Les Grecs, qui ont tout inventé de l'histoire à la démocratie, auraient quand même pu se dispenser de nous léguer la géographie. Si Anaximandre de Milet n'avait pas eu l'idée saugrenue de dessiner le monde sur une carte au VI° Sicècle avec J.C., Alexandre le Grand n'aurait pas eu l'irrépressible envie de le conquérir, trois siècles plus tard.
Avant la géographie, on ne pensait pas à aller envahir les gens d'à côté puisqu'on ignorait où ils étaient et comment faire pour se rendre chez eux. La géographie, c'est une redoutable source de conflit. La preuve, les peuples pacifiques ne connaissaient pas la géographie.
Les Aborigènes d'Australie, par exemple, n'ont jamais été très portés sur la guerre. Ils vivaient bien pépères avant l'invasion des taulards british qui ont peuplé le continent, décimé ses habitants et imposé les cartes routières. Quand ils se déplaçaient, les Aborigènes, eux, racontaient une histoire. Genre : "Pour aller voir ma copine, je dois franchir le rocher lézard qui veut caresser la lune". C'était quand même plus poétique qu'une carte Michelin. Aujourd'hui, vous mettez un Aborigène dans un 4x4 et il s'emmèle les pinceaux en racontant trop vite son histoire : il oublie des détails et on se retrouve paumé dans le bush.
La géographie c'est le stress ! Et la fin des mystères. Avant les cartes, on ignorait ce qu'il y avait au bout du monde. On pouvait inventer l'ailleurs, le peupler de monstres, de légendes. Les Grecs ont nommé les sommets du lointain Occident : "Atlas". Du nom du titan transformé en montagne après avoir fait de l'oeil à une tête de méduse. Le massif était si haut, qu'on a décrété que le titan supportait le globe. Maintenant, il supporte des cartes.
Quand les atlas géographiques n'existaient pas, le monde entier était une épopée. Si Ulysse avait eu son GPS, l'Odyssée se serait transformée en régate du Dimanche et le Grec serait rentré chez lui à la fin du week-end. Si Christophe Colomb avait eu une mappemonde valable, il aurait compris qu'il pouvait atteindre l'Inde plus rapidement via Le Cap.
Ah, la belle époque de la terra incognita ! La géographie n'a plus aucun charme dès lors qu'elle nous a tout dévoilé. Le monde est à poil et les explorateurs au chômage ! On a trouvé les sources du Nil, les bout des pôles et le passage du Nord-Ouest est en train de dégeler. Même la face cachée de la Lune est cartographiée. Et avec Google Earth, on arrive au stade ultime de cette emprise de la géographie sur notre vie : notre maison est sur la carte de la planète, on peux même vous y voir pisser tranquillement dans vos fleurs !
Avec la géolocalisation sur le Web, on sait où nous sommes et on peut nous proposer des promos dans le magasin du coin ... voir même vous proposer l'escort-girl qui se trouve tout juste à dix kilomètres de chez vous et qui est prête pour quelques malheureux euros à vous faire un "polissage de noeud" à domicile ...
La géographie s'est insinuée dans tous les interstices de notre existence. Nous ne vivons plus sur terre, mais dans une carte à l'échelle 1/1. Au secours ! A force de savoir où nous sommes, on ne sait plus qui on est !
















