Le general Doumenc

Cette rubrique est réservée aux témoins de cette époque...

Le general Doumenc

Messagepar Daniel Laurent » 10 Aoû 2008, 11:17

Bonjour,

Joseph Edouard Aimé Doumenc

Naissance : 16 novembre 1880 Grenoble
Décès : 21 juillet 1948 (à 62 ans) Mont Pelvoux

Image

Fils de Ovide Doumenc, élève à l'École polytechnique entre le 27 septembre 1898 et le 6 septembre 1900 puis élève de l'École d'application de l'Artillerie et du Génie de Fontainebleau, Aimé Doumenc intègre l'École Supérieure de Guerre en 1909. Capitaine à l'état-major du 19e corps d'armée, il sert dans les confins algéro-marocains avant d'être affecté au 60e régiment d'artillerie à Troyes le 19 octobre 1911.

Durant la Première Guerre mondiale, adjoint au directeur du Service automobile puis directeur de ce service en 1917, il se signale comme l'organisateur des transports routiers qui assurent le ravitaillement et la relève au cours de la bataille de Verdun en 1916. Par ailleurs, entre novembre 1916 et mars 1917, il participe, aux cotés du général Estienne, à la création des premiers chars d'assaut. Il est nommé commandant en 1918. Après avoir fait campagne au Maroc en 1925, il prend le commandement de la 1re division d'infanterie puis celui de la 1re région militaire. En 1938, il est nommé au Conseil supérieur de la guerre.

En 1939, promu général d'armée, il est envoyé à Moscou comme chef de la délégation française chargée de négocier un accord militaire avec l'URSS mais la signature du pacte germano-soviétique met un terme à sa mission. A la déclaration de guerre, il prend la tête de la défense anti-aérienne du territoire avant d'occuper le poste de major général au GQG en janvier 1940 et tente notamment d'arrêter les Allemands dans les Ardennes jusqu'a la destruction totale de la 9e Armée. Il quitte le service en 1942. Il se tue accidentellement dans les Alpes en 1948.

La médaille de Grand officier de la Légion d'honneur a été remise au général Doumenc le 14 août 1940 des mains du général Weygand. Il était en outre titulaire, de la Croix de guerre 1914-1918 avec neuf étoiles de bronze, de la Médaille militaire et de plusieurs décorations étrangères.

Bibliographie :

Les transports automobiles sur le front français 1914-1918
1944 et les destinées de la stratégie
Histoire de la neuvième armée (10-18 mai 1940)
Le mémorial de la terre de France (contribution à l'histoire militaire de nos provinces)
Les papiers secrets du général Doumenc de François Delpla, ouvrage édité chez Orban - 1992 (ISBN 2-85565-709-1)

La carrière du général Doumenc vue par François Delpla :

Texte publié dans une plaquette à l’occasion d’une exposition sur la place de l’Hôtel de Ville de Rennes. Exposition et plaquette réalisées par la promotion "général Doumenc" de l’EMCTA de Coëtquidan, le 26 mai 2001

Aux yeux d’un civil, d’un professeur et d’un historien, le général Doumenc apparaît d’abord comme un homme au sens plein du terme, qui exerce très consciencieusement ses fonctions tout en ne se confondant pas avec elles. Il savait respirer, non seulement en gravissant les sommets de ses Alpes natales, mais par ses activités de président d’automobile-club et ses intérêts culturels. Il aimait sa patrie, avant tout, pour la connaître, elle et ses habitants, de milieux très divers. Militaire dans l’âme et par hérédité, artisan au premier chef de la victoire de 1918, on le voit quitter l’armée, pendant trois ans, pour l’industrie, avant de revenir au bercail et d’y faire la rapide carrière qui l’amène aux tout premiers postes juste avant l’épreuve de 1940. Son premier texte connu, écrit à l’âge de treize ans, permet aussi, par un autre biais, d’apprécier sa largeur de vues : il est témoin, lycéen, d’un pogrom xénophobe, une foule grenobloise surexcitée ayant voulu venger sur les travailleurs italiens la mort du président Sadi Carnot sous les coups de leur compatriote Caserio, la veille, à Lyon. Horrifié, il raconte la journée dans une lettre à son père qui montre, une fois pour toutes, que son patriotisme n’est ni chauvin ni aveugle. Nous aurons hélas encore probablement des leçons à tirer, au XXIème siècle, de ce sain réflexe d’un gamin appelé à diriger l’armée française.

C’est au demeurant un bon élève, notamment en mathématiques, ce qui lui vaut d’intégrer Polytechnique. A sa sortie il restera dans l’armée, choisissant l’artillerie, mais demeurera un ingénieur passionné de technique, notamment dans le domaine de l’automobile.

Capitaine, il est en 1914 le commandant en second du service automobile de l’armée, rattaché à l’état-major, et en prend la tête en 1915. Pour résumer son œuvre, mondialement pionnière, et décisive tant à Verdun qu’en 1918, il suffit de citer Ludendorff, disant que la victoire alliée fut avant tout celle " du camion français ".

Ayant coopéré avec Estienne à la mise au point du char d’assaut, il propose en 1926 l’un des tout premiers schémas de division blindée. Si son rôle reste obscur dans les débats des années trente, entre officiers, sur cette question, il n’a certainement pas freiné le mouvement. Devenu major général, subordonné seulement à Gamelin et à Georges, en janvier 1940, il déploie dans la direction de l’armée tout entière le même talent que dans le secteur logistique, lors de la guerre précédente.

Hélas ici l’histoire devient moins rose. Si le mérite principal de l’avancée rapide et ordonnée en Belgique lui revient, il ne fait que se couler dans le piège de Hitler, qui joue le tout pour le tout dans les Ardennes et gagne, enfermant cette magnifique aile marchante. Or, de l’aveu général, Doumenc reste debout comme un Titan dans la tempête, ses supérieurs, civils et militaires, étant démoralisés et surtout soucieux de trouver des boucs émissaires, en France ou à l’étranger. Les rares contre-attaques, tendant à couper de ses bases l’avant-garde blindée allemande en l’attaquant du nord et du sud, sont dues d’abord à son refus de s’avouer vaincu.

C’est au point que lorsqu’en juin les généraux, animés par Weygand, s’entendent pour pousser le gouvernement (peu farouche) vers l’armistice, ils le tiennent à l’écart de leurs conciliabules ! Il restera cependant dans la discipline, la poussant jusqu’à écrire autour du 20 juin 1940 une note justifiant l’armistice... qui ne sera pas utilisée par Weygand, sans doute parce qu’elle s’étend trop sur les raisons techniques de la défaite et pas assez sur les boucs émissaires.

Ces prémisses ne prédisposent pas à une grande carrière sous l’Occupation. Le général, mis à la retraite par Darlan, remâche son chagrin, écrit sur les forteresses des siècles passés... Son décès en 1948, dans un banal accident de montagne, nous prive d’une réflexion aboutie sur le désastre et ses leçons, et avant tout d’une narration précise de la direction de la bataille par l’état-major. L’histoire flottera, au gré des vents idéologiques qui soufflent en rafales dans les livres de mémoires, à commencer par ceux de Gamelin et de Weygand. Le surgissement de ses papiers en 1992 permettra de fixer bien des faits et de renouveler bien des questions. Il est particulièrement heureux qu’une promotion d’officiers contribue à tirer de l’oubli ce nom qui symbolise, mieux que beaucoup d’autres, ce que l’institution militaire produisit de meilleur lors du siècle qui vient de s’achever.

Sources : Wikipedia et Francois Delpla
Cordialement
Daniel
---------------------
Meine Ehre heißt Schrift
Image
Image
Daniel Laurent

Modérateur
Modérateur

Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 2541
Inscription: 13 Mar 2006, 07:29
Localisation: Bangkok, Thailande
  • Imprimer tous les messages de ce sujet


  •  


    • messages en relation
      Réponses
      Vus
      Dernier message
    • Topics récents
      Réponses
      Vus
      Dernier message

    Qui est en ligne

    Utilisateurs parcourant ce forum: Exabot [Bot] et 1 invité