Un peu de géographie
L’opération
sans nom se déroula à la fin de la campagne nécessaire
pour nettoyer les rives de l’estuaire de l’Escaut des troupes
allemandes qui les occupaient et empêchaient ainsi l’accès
de la navigation alliée au grand port d’Anvers.
A cette époque, c’est à dire à l’automne
de l’année 1944, le delta de l’Escaut était
encore un vrai delta.
Ni le Brouwerdam, ni le Veersedam n’existaient, et le «
lac » de Veere s’ouvrait en direct sur la mer du Nord.
La Zélande n’était pas encore l’opulente province
agricole ,huîtrière, industrielle et touristique que nous
connaissons aujourd’hui. Ses huîtres étaient déjà
fameuses, mais son industrie se limitait à quelques chantiers
navals et si sa production laitière et sa pêche étaient
d’une certaine importance on ne pouvaient pas les qualifier d’industrielles,
quand au tourisme naissant , il était encore très limité.
Si le réseau routier était bon et bien entretenu selon
les bonnes traditions de l’administration néerlandaise,
il n’y avait bien entendu aucun autoroute pour atteindre Zierikzee
ou Veere qui n’étaient alors que de petits ports de pêche
et pas les grandes marinas de yacht blancs de la fin du siècle.
Au plan géographique, elle était aussi très différente.
Les trois de ses îles situées au nord de l’Escaut
Occidental, Walcheren, Noord et Zuid Beveland étaient encore
de vraies îles, même si la dernière n’était
plus qu’un canal maritime qui la séparait de la terre ferme
à son extrémité orientale. Par contre à
son extrémité ouest elle était encore séparée
de Walcheren par un petit bras de mer dénommé le Sloe.
Long d’environ 7 kilomètres et large d’un bon kilomètre
à sa partie la plus étroite, le Sloe était un petit
bras de mer qui se découvrait aux plus basses marées pour
laisser apparaître une énorme zone de vase où il
était téméraire d’oser pénétrer.
Le Waterstaat y avait construit une haute digue rectiligne (le Sloedam)
sur laquelle on avait posé une voie de chemin de fer et une étroite
route parallèle permettant d’accéder à Flessingue
et Middelburg à pied sec. Walcheren n’était donc
plus une île au sens strict du terme mais peu s’en fallait.

De
la Normandie à Anvers.
Le
dimanche 4 septembre 1944, par une très belle journée
d’été finissant, la ville, avec le port, d’Anvers
est libérée. « Miraculeusement » comme certains
osent parfois l’écrire, mais de manière plus exacte,
grâce à la prévoyance et à la préparation
de la Résistance et à la compétence et à
l’héroïsme de certains de ses membres. Rien de miraculeux
en fait, mais bien une somme de dévouements divers, de coordination
bien pensée entre plusieurs organisation et peut-être un
peu de chance. Mais la chance n’aide-t-elle pas de préférence
ceux qui commencent par s’aider eux–mêmes ? Des initiatives
heureuses aussi. La moindre de celles-ci n’étant certes
pas l’intervention du lieutenant Belge Robert Vekemans qui parvint
à intercepter les chars de tête du 3 RTR (1) lancés
sur l ‘autostrade** d’Anvers . Il parvint aussi à
convaincre le major Dunlop qui commandait cette avant-garde de se laisser
guider vers une route détournée et non observée
des Allemands qui tenaient en force le grand pont de Boom et d’atteindre
ainsi le petit pont d’Entschodt qui traverse le Rupel à
Klein Willebroek en amont du centre de Willebroek et qui n’était
pas gardé par eux. Le franchissement rapide du Rupel et la tête
de pont établie sur le champ permettant ainsi de prendre à
revers et à neutraliser les forces ennemies qui gardaient le
grand pont de Boom puis de foncer vers la Métropole. Pour les
alliés, la libération de la ville et des son port pratiquement
intact et pouvant redevenir opérationnel dans des délais
très brefs, est un cadeau du ciel qui dépasse leurs plus
belles espérances. Elle intervient au jour J + 90 du débarquement
, alors que le tableau de marche originel du S.H.A.E.F. plaçait
les troupes alliées sur la ligne Le Havre – Paris - Orléans
–Tours – Nantes à cette date ! Cette réussite
va provoquer une sorte de crise qui reste encore aujourd’hui un
sujet de discussion pour beaucoup d’historiens.
En effet le Field Marshall Bernard Law Montgomery, tout juste promu
à ce rang depuis quatre jours, est ébloui par l’avance
éclair de son 21st.Army Group depuis la traversée de la
Seine, et commence à espérer la fin de la guerre pour
la Noël. L’idée de foncer vers Berlin au travers des
plaines de l’Allemagne septentrionale, et par le cœur de
la Ruhr l’obsède, et tout lui fait penser qu’une
telle offensive peut réussir. Mais son « patron »
Dwight D.Eisenhower, le commandant en chef du S.H.A.E.F. est bien plus
prudent. Son premier et principal souci du moment est d’assurer
la logistique de l’ensemble de son armée.
Car
l’allongement extraordinaire des lignes de communications au départ
de la Normandie rend de plus en plus problématique la logistique
des forces combattantes. Leur ravitaillement en armes ,munitions, approvisionnements
et carburant au départ d’Arromanches exige de plus en plus
de charroi, donc de carburant, de temps, donc de pertes et d’organisation..
Les soucis d’Eisenhower sont d’ailleurs partagés
par son chef des opérations navales, l’amiral Anglais Sir
Bertram Ramsay. Même les historiens défenseurs de Montgomery
s’accordent à souligner qu’il n’avait pas attaché
assez d’importance à l’utilisation d’Anvers
et de son port. Car ne l’oublions pas, le port d’Anvers
était libre et intact, mais à quoi pouvait-il bien être
utile tant que les rives de l’embouchure de l’Escaut étaient
tenues par les forces Allemandes ? Il n’entre pas dans le cadre
de cet article, ni dans les compétences de l’auteur, de
rechercher qui avait raison…Mais avec le recul du temps, et la
connaissances des évènements qui s’en suivirent
, on peut penser qu’il n’aurait pas été facile
à Montgomery, même avec la mise à sa disposition
du puissant groupe Anglo-Canado-Américain qu’il demandait,
de réussir la « blitzkrieg » qui l’aurait amené
à Berlin pour la Noël.
Peut-être même que cette opération aurait pu mettre
en difficulté les forces alliées du front occidental ,
mais ne tombons pas dans l’histoire fiction ! Pour tenter de mieux
comprendre les relations personnelles, qui étaient bonnes, entre
les deux hommes, on peut rappeler que Montgomery avait une bonne expérience
de tacticien et de commandement au combat. Eisenhower, de son côté,
était plutôt un général « politique
», dans le meilleur sens du terme, une sorte de général
homme d’état en quelque sorte. Il avait prouvé sa
valeur en ce domaine sur le théâtre de guerre Méditerranéen,
et ceci le mettait d’ailleurs parfaitement à sa place de
commandant suprême du S.H.A.E.F. Avant le 18 août les opérations
sur le continent étaient commandées par Montgomery en
temps que commandant du 21ème. groupe d’armées qui
comprenait la 2ème armée Britannique commandée
par lieutenant général M.Dempsey, et la 1ère.armée
US aux ordres du lieutenant général Omar Bradley. Ce qui
mettait donc ce dernier sous les ordres de Monty. Cette situation avait
été bien acceptée par la presse Américaine
pour les opérations du débarquement, mais la prise d’Avranches
le 30 juillet par la 4th.US.division et la traversée de la Sélune
à Pontaubault le jour suivant qui avait permis à la 3ème
Armée US du fameux Patton de se déverser sur les arrières
allemands, avait changé la donne. Le général Eisenhower,
sous l’impulsion du général George Marshall, allait
donc devoir se décider à prendre le commandement sur le
terrain.
Ike
était un homme honnête et de caractère modeste.
Il se consacrait toujours, aussi bien par son entraînement que
par son tempérament , aux tâches pour lesquelles il était
superbement qualifié : l’établissement des conditions
politiques et logistiques des plans conçus par ses chefs de départements
et ses généraux en action sur le théâtre
des opérations. Sur les plans stratégiques et tactiques,
il préférait se limiter à déterminer les
grands objectifs et les grandes lignes de conduite et à agir
ensuite en tant qu’arbitre ou de coordinateur. En plus il avait
une nette conscience de son manque d’expérience dans la
conduite tactique de grandes unités du niveau Armée ou
Corps d’Armée. Et, il est presque certain qu’il en
ressentait un léger complexe d’infériorité
professionnelle vis à vis de deux hommes comme Patton et Montgomery.
En fait les plans originaux pour la suite des opérations, les
armées alliées une fois définitivement établies,
consistaient en une poussée générale et un élargissement
généralisé du front.
Mais Hitler, avec son obstination bien connue, avait changé les
donnes du problème, en tentant contre l’avis de se généraux
sur le terrain de couper les Américains à Avranches, ce
qui n’avait réussi qu’à provoquer l’encerclement
et l’anéantissement du noyau des ses meilleures troupes
dans la région de Falaise. La Blitzkrieg se retournait alors
contre lui, car en 1944, on l’oublie encore trop souvent, l’armée
Allemande est encore une armée à pied qui doit encore
se déplacer par train. Seules les divisions blindées sont
motorisées, et encore bien moins que leurs équivalentes
alliées. Dans les divisions d’infanterie, la plus grande
partie des matériels et de l’artillerie sont encore à
traction hippomobile !
C’est
ici que naît la grande controverse qu’on peut schématiser
comme suit : Montgomery pense à une poussée concentrée
vers le Nord pour éliminer les armes V en prenant les Allemands
de vitesse saisir les côtes de la Manche , se diriger vers Anvers
et ensuite vers la Ruhr.
Ceci impliquerait un ralentissement de l’aile droite, donc Américaine
, vers les Vosges et la Sarre afin de disposer de suffisamment de forces
pour la poussée vers le nord, dans laquelle les Américains
marcheraient sur Bruxelles puis Aix la Chapelle en appuyant leur flanc
droit sur les Ardennes
C’est l’option que le général Britannique
présente à Eisenhower lors d’une réunion
le 23 août.
Ce dernier l’avise qu’il entend toujours s’en tenir
à une avance sur un large front, qu’il est essentiel que
la 3ème.armée de Patton fasse sa jonction avec les forces
montant du sud de la France, et que les deux groupes d’armées
allant alors avoir à opérer sur deux théâtres
distincts, il entend prendre personnellement le commandement en main
à partir du 1er.septembre. Montgomery restera donc le chef du
21th group jusqu’à cette date mais après il sera
aux ordres directs d’Eisenhower.
Au moment de la percée de la Seine, le général
Montgomery envisageait de lancer une opération aéroportée
pour saisir les traversée de l’Escaut dans la région
tournaisienne, mais la rapidité de l’avance de la 2ème.armée
rendit cette opération inutile. Et c’est donc tout naturellement
qu’il souhaite utiliser ses forces aéroportées qui
rongent leur frein dans leurs bases Anglaises pour appliquer sa stratégie
de la poussée vers l’Allemagne de la Ruhr au moment où
ses troupes arrivent à Anvers. Après la percée
sur la Seine, et la montée rapide vers le Nord, un fait important
«échappa » au commandement allié en général,
la 15ème armée allemande se retirait lentement le long
de la côte de la Manche, puis de la mer du Nord. Son commandant,
le général von Zangen , tout en laissant des garnisons
pour bloquer les ports, parvint, par sa tactique brillante, à
sauver ses troupes de l’encerclement.
Ces troupes qui parvinrent non seulement à se retirer en grande
partie sur l’île de Walcheren, mais à se fixer à
Zeebrugge et en se retranchant derrière le canal Léopold
à créer une poche sur la rive gauche de l’estuaire
de l’Escaut et qu’on allait appeler la poche de Breskens.
(1) 3rd.Royal Tank Regiment,
un des trois régiments de chars de la 11th.Armoured Division,
les deux autres étant le 23rd.Hussars et la 2nd.Fyfe and Forfar
Yeomanry.
(2) « L’autostrade d’Anvers »était alors
l’expression populaire et courante pour désigner la route
à deux bandes de circulation N 1Bis entre Meise et Boom devenue
longtemps plus tard l’autoroute A12.
La
libération d’Anvers, ses conséquences et la situation
générale.
Le
4 septembre au soir les Anversois fêtaient leurs libérateurs
et pourchassaient les collaborateurs dans une atmosphère de liesse
ponctuée par le bruit des coups de feu tirés par les snipers
encore nombreux dans la ville et dans les docks. A ce moment, personne
dans les autorités alliées, même les plus optimistes
ne pensaient que les installations portuaires Anversoises pouvaient
être intactes., et qu’aucune grue, aucune écluse
n’avaient sauté ,ni même que les derniers Allemands
qui avaient encore la possibilité de certaines destructions puissent
y faillir !
La veille et le jour même de leur libération, les Bruxellois
avaient vu défiler à travers leur ville les tristes fuyard
d’une armée défaite. Pas les Anversois qui avaient
littéralement vu surgir leurs libérateurs à l’entrée
de leur ville mais qui sentaient la grande victoire que la Résistance
avait remporté par son admirable organisation et coordination.
La nuit fut d’ailleurs très difficile pour les soldats
anglais aidé par les résistants pour prendre possession
de tous les docks et entrepôts. Le général major
Comte von Stolberg commandant la garnison fut fait prisonnier. Il justifia
la défaillance de ses troupes à détruire le port
par l’action de la Résistance mais on peut penser qu’il
aurait pu y parvenir malgré l’héroïsme des
résistants si en méjugeant les mauvaise nouvelles de Normandie,
il ne s’ étaient pas mis trop tard à préparer
les destructions et n’avait pas prévu une si rapide arrivée
des blindés anglais à Anvers. Le 5 septembre 1944, la
7th Armoured Division (les fameux Rats du Désert) libéraient
la ville de Gand et le long de la côte la 15th.Armée allemande
se traîne comme elle peut vers le nord, et son commandant, le
général von Zangen craint d’être piégé
entre la côte et l’Escaut. Mais ici, on ne s’y est
même pas pris trop tard : la Deuxième armé n’avait
pas de plan pour Anvers, et von Zangen pourra retirer ses troupes à
Walcheren et établir une solide poche défensive autours
de Breskens, comme nous l’avons dit au paragraphe précédent.
Dans les jours qui suivent la libération, la situation générale
à Anvers était encore confuse. L’ensemble des installations
du port était sous contrôle des troupes britanniques et
de la Résistance, mais de forts détachements Allemands
occupaient encore de manière éparpillée mais certaine
toute une zone au nord du canal Albert. Des amis Anversois ont raconté
à l’auteur de ces lignes que certains habitants de Merksem
encore en zone allemande prenait le tram vicinal qui s’arrêtait
au pont sauté du canal, passait celui-ci sur la passerelle de
l’écluse et embarquait dans le tram de l’autre côté…
D’autres forces allemandes se trouvaient encore dans la rive gauche
(Linkeroever) Ce ne fut que le 18 septembre que la 2ème division
Canadienne vint relever la 11ème.division blindée et se
mit à nettoyer la zone entre la rive gauche et le canal de Terneuzen
avec l’aide de la résistance Hollandaise et la zone nord
avec l’aide des Belges.
Dès ce moment la situation générale est claire
et nette, le front s’est stabilisé, les forces se font
solidement face de nouveau et il faudra conquérir de haute lutte
la possibilité de navigation sur l’Escaut. En fait ce ne
fut qu’à partir du 27 septembre que Monty relancé
par Eisenhower, lui même éperonné par l’amiral
Ramsay, qui avait toujours proclamé haut et fort que le nettoyage
de L’Escaut devait être entamé en toute priorité,
et certainement avant de lancer « Market garden », pu consacrer
son attention aux plans nécessaires pour cette libération.
En bon marin, l’amiral craignait avant tout le répit donné
aux forces Allemandes pour renforcer le minage du fleuve et éventuellement
des sabordages dans certaines passes étroites pour bloquer les
passages.

L’Opération
« Market Garden »
Nous
n’allons pas refaire ici l’histoire bien connue de cette
opération destinée à saisir les ponts de Nimègue
et d’Arnhem, et surtout pas d’épiloguer sur le bien
fondé de cette offensive. Mais on peut considérer que
sa mise en route retarda d’une bonne quinzaine au moins le début
des opérations destinées à libérer l’embouchure
de l’Escaut et permettre l’utilisations de l’énorme
potentiel du port d’Anvers. Rappelons qu’Eisenhower est
venu prendre en propre le commandement des opérations sur le
terrain le 1er.septembre et a établi son Q.G. à Granville.
C’est donc lui, et non plus Montgomery qui doit donner le feu
vert pour cette opération., et ce dernier le relance le 4 septembre
pour lui demander de la lancer. Le Field-Marshall fraîchement
promu (3) est convaincu qu’une puissante offensive lancée
sur l’axe de la Ruhr pourrait amener la fin du conflit avant la
fin de l’année.
Mais il devrait pour cela disposer de puissantes forces américaines
qui ne seraient plus disponibles pour l’avance vers la Sarre.
Les deux hommes se rencontrent le 10 septembre sur le champ d’aviation
d’Evere. L’entretien a lieu dans le Dakota personnel d’Eisenhower
qui se déplace avec difficulté suite à une grave
entorse. Les souvenirs des deux généraux divergent un
peu dans leurs souvenirs de la rencontre. Il semble bien, cependant
que le commandant en chef a donné son accord pour Market Garden
mais en limitant cette avancée à la prise d’une
tête de pont à Arnhem tout en insistant sur la nécessité
d’une libération rapide de l’Escaut., qui reste une
de ses priorités absolues.
Les faits sont maintenant bien connus, l’opération échouera
en sont but final, on peut penser qu’elle a pu détourner
un peu l’attention du Field-Marshall de toute l’urgence
à mettre en route la libération du grand port.
(3)
De ce fait, Bernard Montgomery monte à un grade militaire supérieur
à Dwight Eisenhower qui devra attendre sa cinquième étoile
jusqu’à l’approche de Noël, mais il n’en
reste pas moins subordonné dans la chaîne de commandement
du S.H.A.E.F.
Les
plans d’opération
Il
n’est pas possible de détailler les plans et opérations
de nettoyage de l’Escaut dans le cadre de cet article qui veut
simplement commémorer le souvenir d’une de ses actions
violentes et sanglantes qui coûtèrent la vie à de
nombre braves et qui aurait peut être pu évitée
si ce nettoyage avait été lancé avec plus de célérité…
1
– La conquête de la poche de Breskens, commencée
le 4 octobre, donc un mois après la libération de la Métropole.
Cette attaque recevant l’appui de l’opération «
Switchback » un débarquement pour prendre les défenseurs
de flanc.
2
– Prise de Woensdrecht pour « sceller » l’isthme
de Zuid-Beveland.
3
– Opération « Vitality I » pour conquérir
Zuid Beveland
4
– Opération « Vitality II » appui de flanc
pour Vitality I
5
– Opérations « Infatuate I et II » pour conquérir
l’île de Walcheren.
Les
opérations Vitality devaient s’achever par l’invasion
du côté oriental de Walcheren , ce qui impliquait la traversée
en force du Sloe. Cette action avait sans doute été sous
estimée et n’avait pas eut l’honneur d’un plan
préalable ni d’un nom de code et c’est ainsi qu’elle
fut improvisée en toute dernière minute.C’était
bien entendu l’île de Walcheren qui était la clef
de l’Escaut. La Wehrmacht et la Kriegsmarine y avaient construits
d’imposantes batteries lourdes qui commandaient la sortie du fleuve
et même menaçaient la rive opposée. Le port de Flessingue
pouvait abriter des sous-marins nains et des Schnellboote qui, d’une
part pouvaient aller attaquer le trafic naval vers Ostende ou Zeebrugge,
mais aussi aller augmenter d’une manière encore plus grave
l’Escaut entre Walcheren et Anvers. Le commandant naval du S.H.A.E.F.
en était particulièrement conscient , et, sans mauvais
jeu de mot, tempêtait littéralement pour pousser Montgomery
à lancer les opérations. Tous les plans de la marine étaient
prêts pour cette action, c’est à dire l’Opération
INFATUATE. Mais le lancement de cette opération nécessitait
d’empêcher les Allemands d’amener des renforts et
de la logistique à l’île de Walcheren. C’est
cette opération, confiée largement aux Canadiens par Monty,
qui fut baptisée VITALITY. Infatuate devant être lancée
à sa bonne fin. Et, à ce moment là, les troupes
qui avaient occupé Zuid-Beveland devaient prendre à revers
les Allemands de Walcheren et qui devraient faire face aux troupes débarquées
par Infatuate. Cette dernière mission dut être fort sous-estimée
par le commandement Allié , comme il a été dit
plus haut.. Elle ne fut pas codifiée par un nom de code, et ce
n’est que bien après la guerre , un historien Anglais la
qualifiera d’opération “No name”, l’opération
sans nom qui deviendra son nom de code officieux dans l’histoire.
Woensdrecht
et l’ïsthme de Zuid-Beveland.
Un
simple regard sur la carte suffit à comprendre que pour couper
l’isthme de Zuid Beveland, il “suffisait” de capturer
la ville de Woensdrecht. C’est à la 2ème.division
d’infanterie Canadienne qu’échut l’honneur
de prendre cette ville. Elle s’ébranla le 4 octobre. Notons
en passant que nous sommes déjà un mois plus tard que
la libération et la prise du port d’Anvers intact ! Nous
ignorons si les Canadiens passèrent sur la passerelle de l’écluse
de Merksem, mais ils ne “prirent” certainement pas le tram
vicinal pour monter vers Brasschaat. Il est tout aussi certain qu’
ils furent aussitôt arrêtés par des tirs directs
de pièces de 88 bien retranchées derrière Merksem.
Ce ne fut pas une promenade de plaisir.
Le
temps était pluvieux, octobre ne fut pas beau cette année
là. Les Allemands n’établirent pas une ligne de
force de résistance. Ils adoptèrent plutôt une tactique
retardatrice, très facile à mettre en oeuvre dans cette
zone suburbaine, entrecoupée de terres de petites cultures, de
zones d’habitations ou de petites industries.
Zone très favorable à l’emploi des mortiers , des
embuscades , des mines et des snipers. Chaque mètre d’avance
se payait de morts ou de blessés. Les deux brigades de la division
avancèrent ainsi avec lenteur des deux côtés de
la route en suivant l’arrière garde ennemie qui se retirait
lentement mais chèrement
Un
petit combat team du Régiment de Mont-Royal se tenait prêt
sur la gauche pour tenter de foncer sur l’isthme et le couper
au niveau de Rilland (voir la carte 3), mais cette action dépendait
de la vitesse de l’avance de la brigade sur le flanc droit. De
ce côté, Putte fut atteint le 6 au soir, dépassé
le 7 et Hoogerheid le soir même.
Mais alors la 2ème division se heurta à une défense
opiniâtre et fut stoppée sur place. Elle commençait
à comprendre qu’elle avait un peu sous-estimé l’ampleur
de sa tâche. Ce ne fut que le 16 qu’elle arriva aux faubourgs
de Woensdrecht. Montgomery, qui commençait à se sentir
pressé par le temps du se résoudre à lui envoyer
des renforts d’urgence ! Ceux-ci , des élément de
la 4ème division blindée Canadienne appuyant la 49ème.brigade
Anglaise, traversaient la frontière hollandaise à Essen
le 22 au matin. Enfin, Woensdrecht et Bergen op Zoom étaient
pris le 23 en fin de journée. Tout cela après de très
durs et sanglants combats.
Trois semaines avaient encore passé et le port d’Anvers
n’était toujours pas utilisable pour les alliés.
La 2ème. division pouvait maintenant se tourner vers l’ouest
et entamer la conquête de Zuid-Beveland.
Vitality II
La
place nous manque pour détailler cette opération qui n’entre
d’ailleurs que de manière indirecte dans le cadre du récit.
Disons simplement qu’il s’agissait d’une traversée
de l’Escaut au départ de la petite ville d’Ossenisse
pour débarquer à l’ouest du canal de Beveland et
prendre de flanc les défenseurs Allemands, et ainsi faciliter
sa traversée par les Canadiens qui attaquaient par l’est.
Cette opération fut confiée par Montgomery à la
2ème division d’infanterie Ecossaise, aux ordres du Major-Général
E.Hakewill-Smith (voir annexe 5). Un groupement de cette division avait
combattu en Normandie, puis près d’Arnhem. Mais le reste
de la division venait de débarquer à Ostende le 24 pour
prendre part à la bataille de l’Escaut. Plus tard, d’ailleurs,
la mention « 1st.october – 8 november : ESCAULT-Holland
» figurera comme battle honour (citation) sur ses drapeaux. La
fameuse division d’engins spéciaux 79 Armoured Division
fournira les moyens de passage, de débarquement et de déminage
avec ses Buffaloes, Terrapins et autres véhicules spéciaux
mis en œuvre par ses équipes des escadrons du 11th.Royal
Tanks et 5th.Assault Regiment, Royal Engineers. Cette 79ème.division
est unique en son genre dans tout l’arsenal allié. Ses
effectifs sont largement plus nombreux que ceux d’une division
blindée classique, la plupart de ses chars sont en réalité
des chars du génie, tout à fait spécialisés
pour toutes sortes de tâches inimaginables. Cela va du déminage
aux lance-flamme en passant par toute une série de ponts mobiles,
de porte fascines et d’engins de franchissement, sans oublier
les amphibies de débarquement. La plus grande part de ses matériels
sont si curieux voir qu’ils ont reçu le sobriquet de «
funnies »( litt. : les « comiques » A l’origine,
cette division fut conçue en prévision de l’ouverture
du fameux « second front » , et elle a bien prouvé
la valeur de sa conception en Normandie. Son créateur et son
chef, est un expert des blindés, le Major Général
P.C.S.Hobart, K.B.E. – C.B.O . – D.S.O. – M.C. devenu
plus tard Sir Percy Hobart et connu dans toute l’armée
britannique sous le surnom de « Hobo ».
Vitality I
La
2ème. division d’infanterie Canadienne devait donc pivoter
vers l’ouest pour entamer l’opération Vitality I.
Et c’est ce qu’elle fit. Sa 4ème.Brigade se mit en
route sans attendre . Mais quelle marche ! Toutes les routes avaient
été minées de tous les types de mines antichar
ou antipersonnel de l’arsenal teuton. Les sapeurs de la Wehrmacht
avaient fait sauter tous les ponts, abattu les arbres le long des routes.
Celles-ci avaient été sapées de telle manière
que d’énormes cratères , infranchissables pour les
tanks et les bulldozers, les avaient éventrées. Certains
de ces cratères étaient larges de plus de vingt mètres.
Les polders étaient innondés et même souvent plantés
de poteaux, un peu dans le style des fameuses asperges de Rommel . De
nombreux canons de flak de 20mm. prenaient les digues en enfilade, les
fameux 88 tiraient à obus fusants pour arroser les attaquants
de leurs dangereux shrapnells, et l’infanterie allemande était
toujours aussi expérimentée à l’usage des
mortiers.
Malgré cela, les hommes de la 4ème.brigade avancèrent
de plus de cinq kilomètres le premier jour, et leurs patrouilles
étaient au contact du canal de Zuid Beveland le soir du 26 octobre.
Les deux ponts et les deux écluses du canal étaient non
seulement minés, mais tellement couvert par l’ennemi qu’il
n’était pas possible de tenter par là le passage.
Ce fut donc en bateaux d’assaut que la 6ème.brigade, venue
en renfort de la 4ème. tenta, et réussit la traversée
du canal. Partiellement repoussée sur son flanc gauche, elle
put néanmoins établir une solide tête de pont sur
l’autre rive. Mais les troupes de VITALITY II étaient parties
la nuit précédente d’Ossenisse pour débarquer
sur Zuid Beveland. Les opposants à Vitality I étaient
de ce fait pris de flanc.
Cette même nuit, les Allemands évacuèrent près
de 500 hommes en embarcations diverses vers Noord Beveland et plus de
3.000 dans leur Festung de l’île de Walcheren par la route
du SLOEDAM…
Après cela, leur résistance commença à faiblir.
Le 28, l’écluse nord du canal était prise par les
Queen’s Own Highlanders of Canada tandis que les deux autres régiments
de la brigade, les Fusiliers de Mont Royal ( régiment de Canadiens
Français) et le South Saskatchewan Regiment progressaient rapidement
au centre et s’emparaient de la petite ville de Goes. Pour la
2ème.division, Vitality I était quasi terminée.
Le 30 octobre le Royal Regiment of Canada attaquait les tranchées
et les blokhaus qui défendaient l’accès au Sloedam,
et s’en emparait sans trop de difficulté. Les 4ème.et
6ème. brigades étaient à pied d’oeuvre pour
attaquer Walcheren. C’est le lendemain qu’ils allaient tenter
de pénétrer en enfer!. Car c’était bien l’enfer
qui les attendaient !
L’opération
sans nom
Citation :
« Pour tous ceux qui combattirent dans le combat pour la Chaussée****de
Beveland, et pour tous ceux qui l’étudièrent de
près, il semble bien approprié que cette opération
soit restée anonyme.
Peut-être aussi le fait qu’elle n’ait pas reçu
de nom est une indication claire de la légèreté
avec laquelle elle avait été envisagée et conçue,
et ceci est conforté par la manière dont le 1er.Bataillon
des Glasgow Highlanders se prépara pour la « marcher de
l’autre côté » le 31 octobre . La plupart de
ceux, j’imagine, qui ont suivi la libération de l’Escaut
jusqu’à ce point n’en seront pas surpris, pourtant,
l’anonymat de ladite opération devrait quand même
les surprendre.
Tous les écoliers qui ont étudié les origines de
l’Empire Romain savent comment Horace gagna son combat antique
et ont aussi appris l’histoire de la résistance des Spartiates
aux Thermopyles. »
R.W.THOMPSON
– « The 85 days »
Traduction de l’auteur.
Quatre
ans et demi plus tôt, Walcheren avait déjà été
envahi à l’ouest et par le Sloedam.
Cette fois là c’était les Allemands qui attaquaient.
Comme les Canadiens aujourd’hui ils étaient en force, et
jouissaient de la supériorité aérienne, mais là,
s’arrêtaient les similitudes .En mai 1940 ils attaquaient
par un très beau temps de printemps des troupes Françaises
peu mordantes, et pour une part mal commandées. Ils avaient franchi
le canal maritime facilement parce que le général Durand
qui commandait le groupement Français débarqué
à Walcheren avait divisé ses forces, les avait mal réparties,
et de plus, avait négligé de faire sauter les deux ponts
du canal. Limogé de ce fait et pour son manque d’initiative,
le général Deslaurens l’avait remplacé et
il avait bloqué les assaillants au Sloedam. Pour des défenseurs
décidés cette digue-chaussée était facile
à défendre par des tirs d’enfilade et les Allemands
en firent les frais . Forcés de s’y reprendre à
trois fois, et laissant plus d’une centaine d’homme dans
l’affaire.
Le courageux général Deslaurens y perdait lui aussi la
vie, mousqueton à la main, en galvanisant ses hommes sur la ligne
de feu. Maintenant, les Canadiens devaient passer à l’attaque
dans le mauvais temps d’un automne particulièrement pluvieux
et affronter un ennemi beaucoup plus mordant, et surtout beaucoup mieux
retranchés et armés que les Français de l’an
40. Tout d’abord, ils ont fait sauter plusieurs charges dans la
digue pour y provoquer d’importants cratères. Si ces cratères
ne sont pas assez grands pour rompre tout à fait la digue, ils
sont par contre suffisants pour interdire le passage des chars. Dans
le cadre des travaux du mur de l’Atlantique, plusieurs blockhaus
de béton ont été construits pour interdire le passage
sur la chaussée qu’ils battent de leurs plans de feu. Dans
l’attente d’une attaque frontale, l’infanterie Allemande
a établi tout un réseau de tranchées et de nids
de mitrailleuses sur la rive, de part et d’autre du Sloedam. Enfin,
les défenseurs disposent d’un Sturmgewehr et d’une
pièce du fameux 88mm de flak. C’est contre cette force
bien expérimentée et bien établie que vont venir
buter les Canadiens, sous les constantes averses d’octobre . Et
aussi sous le plafond bas de stratus qui se déroule, poussé
par le puissant vent de la mer , et empêchera souvent le soutien
des Typhoon du 84th Group.
Le commandant de la 2ème.D.I.Canadienne , le général
Keefler, pour accélérer ses troupes avait promis que la
première de ses brigades qui atteindrait et nettoierait l’accès
au Sloedam ne devrait pas pousser plus loin pour s’en emparer,
ni d’établir une tête de pont sur Walcheren. La 4ème.brigade
gagna cette curieuse course.
C’est ainsi que l’ordre peu enviable de conquérir
la fameuse digue-chaussée tomba sur la 5ème brigade.
Le chenal du Sloe était infranchissable par tous les véhicules
disponibles et existant à l’époque.
Le chenal proprement dit, là où restait de l’eau
à marée basse, pouvait bien être franchis par des
LVT Buffaloes, mais ils leur était impossible de négocier
les larges étendues de boue marécageuse qui longeait les
rives proprement dite, donc la terre ferme. Quand aux tanks , n’en
parlons même pas. Les fantassins s’enliseraient et ne pourraient
même pas tenter la traversée en canots d’assaut.
Une conclusion, il était nécessaire de passer le Sloedam
de vive force en attaque frontale… C’est le général
de brigade Megill qui commande la 5ème brigade, celle qui a perdu
la « course ». Il ne veut pas perdre de temps, il espère
que les Allemands seront découragés par la chute assez
rapide et sans trop de difficulté pour les assaillants de l’accès
oriental du Sloedam. A 13.00 heures le 31 octobre, il lance une compagnie
des Black Watch of Canada, régiment d’élite s’il
en est, sur la chaussée. Elle avance lentement non pas à
cause de quelques tirs sporadiques de l’ennemi, mais à
cause des cratères et obstructions qui barrent leur route, et
aussi , bien entendu de la prudence qui s’impose pour ne pas se
mettre dans la vue directe des Allemands.
Tout
va bien jusqu’au moment où la grande coupure que les Allemands
ont pratiqué à environ 75 à 80 mètres de
leurs premiers postes est atteinte. Avec leur expérience de Russie,
les Allemands ont attendu l’attaque avec calme. Ils ont pratiqués
des tirs spasmodiques et dispersés. Ils donnent avec habileté
l’impression d’une défense hétéroclite
et peu sûre d’elle. Puis tout d’un coup, leur tir
infernal se déclenche. Les Canadiens sont tombés en enfer.
A ce moment, il est environ 15.30 heures et ils ne peuvent plus bouger,
tout mouvement entraîne une mort immédiate ! Le barrage
est infranchissable, telle est sa densité. Les Black Watch ne
peuvent plus que se terrer dans la boue en attendant la nuit. La preuve
est maintenant faite que le passage ne sera pas une simple promenade,
il sera très cher. Les fantassins Canadiens sont cloués
dans les trous et les cratères. Ils sont plaqués au sol
entre leurs morts, leurs mourants et leurs blessés. A bout portant
le tir de barrage de l’ennemi est des plus impressionnants. Il
ne reste qu’à attendre la nuit pour tenter de les désenclaver
puis de les relever.
C’est ce que va tenter les Calgary Highlanders, tandis que les
Glasgow Highlanders de la 52.D.I. prendront place derrière eux,
sous le couvert de la nuit , à l’entrée est du Sloedam,
pour une nouvelle tentative de franchissement. Dans l’aube maussade
du jour de la Toussaint, les Calgary Highlanders rampent vers l’avant
avec courage sous le maigre « couvert » du remblais sud
de la digue. La compagnie de tête perd son commandant et ses officiers.
C’est l’Adjudant-Major de la brigade qui se porte volontaire
pour aller les remplacer et y parvient.
Ils parviennent à prendre pied sur l’autre rive, amis pas
à rompre la ligne ennemie. Le crépuscule tombe vers 17.30
heures et une contre attaque les repousse. Le Régiment de Maisonneuve,
manœuvre alors pour les relever et tenter le franchissement avec
l’aide d’un très lourd barrage d’artillerie
bien calculé. Ils reprennent alors pied sur l’autre côté.
Mais encore une fois, l’affaire se limite à une minuscule
tête de pont sans rupture de la ligne allemande !
En fait, une minuscule position défensive plutôt qu’une
tête de pont. C’est ensuite aux Glasgow Highlanders d’aller
les débloquer , il ne reste à ce moment qu’une quarantaine
de survivants dans la « tête de pont ». Tous sera
tenté pour les relever et les sauver, mais l’ennemi reste
intraitable. La bataille tournait en cauchemar, c’était
pire, c’était en réalité l’enfer du
Sloe. le « bras de mer », disons le bras de vase et de roseaux
,s’avérait infranchissable par la digue chaussée.
La
solution du problème allait venir d’ailleurs. Le commandant
de la 2ème divison Ecossaise, le major général
Hakewill Smith avait une autre idée en tête. Pendant les
derniers jours d’octobre il avait étudié de très
près avec ses officiers du génie une série de photos
du Sloe prises à marée basse par les Spitfire PRU*****.
L’histoire ne le dit pas, mais peut-être que sa carte militaire
était un copie de la carte Belge de la région. On y distingue
nettement une sorte de « gué » très étroit.
En tout cas, cette langue de terre semblait aussi apparaître sur
les photos.
Serait-elle assez ferme pour permettre le passage de fantassins lourdement
armés ? Le voulait en avoir le cœur net. Il eut une longue
et orageuse discussion avec le commandant du Corps d’Armée,
Celui-ci n’y croyait pas, mais Hakewill Smith pensait qu’il
fallait prendre la balle au bond, et surtout que ses « montagnards
» étaient assez entraînés pour réussir
le passage si le sol était suffisamment ferme et il reçut
l’accord de son chef, d’assez mauvais gré, il faut
bien le dire. La suite donna raison au commandant de la division. Le
récit du passage en est trop long pour entrer dans le cadre de
cet article et pourrait constituer un article à lui seul éventuellement.
Ce fut difficile, cela coûta aussi bien des vies, dont certaines
par noyade, mais ce ne fut pas aussi rude que les nuits en enfer sur
le Sloedam !
La
traversée commença dans la nuit du 2 au 3. Les soldats
Ecossais suivant les sapeurs de pointe entre deux rubans blancs déroulés
sur le sol. Ces hommes savaient qu’ils affrontaient moins de dangers
que sur la terrible chaussée. Une tête de pont fut établie.
Là aussi les Allemands résistèrent chaudement,
mais ils étaient pris de flanc.
Mais les renforts et les munitions arrivaient maintenant à travers
le Sloe par le nouvel itinéraire, les hommes le savaient, et
les Allemands aussi. La tête de pont pu s’élargir,
les premiers prisonniers furent capturés.
Dans l’après-midi du 4 elle atteignait Groenenburg sur
la droite., et la compagnie de tête commença à nettoyer
les abords du Sloedam à la grenade , à portée de
voix des Glasgow Highlanders… Les Allemands déclarèrent
Arnemuiden, encombrée de réfugiés « ville
ouverte ». Le matin même les premiers dragueurs de mines
avaient embouqué l’Escaut Deux mois s’étaient
écoulés depuis la brillante libération du port
d’Anvers.
Il faudra encore attendre trois semaines de travail acharné et
mortellement dangereux pour que le premier convoi puisse remonter vers
le grand port. Mais ceci est une autre histoire.
****The Causeway of Beveland = la Chaussée
de Beveland, autrement dit le Sloedam.
*****P.R.U. = Photographic Reconnaissance Unit.
( Source : texte ‘’ Les
batteries de Walcheren ‘’ par A. Baldewijns et A. Herman-Lemoine)