Bien triste événement en effet...
Voici un court passage de mon livre : mémoire des sables, page 80. Quand j'ai rédigé ce chapitre, j'ignorai quelle destinée funeste il allait connaître. Mr Debay était un grand reporter de guerre, il avait d'énormes connaissances en armements et matériels, des différentes armées. c'était un journaliste de terrain comme il y en a peu et qui prenais des risques, au plus près des combats (pas comme ceux qu'on voit actuellement à Bamako, revêtus de leurs pare-éclats pour faire plus zone d'insécurité...). C'était un type sympa que je n'ai rencontré qu'une fois mais que je n'oublierai jamais. Il avait baroudé sur les théâtres d'opérations les plus dangereux de notre planète. La Syrie fut le conflit de trop. Qu'il repose en paix...
" Le mardi 2 au matin, les véhicules sont débarqués et forment de longues colonnes sur les quais. Ils ont gardés sévèrement jours et nuits. Alors qu’avec mon équipage, je procède au parage matériel réglementaire de notre blindé, je vois un grand type rôder le long de la colonne. Il ne tarde pas à s’approcher de notre taxi. Habillé d’un gilet de chasse de couleur sable et coiffé d’un stetson militaire américain, il se présente et nous montre sa carte de presse de reporter de « Raid ». Il est très sympathique et c’est le premier journaliste que je croise en territoire saoudien. Ce gars est calé, nous le testons un peu et il apparaît qu’il maîtrise salement son sujet. Il connaît énormément de choses sur l’armée française et sur la 6ème DLB. Bien entendu, il cherche aussi le scoop, il aimerait connaître notre objectif mais nous n'en savons rien encore. Il demande à me parler, à part et me confie qu’il a entendu dire que nous étions dotés du nouvel obus flèche, qu'il nomme "sabot", comme les américains. Il souhaiterait savoir si nous en sommes équipés. Je lui réplique que nous sommes tenus au secret (même si c’est un secret de polichinelle) et qu’un officier s’approche, visiblement intrigué par son manège. Juste avant de s'éloigner il me relance une nouvelle fois :
- « Allez, dîtes-moi, faites-moi juste un signe de tête sous forme de oui ou de non »
Agacé en même temps qu’amusé, j’acquiesce d’un léger mouvement de tête qui ne lui échappe pas. Il nous quitte bientôt, non sans avoir fait cadeau à notre équipage d'un pack de « pepsi » super frais. (Je me suis toujours demandé où il s’était dégotté çà). En me serrant la main, il me dit encore :
- « merci, les gars et bonne chance... Équipés comme vous êtes, vous allez taper du lourd !»(1)
Les informations que l’on nous communique sont imprécises mais nous permettent d’en déduire que la mission sera peut-être longue. Nous savons maintenant que la totalité de l’unité va faire mouvement vers l’Est. Les blindés par porte-chars et les véhicules légers par la route. Un périple d’environ 800 kilomètres nous attend. Nous devons préparer nos blindés en conséquence, mettre en place les élingues métalliques pour l’arrimage, protéger les lunettes chefs d’éventuelles projections de cailloux et percevoir de quoi caler les engins sur la plateforme. Nous devons être autonome par blindé en eau et en vivre pour sept jours de combat. L’équipage déploie donc des trésors d’ingéniosité pour tout embarquer et le bon vieux système « D» à la française fait merveille.
(1) Le journaliste avec qui nous avons discuté, a couvert photographiquement le débarquement de nos véhicules à Yanbu. L’article, signé Yves Debay parut en novembre 1990, dans le numéro 54 du magazine Raids.
Le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.
Albert Einstein