Comme sur un lourd secret de famille, le couvercle a paru retomber sur la tragédie nationale. Mohammed Merah enterré en catimini près de Toulouse - L'Algérie ayant refusé à demi-mots que son corps repose dans la terre paternelle, et la préfecturre de Haute-garonne ayant refusé au Maire de la ville rose, pierre Cohen (qui redoutait un "tourisme macabre") de le transporter au loin - chacun retourne à ses affaires en chantant "République Laïcité".
Cependant, marine Le Pen, qui avait passé un an à "dé diaboliser" son parti en parlant euro et bas salaires plutôt qu'immigration, retourve un souffle en agitant le spectre de l'islamisation. Nicaolas Sarkozy remonte dans les sondages, pas seulement à cause d'une séquence tragique qui l'a aidé à se "re-présidentialiser", mais en brandissant l'étendard anti-djihadisme. Pas un meeting sarkozyste où le secrétaire général de l'UMP, le tonitruant Jean-François Copé, ne se vante d'être l'auteur de la loi anti-burka et n'accuse François Hollande de n'avoir pas voté toutes les lois anti-terroristes, tandis que Rachida Dati, "l'icône de la diversité", fustige les femmes voilées et les prières dans les rues. Pour la première fois, on a vu Alain juppé joindre sa voix à celle de son collègue de l'intérieur, Claude Guéant : pour annoncer que quatre personnalités, invitées cette semaine au Bourget du congrès de l'UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) se verraient refuser l'accès à notre territoire, en raison de leurs appels à la violence.
Tout cela sans provoquer de vives réactions ! Comme si les autres dirigeants de la communauté musulmane, conscients des risques de stigmatisation, s'efforçaient de calmer le jeu, avant les discours tant redoutés du Bourget. C'est le cas du président du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) Mohammed Moussaoui, un mathématicien d'origine marocaine qui a reçu le mois dernier, à l'Elysée, les insignes de la Légion d'Honneur au côté de l’Archevêque de Paris André Ving Trois. Surtout, ne pas ranimer les braises de la guerre d'Algérie dont on commémore ces jours-ci la fin ! Ne pas susciter des vocations d'émules de l'assassin ...
Pourtant, c'est autre chose que le silence qu'on attendait de la part des musulmans qui n'aspirent qu'à vivre en paix en France. Je pense d'abord aux mères de famille : partout dans le Monde, c'est elles qu'on a vues descendre dans la rue en premier pour crier "Halte à la violence !" souvent au risque d'être agressées. Ce risque, je veux croire qu'elles ne l'auraient pas couru dans notre République. Car nous aurions été des millions à marcher avec elles, à dire que nous refusons de voir les esprits de nos enfants déformés par la passion de la violence - qu'elle soit transmise par certains imams, par des jeux vidéos ou par des séries télévisées. Elles auraient eu aussi, ces femmes, le soutien d'intellectuels qui pour la première fois s'interrogent publiquement : Bernard-Henry Levy, qui n'a jamais voulu dénoncer la charia chez ses amis Lybiens, compare aujourd'hui "l'idéologie islamique" à la pire des idéologies françaises. Quant à Malek Chebel, l'auteur du "Dictionnaire amoureux de l'Islam" il lance (dans Le Point) cet appel aux familles françaises se réclamant de l'Islam : "Qu'elles apprennent à poser une hiérarchie claire et sans partage entre l'école et la mosquée, celle-ci étant strictement réservée au partage de la spiritualité et ne devant en aucun cas s'immiscer dans le sanctuaire politique".
Une occasion a été manquée de s'emparer de cette parole ... Pour en faire un message de fraternité.
















