient aussi à tout jamais les fonds considérables
de l’évêché, du chapitre noble de Saint-Waudru,
de l’abbaye Saint-Martin de Tournai.
La Grand'Place de Nivelles
avec sa collégiale
après le passage des bombardiers allemands.

Tournai...
Ici, la PAP, organisée en 1936 sous la houlette du bourgmestre,
semblait répondre à la mission qu’on attendait d’elle,
alignant au printemps 1940 quelque 525 hommes répartis en quatre
postes de quartier et huit de sous-quartier.
Tout le monde était formé, en théorie, à
la lutte contre le feu, l’action anti-gaz, l’évacuation
des blessés.
C’est le premier jour de la guerre, à 17h, qu’un
bimoteur à croix gammée avait, en larguant un chapelet
de bombes sur la chaussée de Bruxelles, appris aux Tournaisiens
que l’éloignement du front n’était plus un
gage de sécurité. Rude déconvenue : rien n’avait
été mis à l’abri et on avait même installé
à Tournai en 1939 des gardesmeubles avec des collections précieuses
amenées parfois des régions de l’est du pays…pour
plus de sécurité.
Dans l’après-midi du 16 mai, par un temps radieux, une
formation de 35 Stukas, plongea sur les ponts de l’Escaut en cinq
attaques successives. Ils revinrent la nuit, guidés par la lueur
des multiples brasiers qui meurtrissaient déjà la cité.
Le vendredi 17 mai, à 10 heures, ils achevèrent la besogne
en lançant des projectiles incendiaires sur les différents
quartiers. Le premier raid, qui n’avait guère duré
qu’une vingtaine de minutes, avait touché les rues avoisinant
l’Escaut. Les suivants atteignirent tour à tour la bibliothèque,
les archives, l’évêché, la halle aux draps,
l’église Saint-Quentin, l’hôtel de ville et
toutes les artères commerciales. Le feu grondait de la Grand-Place
à la rue des Maux, la rue de l’Yser, la rue des Orfèvres.
La Tour Saint-Brice, quant à elle, s’était transformée
en gigantesque flambeau et était visible des kilomètres
à la ronde.
Le 17 mai, l’administration
communale signala aux intéressés la dissolution de la
défense passive, puis elle se perdit dans la nature. Seul un
conseiller communal (E. Carton) continua jusqu’au bout à
coordonner les secours.
Pour ne rien arranger, les Anglais firent sauter l’antique pont
des Trous, les ponts Notre-Dame, de l’arche, de fer, après
avoir ordonné le dimanche 19 mai l’évacuation générale.
La bataille de l’Escaut commençait.
Lorsque la Wehrmacht fera son entrée le jeudi 23, elle s’emparera
d’une ville dévastée - 5 232 immeubles abattus ou
rendus inhabitables sur les 10 000 environ que comptait Tournai - meurtrie
dans sa chair (146 habitants et 93 réfugiés y ayant péri),
dépeuplée (300 personnes seulement demeurées sur
place, sur 35.000 habitants).
La destruction du centre de Tournai frappa d’autant plus l’opinion
que la ville ne constituait pas un objectif militaire proprement dit
et que les raids aérien allemands ne pouvaient avoir pour but
que de désorganiser les arrières.
Le gouvernement belge avait lui-même sélectionné
Tournai pour être le lieu d’édition de deux feuilles
officielles, Belgique et België, destinées, dans l’hypothèse
d’une longue guerre de position à être les organes
gouvernementaux, imprimées dans les grandes firmes tournaisiennes
Desclée et Casterman. Les bombardements mirent fin à ces
projets, tout comme partirent en fumée plusieurs fonds d’archives
officielles repliés là-bas.
Les Flandres martyres.
Les ultimes phases de la campagne dans la « poche des Flandres
» et les violents combats sur la Lys ne pouvaient manquer d’y
détruire le patrimoine architectural. Si le coeur de Courtrai
(Kortrijk), grosse cité linière (traitement du lin), fut
préservé de l’anéantissement, les localités
situées sur les bords de la Lys (Heule, Harelbeke…) furent
durement canonnées.
L’arrondissement de Bruges fut peu touché, mais à
partir du 23 mai, celui d’Ypres sera pris pour cible par l’aviation
allemande, avec destruction totale de 500 habitations, particulièrement
à Poperinge, Wervik et Messines, et pas moins de 483 tués
civils.
Le Beffroi de Tournai vu
de la Grand'Place.
Le port et la
ville d’Ostende avaient été bombardés à
plusieurs reprises du 15 au 20 mai, sans grands dégâts
ni pertes. Mais, le 21 à 14h, des milliers de bombes incendiaires
touchent le centre.
Guidés par la lueur des incendies, les bombardiers revinrent
la nuit. A partir du 22 mai, les raids seront continus, visant le centre
ville et le 24, ce sera le drame de l’Hôtel de la Plage,
transformé en hôpital militaire : cinquante blessés
ne pourront être évacués à temps et périront
dans l’incendie. En fin d’après-midi, les dégâts
seront énormes aux installations portuaires et aux établissements
industriels, et on relèvera plus de 50 morts.
La ronde des bombardiers continuait. Elle se déchaîna surtout
dans la nuit du 27 au 28, alors que les pourparlers préliminaires
à la capitulation belge avaient commencés. A 4h00 du matin,
le 28, la place d’Armes et la rue de la Chapelle ne sont plus,
aux dires des témoins, qu’un « mur de feu ».
L’entrée de la Wehrmacht à Ostende, le 28 vers 14h,
n’arrêta pas les raids de la Luftwaffe, qui voulait sans
doute empêcher l’utilisation du port pour une évacuation
des Britanniques. Les occupants s’empressèrent de déployer
sur le sol de grands drapeaux à croix gammée pour avertir
les aviateurs.

Plus à
l’ouest, Furnes avait été violemment bombardée
le 24 mai à 14h (28 morts et 70 blessés), puis ce furent
de nouveaux raids, de même que sur Nieuport, Coxyde, Dixmude et
La Panne. Un bilan chiffré de l’ensemble des dommages subis
par le territoire belge au cours de la campagne des Dix-Huit jours est
difficile à établir.
Les premières statistiques seront publiées à l’automne
1940 et elles incluront les destructions causées par les bombardements
côtiers et les premiers raids aériens effectués
par les Alliés après la capitulation belge.
L’ampleur de ceux-ci n’ayant pas été très
vive, on peut considérer que les chiffres recensent surtout les
dégâts provoqués par la campagne de mai 1940. L’ensemble
des dommages de guerre - campagne des Dix-Huit jours bien entendu -
avait été fixé en décembre 1940 par le Commissariat
Général à la Restauration à plus de trois
milliards de francs de l’époque (environ 2 milliards 230
millions d’euros). Il s’agissait des coûts d’une
reconstruction éventuelle, sans tenir compte de la valeur effective
ni déduire les amortissements. L’ensemble des destructions
subies par la Belgique tournait donc autour des 2 milliards de francs
(environ 1milliard 485 millions d’euros), auxquels il fallait
ajouter la valeur des stocks évaporés, du parc automobile
réquisitionné et disparu dans la nature, ainsi que les
réquisitions de la Wehrmacht.
Le bilan humain était plus lourd encore. Aux 5 481 militaires
belges venaient se joindre les civils, victimes des bombardements et
de l’exode, en Belgique et en France. Faute de renseignements
plus précis, les autorités belges de l’époque
avaient avancé en 1941 le chiffre de 9 000 morts, puis celui
de 12 000.
Finalement, les pertes civiles seront établies à 6 552
tués, dont 1 800 environ sous les décombres de leurs maisons.

Source
texte et photographies :
- Alain Colignon « Jours de Guerre »
Tome 5 - Editions Crédit Communal
de Belgique - 1994
Louis Genty « Nivelles, An quarante »
- Editions Rif tout D’ju - 1990