Posté par blindhammerle 2/6/2008 20:55:01 (60 lectures)
George Smith Patton Junior naît le 11 novembre 1885 à San Gabriel en Californie dans une riche famille. Ses parents lui assurent jusqu'à l’âge de 12 ans une éducation fondée sur la littérature, la mythologie, l’histoire et la morale chrétienne. Il intègre une scolarité dite classique en 1897 en étant analphabète mais avec un corps d’athlète très développé. Il intègre West Point en 1904. Il ne s’y fera pas remarquer pour ses qualités intellectuelles mais surtout pour son physique. Il sort de cette prestigieuse école avec la promotion 1909 en tant que sous lieutenant de cavalerie, arme qui deviendra sa favorite et dont il va s’atteler au développement...
Posté par HistoQuizle 1/6/2008 19:08:34 (46 lectures)
Le tribunal de grande instance de Lille a annulé en avril un mariage entre musulmans "pour erreur sur les qualités essentielles" de la conjointe car celle-ci avait menti sur sa virginité.
Le procureur de Lille Philippe Lemaire a déclaré à l'AFP que le jugement était "assez conforme à la jurisprudence classique", insisté sur le fait que les deux époux étaient "d'accord". Le problème de la virginité "focalise un peu le débat, mais, selon ce magistrat, la question ce n'est pas la virginité, c'est la liaison qu'elle a eue avant et qui a été cachée." "C'est le mensonge qui motive la décision du juge", a souligné le procureur Lemaire.
La Chancellerie a affirmé n'avoir "pas le souvenir" d'une annulation pour mensonge sur la virginité, même si les annulations pour mensonges sur "des éléments de personnalité" d'un des conjoints sont loin d'être rares.
Parmi ces "erreurs" figurent essentiellement la découverte après le mariage que le conjoint est divorcé, qu'il a menti sur sa nationalité, qu'il fait l'objet d'une mesure de curatelle ou qu'il n'est pas apte à avoir des relations sexuelles normales.
Cette décision est réellement choquante ! C'est une véritable régression de la laïcité ! Il n'avait qu'à divorcer point final. Je pense qu'il faut revoir d'urgence cette loi.
Autre cas "vécu" qui me choque : mon frère utilise une nounou de temps à autre pour les petits. Elle a 25 ans, Algérienne d'origine et Française. Elle rencontre il y a quelques mois un Egyptien travaillant en France. il l'a demande en mariage elle dit oui. quelques temps avant le mariage, elle apprend qu'il est déjà marié légalement en Egypte. L'imam de la mosquée française acceptait de les marier si le type disait à sa future "épouse" qu'il était déjà marié. Il se sont en final marié à la mosquée mais pas à la mairie. Ce "mariage" est nul et non avenu ! Il n'existe pas Dans tous les pays démocratiques, elle est toujours mademoiselle et n'a aucun droit. Je crois même qu'il est illégal en France de se marier sans passer devant un maire. Je ne sais pas si elle est consciente qu'au yeux de la loi elle est toujours célibataire. D'un certain côté, j'ai pitié d'elle et je la plains...d'un autre côté, je me marre...elle est trop "conne".
Posté par Danielle 9/4/2008 6:40:00 (191 lectures)
Par Renaud (Alias Bigbasketeur) et Daniel Laurent
Qui mieux qu’un Juif pouvait nous aider à raconter l’histoire du Sionisme ? Phénomène politique né au 19éme siècle en réponse à l’antisémitisme latent en Europe, exacerbe par l’antisémitisme mortifére nazi et dont l’actualité, en ce 21éme siècle, reste empreint d’antisémitisme, d’incompréhensions mutuelles et du cortège de violences qui va avec. Ce fut un plaisir de travailler avec Renaud qui s’intéresse de près, et c’est normal, a la terrifiante saga de son peuple.
Daniel Laurent
Le terme « sionisme » fut employé pour la première fois par Nathan Birnbaum, à Vienne, en janvier 1892. Nathan Birnbaum (1864 - 1937) était un Juif viennois. Issu d'une famille originaire de Cracovie, il avait été l'un des fondateurs de l'association étudiante Kadima. Il fut un nationaliste juif, et comprit très vite importance du sionisme politique.
Nathan Birnbaum (1864 - 1937)
Le terme de sionisme vient de Sion, l’une des collines de Jérusalem (Et, de ce fait, synonyme de Jérusalem, symbole de la Terre promise ).
La définition du sionisme est la suivante : Mouvement d’ampleur mondiale dont l’objet fut le retour des Juifs dans leur ancienne patrie. Le sionisme politique se donna plus précisément pour but la constitution d’un Etat juif en Palestine.
Son objet figure dans le programme de Bâle : « Le sionisme s’efforce d’obtenir pour le peuple juif en Palestine un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement [ öffentlich-rechtlich ].»
On trouve un résumé de l’entreprise sioniste dans l'ouvrage de Walter LAQUEUR, Histoire du sionisme, (Introduction ): son livre « traite du destin d’un peuple cruellement éprouvé et de ses tentatives de normaliser sa condition, pour échapper aux persécutions, et pour retrouver une dignité à ses propres yeux et aux yeux du monde. » C'est dire la force de ce souhait de retrouver un Etat qui soit à la fois un gage de sécurité et une source de fierté. En cela, le sionisme procède bien de l'aspiration d’un peuple si éprouvé à trouver sur la terre un refuge, un lieu de paix et d’enracinement. A l’origine de cette situation anormal se trouve l’exil.
La problématique réside donc dans le caractère anormal de la situation du peuple juif. Le fond du problème réside dans cette absence de patrie. Le sionisme s'attachera donc à mettre en oeuvre la renaissance politique du peuple juif.
La situation des Juifs au XIXe siècle :
les conséquences de l’émancipation et les progrès de l’antisémitisme moderne
Il importe de replacer le sionisme dans son contexte. En effet, au XIXe siècle, la situation des Juifs a profondément changé. De nouvelles idées sont apparues, des évolutions sociales se sont dessinées: les problèmes qui se posent sont donc nouveaux. Le sionisme peut être considéré comme une réponse à ces changements de grande ampleur.
1. L’émancipation :
L'émancipation consiste dans l'acquisition, par les Juifs, des droits de citoyens. C'est bel et bien la Révolution française qui marque le début d’une ère nouvelle dans la vie des Juifs. Le principe d’égalité de tous devant la loi est affirmé. On peut alors croire que les massacres, les persécutions et l’ostracisme social vont prendre fin.
L'émancipation juridique fut toutefois lente. Dans le cas français, la base de cette émancipation réside dans l'édit d’émancipation du 27 septembre 1791. Mais, sous Napoléon, fut adopté le «décret infâme » de 1808. Et il fallut attendre 1846, sous la monarchie de Juillet, pour voir la suppression du « more judaico », legs de l’Empire. Ce serment religieux que les Juifs devaient prêter avant de comparaître en justice portait atteinte à l’égalité devant la loi et blessait la liberté de culte.
L'assimilation sociale et culturelle pouvait faire, dès lors, de rapides progrès. Et surtout, les termes de la question juive se trouvent changés.
2. Son corollaire, l’assimilation
- L’assimilation : une solution satisfaisante ?
Le problème général que pose l’assimilation est consécutif à l’émancipation. Il s'agit d'un processus dynamique, source de tensions et de conflits à l’intérieur de la communauté juive. L’émancipation imposa aux Juifs, désormais citoyens à part entière, de réinterpréter le judaïsme en termes de croyances et de pratiques religieuses.
- Des réserves diverses
Une partie des sionistes considèrent que l’émancipation juridique (Qui est d’ailleurs lente, qui n'est pas générale – toutes les communautés juives ne sont pas concernées - et qui n'est pas toujours acquise) ne règle pas tout, que les mentalités n’évoluent pas aussi vite. De plus, l'émancipation ne fait pas pour autant oublier les siècles de persécutions, de discriminations, de violences, toute la période pendant laquelle les Juifs ne faisaient pas partie de la société civile.
Il existe donc un problème identitaire : que deviennent les notions de communauté juive, de peuple juif, dans ce nouveau contexte ? Quelle place accorder à l’identité juive ? Cela engendre une insatisfaction, un malaise. L'assimilation dans les pays occidentaux suppose que l’on fasse sienne la langue et la culture nationales. Dans quelle mesure ce processus peut-il se faire, et jusqu’où peut-il aller ? Comment préserver la spécificité juive ?
- Une question nationale qui n’est pas résolue :
De toute manière, l'émancipation, aux yeux des sionistes, ne règle en rien le problème national. Si les Juifs peuvent devenir des Allemands juifs ou des Français juifs, il n’est nullement question de les reconnaître en tant que nation.
Ahad HA’AM – " un du peuple ", en hébreu -( de son vrai nom Asher GINZBERG ), écrivain et essayiste, s'est fait le héraut du sionisme dit culturel. Envisageant le problème juif en termes moraux, psychologiques et culturels, Ahad HA’AM prônait l’établissement en Palestine d’un centre spirituel et culturel juif, susceptible de régénérer le peuple juif. Ce centre servirait de base au renouveau national, et apporterait un remède à la crise culturelle du peuple juif de la diaspora. Attachant une grande importance aux questions de langue, de culture, de littérature, de diffusion de la connaissance du judaïsme, Ahad HA’AM a exercé une profonde influence sur les dirigeants juifs d’Europe orientale (Haïm Weizmann par exemple ), par son idéal moral de sionisme spirituel.
Haïm Weizmann
Pour Ahad HA’AM, les Juifs occidentaux n’ont pas de culture nationale. Ils se trouvent de ce fait dans une situation de double servitude, intellectuelle et morale.
Ahad HA’AM
Un de ses essais s'intitule justement L’esclavage au sein de la liberté. Autre reproche formulé par Ahad HA’AM, le choix de l’assimilation peut conduire à considérer comme honteux le passé de sa communauté d’origine. En réalité, à ses yeux, les Juifs sont des étrangers, des enfants d’Israël. Ils sont peut-être même les étrangers par excellence, parce qu’ils n’ont pas de patrie à eux.
3 - De violents contrastes entre les différentes communautés :
Le corollaire de l’émancipation fut la constitution d'un clivage, au sein même de la communauté juive, entre ceux qui souhaitaient s’intégrer dans la société environnante ( et qui en ont la possibilité ), qui considèrent l’émancipation comme une alternative à leur mode de vie traditionnel et introverti d’une part , et ceux qui n’en ont pas l’envie ou la possibilité d'autre part.
En découle la différence de situation entre les Juifs d’Europe centrale et orientale d’une part, et les Juifs occidentaux d’autre part.
- Les Juifs d’Europe occidentale :
L'assimilation était, à la fin du XIXe siècle, très avancée chez ces derniers. En plus faible nombre qu’en Europe orientale, plus dispersés, au mode de vie urbain, ils se trouvaient véritablement absorbés dans la société environnante. Il s'était donc opéré une assimilation du point de vue de la langue et des moeurs. Envisageant l’avenir avec confiance, ces Juifs d'Europe occidentale professaient donc un grand optimisme. Leur assimilation était si profonde que la majorité d’entre eux refusaient de percevoir l’antisémitisme autrement que comme un phénomène marginal, individuel, et condamné à disparaître.
Ils n'envisageaient pas, pour les millions de Juifs yiddishophones d'Europe orientale, d'autre destin souhaitable que l'assimilation. Ils rejetèrent donc avec véhémence toute reconnaissance des dimensions nationales ou nationalitaires de l'existence juive. Les Juifs occidentaux entendent devenir des Français, des Allemands, des Anglais; ils ressentent un très fort attachement pour leur patrie. Ils se montrèrent donc d’abord très réticents devant le projet sioniste. On peut citer ce propos de Léon BLUM, tenu en 1950 :
Léon BLUM
« Juif français, né en France, d’une longue suite d’aïeux français, ne parlant que la langue de mon pays, nourri principalement de sa culture, m’étant refusé à la quitter à l’heure même où j’y courais le plus de dangers, je participe de toute mon âme à l’effort admirable – miraculeusement transporté du plan du rêve au plan de la réalité historique – qui assure désormais une patrie digne, égale et libre à tous les juifs qui n’ont pas eu, comme moi, la bonne fortune de la trouver dans leur pays natal ».
Il faut bien se représenter la puissance considérable de l’attrait exercé par les sociétés environnantes, des sociétés allemande et française notamment. Au dernier quart du XIXe siècle, l'Europe occidentale se trouve au sommet de son prestige et de sa puissance. Véritable centre du monde, elle est regardée avec admiration par tous les peuples.
- Les Juifs d’Europe centrale et orientale :
Au contraire, les Juifs d’Europe centrale et orientale n’ont pas d’attirance pour la société qui les entoure. Ils en sont du reste séparés par la géographie, par le mode de vie, par la langue, par la religion. Il ne ressentent donc ni le désir ni le besoin de s’y intégrer, car ils sont parfaitement à l’aise dans la culture yiddish, à laquelle ils sont également très attachés. En Europe centrale et orientale, le sionisme soulève une question nationale, sociale et religieuse. Il existe une irréfragable spécificité du sionisme en Europe orientale.
On relève également nombre de différences sociales entre les Juifs occidentaux et les Juifs orientaux. Quelle condition misérable que celle des Juifs de l’Empire Russe (Lequel comprend alors les pays baltes et une partie de la Pologne ), des Balkans, de la Galicie autrichienne, de la Roumanie ! A l’inverse, les Juifs occidentaux accèdent, eux, à une certaine aisance.
Les Juifs d’Europe centrale et orientale se distinguent aussi par la grande cohésion de leurs communautés, contrairement aux Juifs d’Europe occidentale, qui sont moins nombreux numériquement. Ces communautés assurent un encadrement, constituent une structure à caractère spirituel mais aussi temporel, s'occupant des questions de nourriture, d'éducation, d'assistance sociale, des relations avec les autorités. L'influence prépondérante des rabbins orthodoxes fait que, pour beaucoup, l'assimilation est impensable. Elle est parfois considérée comme une quasi trahison.
En un mot, les Juifs d’Europe centrale et orientale sont d’autant plus attachés à leur identité juive qu’on ne leur offre pas la possibilité d’en avoir une autre.
- Le cas de la Russie :
Les conditions objectives font de la Russie, où résidaient cinq millions de juifs (soit la moitié de la population juive mondiale), un foyer vivant de la pensée pré-sioniste. Contemporains de HERZL, les Amants de Sion, mouvement fondé par des étudiants de Saint-Pétersbourg en 1881, organisèrent des sociétés d’encouragement à l’émigration juive. Les Amants de Sion insistent toutefois davantage sur le «retour à Sion » que sur la création d’un Etat.
De toute façon, l'assimilation s'avérait inenvisageable dans la Russie tsariste et en Roumanie, à cause de la discrimination dont les communautés juives faisaient l’objet. Les Juifs russes furent soumis à un statut spécial jusqu’en 1917. Il n'y eut pas d’émancipation pour eux. Ils étaient confinés dans la zone de résidence (Les régions occidentales de l’Empire russe ), soumise à une juridiction particulière. Des vagues d’expulsions successives les dirigèrent vers cette zone. Les Juifs russes étaient très conscients de la fragilité de leur condition.
S'il exista une brève croyance dans la possibilité d’une assimilation en Russie, très peu de Juifs russes et polonais en eurent vraiment la possibilité, économiquement et linguistiquement. Cet espoir fut vite perdu, notamment après les pogroms de 1871 et de 1881.
Pogrom
4 - L’antisémitisme moderne :
Le terme d’antisémitisme a été forgé en 1873 par un journaliste de Hambourg, Wilhelm Marr, dans un libellé «La Victoire du judaïsme sur le germanisme ». Dans le dernier quart du 19eme siècle, on assiste à l'apparition du nouvel antisémitisme, de nature raciste. S'opère alors le passage de l’antisémitisme religieux à l’antisémitisme racial. Son contenu s’explique par l’émancipation.
L’antisémitisme moderne emprunte nombre de ses éléments à l’antijudaïsme du passé : des éléments religieux, comme l’accusation de déicide, ou des éléments sociologiques, comme l’animosité contre les "manieurs d’argent". Mais il doit ses caractères propres à l’atmosphère historique dans laquelle il est né et s’est développé. Tout d’abord, il fut causé par le fait même de l’émancipation. La dispersion des Juifs dans la société environnante aboutissait à une « visibilité » moindre. Cette ubiquité des Juifs a été ressentie comme une menace pour l’unité et la cohésion des diverses nations. On reproche au Juif son irréductible altérité; ainsi se forge la haine du peuple réputé cosmopolite et apatride.
L'antisémitisme ne permet pas d’échappatoire. Le Juif pouvait échapper à l’antijudaïsme chrétien par la conversion : l’antisémitisme moderne n’autorise plus cela. L'antisémitisme se caractérise également par les formes extrêmes qu’il emprunte: on peut penser, par exemple, aux émeutes anti-juives en Hongrie, en 1882 et 1883, à la suite d’un procès pour accusation de prétendu crime rituel ( Tisza-Eszlar ).
Cet antisémitisme se traduit surtout par les très graves pogromes de 1881, après l'assassinat d’Alexandre II. La Russie connaît une seconde vague de grands pogromes de 1903 à 1905. Ces événements entraînent des vagues d’émigration vers les Etats-Unis. Ainsi, persécutions et antisémitisme contribuent à forger la « conscience nationale » des Juifs, et à leur suggérer le caractère urgent d’une solution, en Europe orientale.
Donc, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la situation des Juifs a profondément changé. Des problèmes nouveaux se posent ; ils n’ont pas encore trouvé de réponse. L'assimilation, très avancée chez Juifs des pays d’Europe occidentale, apparaît comme une solution, malgré les fortes réserves qu’elle suscite chez certains.
L'idée sioniste n’a pu naître que du fait de la conjonction de deux facteurs : l’absence de perspectives pour une part importante de la communauté juive mondiale (Les Juifs d’Europe centrale et orientale ), et l’importance prise concomitamment par le concept de nation. L'émancipation nationale se présente alors comme une solution de substitution à une impossible émancipation individuelle.
- Nation, nationalité, nationalisme :
Le sionisme participe bien de la revendication nationale, même s’il ne saurait s’y réduire. Le sionisme est en effet inséparable de l’épanouissement de l’idée nationale en Europe, processus lui-même consécutif à la «recherche nationalitaire ». Il faut s’interroger sur les points communs et les différences. Car la particularité du mouvement national juif est qu'il n'a pas de base territoriale, ni d’existence étatique depuis plusieurs siècles. Mais en même temps, le sionisme n’est pas différent de tout autre mouvement national contemporain. L'idée est que, puisqu’il y a un peuple juif, distinct des autres peuples, eh bien il faut qu’on lui rende le sol où il vivait jadis et constituait un Etat national.
Le sionisme a, dans une certaine mesure, été dicté aux Juifs par la modernité politique européenne.
- La nation comme source de légitimité politique :
La nation constitue le concept politique par excellence, depuis les Révolutions américaine et française. La nation devient le cadre unique dans lequel les hommes se groupent et se reconnaissent, le ciment de la société, le cadre de référence. De façon concomitante, la nationalité est devenue la norme de la légitimité des unités politiques dans le monde moderne.
On attachera donc beaucoup d'importance au concept de « normalisation » ou de normativité ( ce que doit être une nation ). Il est à l'origine de la volonté des sionistes de faire en sorte que le peuple juif dispose d’une construction politique qui puisse faire de lui une nation similaire aux autres ( même si le peuple juif ne peut être étudié de la même façon qu’une autre communauté nationale ). Et cette normalisation ne peut se faire que dans le cadre d’un Etat-nation souverain. Dans la mesure où la nation devient la norme, le sionisme, en tant que mouvement national, se plie également à cette norme.
- Nationalisme :
Dans toute l’Europe, la tendance est alors au nationalisme. L’affermissement du sentiment national s'opère dans les différents pays européens au cours du XIXe siècle. Tel est le climat général de l’histoire européenne, depuis la Révolution française. Ce mouvement des nationalités est lié aux idées révolutionnaires, au courant romantique et à la redécouverte du passé national. Il sert de toile de fond à l'essor des nationalismes. C'est un phénomène qui touche surtout l’Europe centrale et l’Europe orientale, ainsi que l’Italie (Déclin de l’empire austro-hongrois, contexte de décomposition de l’Empire ottoman ). Ce contexte général de mobilisation nationale, d’«accès à l’Etat» (Gérard Noiriel ) ne peut pas ne pas toucher les Juifs en tant que peuple.
Le nationalisme semble pouvoir être défini comme la volonté d’une collectivité ayant, par suite des circonstances diverses, pris conscience de son individualité historique (Redécouverte du passé glorieux, de la pérennité de la culture nationale ), de créer et de développer son propre État souverain. La nationalité subsiste même lorsque la nation a perdu son autonomie. Ainsi, Ernst Gellner fait entrer le peuple juif dans sa catégorie de «nationalisme de diaspora ». Le sionisme a abouti à ce que l’entité politique juive soit recréée. On relève en lui une dimension émancipatrice, libératrice, qui est inhérente à l’idée de nation.
- Judaïsme et nationalité :
Dans une certaine mesure, le sionisme a aussi été un aboutissement de la politique de renaissance nationale juive au XIXe siècle. Une majorité de Juifs se sont considérés comme membres d’un même peuple, en dépit de la dispersion, en se reconnaissant une ascendance, une foi, une langue et une histoire communes – en un mot, une culture commune -. Tous ces points communs, cette origine commune, sont constitutifs d’une mémoire commune, d’un passé partagé.
On peut, à ce sujet, citer RENAN et sa conférence « Qu’est-ce qu’une nation ? », 1882 :
« Or l'essence d'une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun ».
« Une nation est une âme, un principe spirituel [...], c’est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements; avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple ».
C’est au XIXe siècle, et surtout dans sa dernière partie, que la notion abstraite de «nationalité » devient une réalité concrète. On assiste à la formation du sentiment d’appartenance à une nation.
5 - Herzl et la naissance du sionisme politique :
S’il appartiendra à Theodor HERZL (1860 – 1904 ) de fonder l’organisation qui permettra la mise en pratique du sionisme, ses idées s’inscrivent bel et bien dans une continuité avec d’autres penseurs dont les essais, arrivant peut-être trop tôt, n’eurent que peu d’échos. Ce sont les hommes qu’on a pris coutume d’appeler les «précurseurs du sionisme»: Moïse HESS, Leo PINSKER.
Theodor HERZL ( 1860 – 1904 ) était un Juif hongrois de langue allemande. Essayiste connu, écrivain, auteur dramatique, il devint le héros du mouvement sioniste. Visionnaire, il est entré dans l'histoire en tant que véritable chef du mouvement sioniste, qui en était jusqu’alors dépourvu.
L'ouvrage Der Judenstaat (L'Etat des Juifs ) de HERZL paraît en 1896. Cette parution marque le début du sionisme politique moderne, lequel n’a été au départ que l’une des formes du nationalisme juif moderne. Mais il est le seul à avoir réussi. Dès la préface de son livre, HERZL définit le problème juif comme une question nationale. Il fait également le constat de l’échec de l’assimilation. Pour lui, la constitution d'un Etat juif procède d’un besoin mondial. HERZL était un homme qui avait compris l'anomalie de l’existence des Juifs en Europe et les dangers qu’ils couraient.
HERZL
HERZL s’est entièrement consacré à son mouvement, notamment du point de vue diplomatique. On relève en effet un souci constant, chez HERZL , d’obtenir pour le nouvel Etat une base juridique reconnue internationalement. En effet, le processus de construction nationale ne débuterait même pas sans le phénomène de reconnaissance extérieure. La nation, et à plus forte raison l’État qui la soutient, ne se développeraient pas sans l’accord des autres. La recherche de la reconnaissance a toujours constitué le principal souci des leaders « nationalitaires ». Ceci est un point commun important entre le sionisme et les autres mouvements nationaux.
Les idées de HERZL n'étaient pas nouvelles, mais il est le seul à avoir mis en place un mouvement politique d’importance mondiale. HERZL lui a donné une audience internationale. En cela, son oeuvre est immense: le sionisme en tant mouvement politique véritable, et en tant que force internationale, est sa réalisation.
La situation des Juifs d’Europe évolue donc au XIXe siècle, mais de façon inégale. L'émancipation ne vaut que pour les Juifs d’Europe occidentale. Le judaïsme d’Europe orientale a été confronté à des problèmes tout autres.
La nécessité de trouver une solution à question juive a entraîné la naissance d’un courant d’idées que l’on a appelé le sionisme. Ce dernier se fonde sur le constat que les options proposée en Europe ne sont pas satisfaisantes, pour différentes raisons, et qu’il faut explorer de nouvelles voies. Domine le sentiment confus que la diaspora se trouve le dos au mur.
Mais, jusqu’à la Première guerre mondiale, - et on ne saurait trop insister là-dessus - l'option sioniste est restée l’affaire d’une petite minorité de Juifs. Bien d'autres options étaient avancées : l'émigration, l'autonomie sur place (Dubnov ), etc. Il faut donc prendre garde à ne pas tomber dans le piège de la lecture rétrospective de l’histoire, évoqué par Bergson dans «La pensée et le mouvant ». Nous avons une tendance naturelle à découper dans le passé les événements, les idées qui se sont réalisés effectivement, et à négliger le reste. On cherche toujours dans l’histoire les faits qui pourraient éclairer notre présent à nous. Cette considération du passé à travers le prisme du présent doit être évitée. Et, en plus du fait que le sionisme était loin d'être unanimement accepté, il existait de très violents conflits au sein de l’ensemble des penseurs juifs, prenant la forme de désaccords, d'interprétations différentes des buts et de la signification du renouveau national.
L'apparition du sionisme a ébranlé la cohésion des communautés juives. Il a déclenché un conflit entre religieux et laïcs (Hantise de la déjudaïsation ). Il a été à l'origine de querelles sur les moyens d’assurer la cohésion et la continuité de la vie juive. En un sens, on peut dire que le vrai débat a trait à l’identité juive.
Puis vint le nazisme et le judéocide… D’idée minoritaire et polémique, le sionisme devint, dans les cendres de camps d’exterminations, une idée majoritaire au niveau des survivants.
Fuir, fuir, cette Europe meurtrière et se bâtir une zone de sécurité.
L’essentiel de l’idée sioniste apparaît dans la Déclaration d’Indépendance de l’état d’Israël (14 mai 1948) qui stipule, entre autres, que :
« Le Pays d’Israël est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forgea son identité spirituelle, religieuse et politique. C’est là qu’il acquit son indépendance et créa des valeurs culturelles d’une portée à la fois nationale et universelle. C’est là qu’il fit don au monde entier de l’éternel Livre des Livres.
Contraint à l’exil, le peuple juif est resté fidèle à la terre d’Israël dans tous les pays où il s’est trouvé dispersé, ne cessant jamais de prier et d’espérer y revenir pour rétablir sa liberté nationale. »
Au-dessus des graves problèmes auxquels l’état d’Israël et les Palestiniens doivent faire face, une ombre plane, celle d’Adolf Hitler.
Posté par Danielle 30/3/2008 11:42:08 (86 lectures)
Chronique de Roland Pfefferkorn
Un sous-préfet a été limogé pour avoir publié mi-mars sur un site internet, Oumma.com, une tribune intitulée « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU ». Bruno Guigue répondait à une autre tribune publiée peu de temps auparavant par Le Monde dans laquelle ses auteurs s’en prenaient au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.
La tribune de Bruno Guigue a été considérée par sa hiérarchie comme « violemment anti-israélienne ». Cependant si le propos peut être qualifié de « violent », ce n’est en aucun cas au sens d’un appel à la violence physique contre des personnes, mais au sens d’une critique virulente, ciblant des actes objectivement odieux (bombardements, torture). Par ailleurs si le propos est effectivement « anti-israélien », ce n’est pas le peuple israélien dans sa globalité qui est visé, mais un État et la politique qu’il mène.
Qu’on en juge. Les phrases reprises en boucle qu’on lui reproche sont celles-ci : « À propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition (…) Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. » La sanction qui vise le sous-préfet de Saintes vise une expression politique légitime, que la Constitution est censée protéger. Les libertés individuelles sont gravement mises en cause. Cette sanction prend tout son relief quand on la rapporte aux déclarations publiques « anti-palestiniennes » du député UMP Claude Goasguen, faites le 11 mars 2008 : « Comment vous dire la honte qui nous parcourt quelquefois, lorsque nous savons qu’à Sdérot, où j’étais la semaine dernière, on subit, quotidiennement, les agressions d’un peuple sauvage, de terroristes épouvantables ! » Contrairement aux propos « anti-israéliens » de Bruno Guigue, cette diatribe « anti-palestinienne » ne vise pas seulement un ou plusieurs actes précis, mais, au-delà, tout un ensemble de personnes qui ne sont pas partie prenante de ces actes. Elle stigmatise tout un peuple, le peuple palestinien, qui plus est, qualifié de « sauvage ». Là où le propos « anti-israélien » de Bruno Guigue relève du droit à la critique d’un État et d’une politique, le propos « anti-palestinien » de Goasguen relève de la provocation à la haine raciale, passible de poursuites devant les tribunaux. Sans doute Bruno Guigue était, en tant que haut fonctionnaire, tenu au devoir de réserve, auquel Claude Goasguen ne saurait être tenu puisqu’il est un homme politique.
Mais d’une part il faudrait vérifier si, par le passé, on a déjà été aussi regardant quant aux « manquements au devoir de réserve » de la part de sous-préfets, et le cas échéant, si les autres sous-préfets fautifs ont été sanctionnés aussi durement.
D’autre part Bruno Guigue ne s’est à aucun moment prononcé en qualité de sous-préfet, il a pris position en tant que citoyen sur une question de politique étrangère, et ce d’autant plus que c’est un intellectuel spécialiste de la question évoquée, auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur le sujet.
Il a manifestement été sanctionné et limogé par la Ministre de l’Intérieur, sans autre forme de procès, sur pression de groupes défendant les intérêts d’un Etat étranger.
Claude Goasguen, député UMP, chargé de conférences à HEC et avocat à la Cour d’appel de Paris, a tenu des propos racistes. Deux semaines après les faits, aucun scandale, aucune sanction : ni à l’Assemblée nationale, ni à HEC, ni à la Cour d’Appel de Paris, ni dans la « grande presse ». Même les partis de gauche n’ont pas jugé utile de porter l’affaire sur la place publique. Pas même un communiqué des associations antiracistes : ni SOS Racisme, ni la LICRA, ni le MRAP n’ont protesté.
Posté par HistoQuizle 29/3/2008 16:07:17 (152 lectures)
Une Jeune Mère dans la tourmente Par Roco
En octobre 1940, devant la pénurie de produits alimentaires et d'objets manufacturés, le Gouvernement de Vichy mit en place un système de restrictions et de rationnement des denrées. Destiné à la seule période l'Occupation, il perdura cependant jusqu'à la fin de l'année 1949 pour la France. Pour toutes les familles françaises commença alors une véritable lutte quotidienne pour simplement trouver de quoi se nourrir. Pour compenser les manques en aliments de base, les mères de famille mirent en place, à plusieurs ou de façon isolée, un véritable système D (comme Débrouille). Voici l'histoire d'Antoinette, l'une de ces Mères Courage, illustration tragique et emblématique de la difficulté de survivre pendant la guerre et bien après.
Antoinette en 1940
Ma Mère était le dixième enfant d’une famille nombreuse et avait perdu sa mère à l’âge de 9 ans. Pour toute instruction, elle avait son certificat d’étude et dès 14 ans, elle était allée travailler à l’usine de tissage où elle nettoyait les métiers à tisser. A 18 ans, « pistonnée » par le curé du village, elle entra au service d'une famille bourgeoise de tisseurs de St Clair de la Tour, près de La Tour du Pin, pour y exercer la charge de femme de ménage. Elle eut la chance de travailler avec une vieille domestique qui la prit sous son aile et lui enseigna la manière de faire une bonne cuisine… au beurre, de savoir faire le repassage, le raccommodage et tous les travaux ménagers…ce qui lui servit bien plus tard.
Au premier plan, la tante Lène tient la main de Roco et son petit frère est sur les genoux d'Antoinette. Derrière, un jeune cousin de Lyon venu profiter du bon air de la campagne et échapper aux restrictions alimentaires
A la veille de la guerre, elle avait 23 ans, et le 30 août 1939 elle me mit au monde. Le 4 septembre, mon Père était mobilisé comme sergent au 97 ème R I A.
Au sortir de ses « couches », elle quitta sa maison et alla vivre quelques mois chez ma grand-mère paternelle dans un petit village distant de 5 km. Une fois rétablie, elle redescendit dans notre maison où une vielle tante, sa marraine, occupait une pièce.
Là, sans revenu, il lui fallut travailler pour subvenir aux besoins de la petite famille car la pension d'Etat à laquelle elle avait droit, en tant que mère d’un enfant et épouse d’un mari à la guerre, était dérisoire - comme toutes les pensions de l'Etat - et ne permettait pas même de survivre. Les membres de la famille lui donnaient bien de temps en temps un billet, mais cela ne remplaçait pas la paye du mari, qui bon menuisier de son métier, gagnait à l’époque convenablement sa vie et pouvait faire vivre une famille.
En juin 1940 eu lieu l’attaque allemande dans la région où son mari était cantonné. Elle ne reçut plus de nouvelles à partir du 4 juin et fut fort inquiète, supposant le pire mais gardant toujours l'espoir de le savoir prisonnier. Enceinte de mon frère, elle ne pouvait pas penser que la vie de famille s’arrêterait si vite. Elle travaillait dur pour élever deux enfants, car entre-temps, mon frère était venu me rejoindre, le destin pensant sans doute qu’il valait mieux être deux pour affronter une vie d’orphelin !!!!
Antoinette avec Brunette, l'une des deux chèvres de la maison. 1944
Désormais, elle ne pouvait compter que sur elle seule pour faire « bouillir la marmite » et élever du mieux possible les deux « marmots » que nous étions. Commença alors pour cette jeune femme une vie de calvaire, une vie de forçat toute dédiée au travail.
Nous avions une maison assez grande avec des dépendances granges, écurie et remise. Ma mère entreprit de ses mains de transformer la grande écurie en poulailler, en écurie à chèvres et en une écurie à cochon. Un coin fut réservé aux clapiers faits dans des caisses en bois dont une partie fut grillagée. Elle acheta deux « cabris » (chevreaux), un petit cochon et des poules, et mit à couver des œufs d’oies et de canards si bien qu’en peu de temps, nous avions œufs, volailles et lapins à consommer sans dépenser un sou.
« Au dos d’un calendrier le menu de la semaine qui se répétait d'une semaine à l'autre »
Quant à nous, malgré les temps durs nous avons, grâce à notre Mère, toujours mangé à notre faim, ce qui ne fut pas toujours le cas pour elle : lorsqu’il y avait peu, elle prétendait qu’elle n’avait pas faim et se privait pour nous.
J’ai retrouvé au dos d’un calendrier le menu de la semaine qui se répétait d’une semaine à l’autre :
Le Maréchal Pétain figure encore en bonne place sur l'Almanach des P & T de 1941
Les canards et les oies profitaient de la rivière qui passait le long du jardin et engraissaient facilement. Les œufs des oies et de canards, bien plus gros que ceux des poules, servaient à la consommation et ma mère échangeait quelques œufs de poule contre d’autres denrées ou les conservait dans des grands pots de terre remplis de silicate de soude, en prévision de la période où, chaque année, les poules s'arrêtent de pondre. Il fallait anticiper sur le cours de la vie !!!
A l’époque c’était encore les restrictions. Mises en place depuis octobre 1940, elles durèrent jusqu'au début des années 50. Toutes les denrées courantes étaient délivrées contre des tickets de rationnement qu’on obtenait après avoir fait une déclaration officielle qui définissait les droits d’attribution en fonction de la composition de la famille.
J’ouvre ici une parenthèse dans mon récit pour que vous compreniez ce qu’était la gestion de ces fameux tickets de restrictions :
Chaque famille possédait un carnet dans lequel on rangeait les tickets de rationnement, ces carnets étaient aussi précieux qu’un portefeuille, et tout le monde en prenait grand soin.
Les tickets visaient à répartir d’une manière équitable les produits de première nécessité entre tous, bien entendu ils ne permettaient pas d’avoir les produits gratuitement, il fallait chaque fois payer les denrées en monnaie sonnante et trébuchante, et si on n’avait pas d’argent, il fallait alors monnayer les tickets peu employés contre quelques billets ou pièces de monnaie. Celui qui avait dans son jardin des pommes de terre n’avait pas besoin de ses tickets et les vendait ou les échangeait contre une autre denrée.
Les carnets de tickets avaient une validité de six mois. Ils devaient obligatoirement porter le tampon de la ville du domicile. Tous les achats particuliers étaient notés au dos des carnets : textiles, charbon etc. ainsi que le cachet de l'épicier attitré. Les commerçants devaient chaque mois faire l'inventaire des tickets reçus de leurs clients pour pouvoir se réapprovisionner auprès de leurs fournisseurs. Des fermetures étaient imposées, principalement aux bouchers charcutiers des villes dépassant leur quota d'abattage, pour s'assurer que les quantités vendues correspondent aux bons de réapprovisionnement.
Pour le pain, le système des tickets perdura jusqu'en 1949. Ce pain était constitué de farines de maïs, fève, seigle ou orge auquel on ajoutait des brisures de riz. La couleur des tickets variait en fonction du produit : violet pour le beurre, rouge pour le sucre, brun pour la viande, vert pour le thé ou le café. Pendant cette période, certaines personnes firent fortune en pratiquant le marché noir : plus le produit était rare, plus le prix était élevé. (voir encadré ci-dessous)
Ces tickets étaient distribués chaque mois dans les mairies et certaines périodes, vu la pénurie des produits, les attributions n’étaient pas honorées. Il fallait alors se débrouiller autrement pour pouvoir manger, et c’est là que troc et le marché noir battaient leur plein. Pour notre Mère, la monnaie d’échange était son Travail et Dieu sait si elle travaillait, ses semaines ne faisaient pas 35 heures, car ses journées étaient toutes de 12 à 14 heures !!!
Des gens du gouvernement de Vichy étaient venus voir ma Mère, lui disant que le maréchal [Pétain] ne laisserait pas tomber les femmes des soldats tués à la guerre si elles adhéraient, moyennant une cotisation annuelle à la « Légion Française des Combattants ». Cela pourrait lui permettre d’être prioritaire pour l’obtention de tickets supplémentaires. Ils lui présentèrent si bien les choses que, naïve et crédule, ma Mère qui n’avait rien et avait besoin de tout signa et paya. Elle n’eut jamais autre chose que ses droits aussi l’année suivante envoya-t-elle vertement courir ceux qui étaient chargés de récupérer les cotisations.
« … deux poêles à sciure faits dans deux bidons en tôle...»
La chaudière
Lorsqu’en 1945 les premiers prisonniers de guerre rentrèrent de captivité, dès que l'un d'eux arrivait au village ou aux alentours, nous leur rendions visite en quête de renseignements pour savoir s’ils n’avaient pas entendu parler de mon Père. Hélas la réponse était toujours négative. … jusqu’aux derniers jours de 1945 où le Maire du village la fit appeler pour lui annoncer ce dont elle se doutait mais ne voulait pas croire : son mari avait été tué le 5 juin 1940. Il lui remit une petite boîte de bois blanc dans laquelle étaient rassemblées ses affaires de poche.
Ma Mère n’ouvrit pas tout de suite la boîte. Elle attendit d’être dans l’intimité de notre maison. Elle pleura en découvrant son porte-monnaie taché de son sang sec, son briquet, un peu d’argent, son ouvre-boîte…
La boîte envoyée par l'armée contenait les effets personnels de mon père : un briquet en forme d'obus, un ouvre boite, un insigne des bataillons de forteresse, 2 billets de 5 fr, 1 billet de 10 fr, quelques pièces de monnaie, son porte-monnaie tâché de son sang et de boue de champagne. La médaille militaire et la croix de guerre que mon père a eu à titre posthume m'ont été remise lorsque j'étais enfant.
N’ayant pas connu notre Père, donc n’ayant aucun souvenir de lui, nous n’avions pas de peine, car lorsqu’on n'a pas ou peu connu son Père, la peine est moins grande que celle des enfants qui gardent des souvenirs des bons moments passés avec lui. Notre peine était de voir pleurer notre Mère, chose que nous n’avions jamais vue et qui nous marqua encore plus.
Tout était bon pour que nous puissions vivre correctement. Le lait des deux chèvres mélangé à du lait de vache, que ma mère avait eu soin de laisser décanter une nuit dans une grande jatte plate pour récupérer la crème et faire du beurre au bout de quelques jours, cette crème servait à faire des « tommes » ces fromages du Dauphiné.
Lessives, raccommodage, couture, ménage, nettoyage des écoles en fin d’années, dîner de mariage, plumage des oies et canards, ces corvées que les fermières ne voulaient pas faire, ma Mère les prenaient et se faisait payer grassement si l’on peut dire.
A la campagne, durant cette période, repas de communion et de mariage se faisaient à la maison. On embauchait pour ce faire de bonnes cuisinières connues qui savaient faire à manger pour une trentaine de personnes sans problème, la maison fournissant tous les ingrédients. Ma mère faisait équipe avec une dame bien plus âgée qu’elle qui avait, je crois, tenu dans le temps un « bistrot » où elle servait quelques repas. Les banquets campagnards tournaient à l’époque autour de menus typiques que l’on retrouvait toujours d’une ferme à l’autre et qui utilisaient charcuterie de la maison, jambon chaud cuit au foin, volailles (canards, oies, poulets) qu’on avait engraissées pour l’occasion, servis avec les légumes du moment ou des portions de gratin dauphinois à la crème. Au dessert, il y avait toujours la « pogne », une grosse brioche ronde du pays, accompagnant des îles flottantes (aussi appelées « œufs à la neige ») ou alors d’immenses plats de mousse au chocolat. Les fruits de saison finissaient le repas avant qu’on serve le café et les liqueurs. Malgré les restrictions, la boisson était bien présente et donnait de joyeuses fins de repas.
En plus de leur rémunération, il y avait une quête pour les cuisinières qui bien souvent permettait de doubler leur salaire.
C’est ainsi qu’avec mon frère nous avons participé à de nombreuses fêtes de famille où nous dégustions dans un coin de la cuisine un bon repas et nous endormions dans une pièce jusqu’à ce que notre mère nous récupère tard le soir pour regagner notre maison.
Les lessives, le repassage et le raccommodage du linge des gens prenaient deux à trois jours par semaine. Le jeudi, jour ou il n’y avait pas école et où nous restions à la maison, était jour de lessive : toute la journée les lessiveuses étaient mises à bouillir sur deux poêles à sciure faits dans deux bidons en tôle dans lesquels, autour d’un rondin de bois central de 12 à 15 cm de diamètre, on bourrait le plein bidon de sciure légèrement humide pour faciliter la tenue de la cheminée et pour qu’elle ne se consume pas trop vite, au fond du bidon, un autre rondin à l’horizontal de même diamètre se raccordait à celui du centre. Une fois la sciure bourrée, on enlevait les rondins et le vide ainsi créé servait de cheminée. On enflammait alors un journal dans le trou inférieur, activé par un coup de soufflet et le tour était joué, la sciure se consumait et donnait les calories nécessaires à la chauffe de l’eau de la lessiveuse.
« … nous nous sommes souvent endormis au son de la machine à coudre SINGER dont ma mère actionnait le mécanisme à pédale avec ses pieds… » Antoinette en 1945. Déjà une vieille femme…
Par la suite un cousin fit avoir à ma mère pour un prix raisonnable une chaudière avec un bac à eau en fonte de 150 litres incorporé à un foyer, le tout relié à une cheminée. A partir de ce moment là, les lessives furent beaucoup plus faciles. Le linge était descendu et rincé à la rivière qui coulait au fond du jardin.
Le séchage se faisait sur des fils de fer tendus dans la cour. Le linge des différentes familles ne devait pas être mélangé et les zones d’étendage étaient repérées par une pince à linge de couleur. Une fois lavé, raccommodé et repassé, le linge était remis dans la corbeille en osier qui avait servi à l’amener à la maison, ma mère joignait sa note et inscrivait sur un carnet la valeur de son travail, indication qu'elle gardait jusqu’à ce qu’elle soit payée.
Le repassage et le raccommodage se faisaient tard le soir et nous nous sommes souvent endormis au son de la machine à coudre SINGER dont ma mère actionnait le mécanisme à pédale avec ses pieds. L’été, elle la sortait sur le trottoir dehors devant la porte de la salle, et piquait jusqu’à ce que la nuit la fasse arrêter.
Roco et son frère en 1945
Les jours d’école, notre Mère profitait de notre absence pour aller faire des ménages dans différentes maisons, dans des fermes mais aussi dans les deux moulins à farine du village. Nous aimions bien ces journées car nous mangions dans ces maisons où rien ne manquait. Souvent, chez les meuniers, ma Mère faisait des pâtes pour leur famille, ils avaient tous des machines pour faire ce genre de produit. Bien sûr, le soir en rentrant à la maison, ma Mère ramenait des pâtes que les patrons lui donnaient.
Nous avons toujours été - et je le suis toujours - reconnaissants à l'égard de ces familles qui nous ont fait du bien lorsque nous manquions de presque tout … sauf de l’amour de notre Mère.
Les samedis et dimanches étaient réservés à la vie de famille. Nous allions tous les trois récupérer différents produits, du bois mort pour la chaudière, des glands pour le cochon, des épis que nous glanions après les moissons ou alors nous allions à notre propre terrain récolter quelques légumes pour nous ou des feuilles de betteraves pour la pâtée du cochon et des oies. Nous avions pour cela une petite carriole qu’un cousin charron avait confectionnée gratuitement pour ma Mère. Nous emmenions avec nous les deux chèvres attachées à la voiture pour éviter qu’elles ne s’égarent. Arrivé sur place nous les attachions à un buisson à l’aide d’une grande corde et elles broutaient tout l’après midi à s’éclater la panse !!!
Le samedi soir, été comme hiver, était la soirée de la toilette. L’hiver, ma Mère « poussait » le feu pour que nous n’ayons pas froid, et la cuisine devenait une véritable étuve. Un grand baquet en bois servait de baignoire et, nus comme des vers, mon frère et moi étions décrassés de la tête aux pieds. Une friction à l’eau de Cologne finissait la toilette et en chemise de nuit nous allions nous coucher dans notre lit bien chaud où deux grosses pierres sorties du four et pliées dans de grands torchons avaient joué le rôle de bouillottes !!!
Il faut dire que le reste de la semaine nous n’avions droit le matin qu’à un coup de gant de toilette sur le « museau » et un coup de peigne dans les cheveux. Les maisons ayant une douche étaient rares, même très très rares !!! Pour nous le problème ne se serait pas posé étant donné que nous n’avions pas l’eau courante. Elle coulait à la fontaine publique qui se trouvait dans un angle de notre cour et nous pouvions également tirer l’eau d’un puits équipé d’une pompe manuelle. Ce puits appartenait à plusieurs personnes qui avaient payé pour son installation. La vieille tante, qui nous avait quittés en 1944 et dont ma Mère avait hérité tous les biens et droits, faisait partie des gens qui avaient payé cette installation.
Un petit local que nous appelions l’évier avait une pierre d’évier en ciment. Le tuyau d’évacuation traversait le mur et l’eau coulait et se noyait entre les pierres d’un « puits perdu ». Ce puits n’était rien autre qu’un trou de 2m sur 2m également profond de 2m rempli de gros cailloux et l’eau s’y perdait et, par infiltration, rejoignait la rivière. Deux seaux pleins étaient en permanence en réserve et une louche était accrochée au-dessus, ce qui nous permettait de puiser dedans lorsque nous voulions boire.
Lorsque ma Mère faisait la vaisselle, la première eau grasse n’était pas jetée mais conservée pour préparer la pâtée du cochon, laquelle, avec des pommes de terre et un peu de son, quelques feuilles de betteraves ou une casserole de glands faisait grogner de plaisir le goret qui chaque année autour du 15 décembre finissait sa vie au saloir et en saucissons, en attendant la foire de février où un autre pensionnaire prenait la place laissée libre !!!
Ma Mère étant très pieuse, la messe du dimanche était de rigueur et avec nos chaussettes blanches, toujours très proprement habillés, nous prenions notre mal en patience, trouvant le temps bien long en ces lieux où il ne fallait pas bouger une « oreille » au risque de prendre une paire de claques devant tout le monde !!! Le dimanche après-midi, suivant le temps, nous allions nous promener ou rendre visite à la famille. L’hiver nous faisions d’interminables parties de petits chevaux et jouions à Mistigri avec un vieux jeu aux cartes délavées.
La semaine venait de s’écouler et sur le même rythme une autre allait se dérouler, usant les forces de notre Mère qui se donnait à fond pour que nous ne nous sentions pas malheureux… Nous étions au contraire heureux d’être avec Elle et de bénéficier de tant d’amour.
Ma Mère ayant souffert de plusieurs phlébites, le médecin de famille - qui venait de perdre son employée de maison - lui proposa de la prendre à son service. Après bien des hésitations, elle accepta en pensant que sa santé était primordiale pour ses enfants qui n’avaient pas besoin d’être orphelins de père…et de Mère.
Les bêtes furent vendues et loin de notre maison nous partîmes tous. Elle faisait la cuisine, le ménage recevait les clients, et fut considérée comme un membre à part entière de la famille du Docteur. La vie changea beaucoup pour elle, bien plus agréable, moins fatigante et plus sûre pécuniairement.
Pour mon frère et moi, la vie changea aussi beaucoup… car nous partîmes pour l’orphelinat de Thodure, une bâtisse tenue par des religieuses, perdue dans les bois à la limite du terrain militaire de Chambaran.
Là, commença une vie pas comme les autres… j’avais 7 ans, mon frère 5…
J’aurais tant voulu mon Père Toi qui nous a fait naître Comme l’aurait voulu mon frère Un peu mieux te connaître Quand tu es parti Je n’ai pas pleuré J’étais si petit J’étais un Bébé Plus tard tu m’as bien manqué Et je t’ai cherché J’aurais tant aimé Aimé te trouver. J’aurais tant aimé Me souvenir des histoires Que tu m’aurais dit les soirs Pour m’endormir dans le noir J’aurais tant voulu Lors de promenades faites avec toi Connaître la nature, découvrir les bois J’aurais tant voulu Que tu m’apprennes à faire du vélo Puis par la suite cramponné à toi Que tu me fasses faire un tour d’ta moto J’aurais tant aimé J’aurais tant voulu Me souvenir de ton visage, de ton sourire Du son de ta voix De connaître tes choix De partager tes joies J’aurais tant voulu Qu’une fois Grand-parent Tu connaisses la joie De profiter comme moi De tes p’tits enfants Tu aurais tant aimé. Je n’ai presque rien hélas de toi Des lettres à ma Mère, des photos de toi Dans une boite de bois blanc Les seuls souvenirs de toi me restant Sont mes reliques, mon trésor à moi Quelques billets et pièces de monnaies Souillé de ton sang, ton porte-monnaie Un ouvre boite rouillé et puis ton briquet Deux médailles militaires Dont ta croix de guerre Cette guerre qui a tout gâché Cette guerre qui a tout cassé Qui a brisé ton cœur Tué notre bonheur J’aurais tant voulu Comme tous mes copains Me souvenir des p’tits câlins Que font les Papa lorsqu’ils se reposent, Avec leurs gamins les dimanches matins J’aurais tant voulu… Encore beaucoup de choses J’aurais voulu contempler tes yeux Le bleu de tes yeux, couleur des cieux J’aurai voulu t’avoir vieux A côté de moi Pour parler de nous, pour parler de toi Pourquoi le Bon Dieu Ne l’a pas voulu ? J’ai beaucoup de peine, On n’a pas eu de veine J’aurai tant voulu Ma main dans ta main Faire avec toi un bout du chemin J’aurais tant aimé Tu aurais tant voulu…..
Feurs le 10 octobre 2002
ROCO (Né le 30/08/1939)
En mémoire de mon Père parti à la guerre le 3 Septembre 1939 tué le 5 juin 1940 à 26 ans.
Posté par laverdurele 16/1/2008 10:18:05 (353 lectures)
Mon activité professionnelle m'a amenée à m'entretenir pendant des années avec des déportés et avec leurs descendants. En 1984, j'ai fait la rencontre d'Anatole LILENSTEIN, torturé et déporté à Auschwitz en 1943 par Klaus BARBIE. Outre son témoignage sur le traitement réservé à ses victimes par le bourreau de Lyon, Nat m'a fait de nombreuses confidences sur les pensées qui avaient été les siennes lors de sa libération. Ayant eu l'immense chance et le privilège de recueillir ses souvenirs au fil des ans, il me revient d'apporter ici quelques réflexions issues de ces entretiens et d'aborder la question des poursuites judiciaires contre les criminels de guerre du point de vue des victimes.
On ne peut évoquer la traque des anciens criminels nazis et les poursuites judiciaires intentées à leur encontre sans que resurgissent régulièrement les mêmes arguments :
- Quelle est l'utilité de les juger plus de 60 après les faits, d'autant que les témoins et les victimes ont disparu la plupart du temps ?
- A quoi sert de mettre en prison des personnes âgées qui n'ont plus beaucoup de temps à vivre ?
Au-delà du bien fondé (ou non) de tels arguments et de l'aspect purement juridique, rappelons que les crimes contre l'humanité ont un caractère imprescriptible. Si le législateur en a décidé ainsi, c'est notamment pour que ces procès puissent avoir fonction d'exemplarité, non seulement au moment des faits, mais aussi pour la postérité.
Néanmoins, outre un légitime besoin de justice, au moins trois aspects justifient, plus de 60 ans après les faits, d'amener les criminels contre l'humanité devant les tribunaux :
1. le soulagement moral des victimes 2. la prise en compte des crimes par la société
3. l'héritage historique
1. LA SOLITUDE DES VICTIMES :
Si l'on étudie abondamment les bourreaux, leurs motivations ainsi que leurs crimes, leurs victimes sont souvent considérées dans leur immense masse anonyme comme des martyrs sacrifiés par le régime nazi. Elles suscitent compassion, contrition et devoir de mémoire mais, ne pouvant malheureusement pas être ramenées à la vie, elles deviennent des témoins muets à jamais.
Les trop rares survivants et les descendants de déportés se retrouvent seuls dépositaires d'une mémoire familiale accablante. Les premiers doivent, pour raconter ce qui s'est passé, replonger au cœur de l'horreur. Certains d'entre eux se sont d'ailleurs tus pendant plus de 30 ans. Les seconds tâchent de construire leur identité sur des histoires lacunaires, recueillant des bribes d'histoire familiale sans espoir de combler les vides laissés par les disparus. Pour tous, un lourd fardeau : vivre à nouveau et construire sans pour autant oublier le passé.
Il faut se rappeler que dans les années qui suivirent immédiatement la guerre, ceux qui avaient survécu et rentraient des camps pour tenter de se réinsérer dans la vie "normale" durent faire face à beaucoup de problèmes d'ordre psychologique :
Pratiquement tous ceux que j'ai interrogés m'ont dit avoir d'abord éprouvé un énorme sentiment de culpabilité : Pourquoi avaient-ils survécu alors que toute leur famille, leurs enfants, leurs amis, avaient disparu dans les camps ? Aux souvenirs terribles de l'horreur absolue et aux cauchemars incessants s'ajoutait le poids de la culpabilité.
Ensuite, comme le dit très bien Madame Simone VEIL, "ils ont rasé les murs". Misérables fantômes oubliés par ceux qui savaient ou se doutaient, ils devenaient d'encombrantes preuves vivantes du silence coupable d'un monde qui avait laissé se perpétrer une telle barbarie.
En France, où la population avait souffert l'occupation pendant plus de 4 ans et qui allait connaître encore le rationnement pendant plusieurs années, ils étaient un rappel incessant de cette guerre que tout le monde aurait voulu oublier. Et ce rappel n'était pas forcément le bienvenu. Comment se plaindre des privations devant un homme pesant le poids d'un enfant ?
Les survivants, en plus de se sentir coupables d'être encore en vie, se sont sentis gênants dans le monde des vivants. Car ils reviennent de l'au-delà : ils ont vécu l'indicible, une part d'eux-mêmes est morte dans les camps et la lumière s'est éteinte de leur regard. Certains y ont même perdu leur foi. Et ils sont revenus de cet enfer. Ce qui constitue en soi un témoignage troublant.
A quoi il faut ajouter ce qui peut sembler paradoxal mais qui, à l'aune des théories négationnistes, résonne d'un sens nouveau : Ils pensaient qu'on ne les croirait pas lorsqu'ils raconteraient l'horreur des camps, les détails macabres d'une extermination systématique pratiquée à une cadence industrielle.
Toujours dans le souci de rester discrets, de ne pas "sortir du lot", certains sont même allés jusqu'à changer de nom. Ils essayaient de ne pas attirer l'attention, de se fondre dans le décor. Ils se souvenaient encore d'avoir porté l'étoile jaune, d'avoir été raflés par des gendarmes ou des policiers français (du régime de Vichy, certes, mais de cette France qu'ils croyaient leur pays), d'avoir été dénoncés, trahis. Pour ces différentes raisons, beaucoup d'entre eux ont gardé le silence sur ce qu'ils avaient vécu. D'autres, souvent longtemps après lorsque les cicatrices de la guerre s'étaient estompées, ont écrit des livres, témoigné dans des films, participé à des conférences.
Pour les descendants des victimes, il s'agit non seulement d'établir une identité dont les racines ont disparu comme pour la plupart des orphelins, mais encore et surtout, de parvenir à faire un deuil nécessaire à la construction sereine d'une vie. Et dans le lent travail de deuil, il est un lieu qui sert d'ancrage à la mémoire de ceux qui ont disparu, un endroit où se recueillir et se souvenir, c'est-à-dire une sépulture.
Or, pour les descendants de ceux qui ont péri dans les chambres à gaz, point de tombe : leurs parents sont partis dans la fumée des fours crématoires ou dans des fosses communes. Ce lieu symbolique où repose le défunt est devenu virtuel et cette virtualité rend impossible les rites funéraires qui entérinent l'adieu d'une génération à la précédente.
De fait, non seulement la preuve concrète de la mort n'existe pas, mais il reste un espoir, certes fou et ténu, de voir réapparaître un jour le disparu. Dans ces conditions, beaucoup ont attendu plus de trente ans, s'accrochant au moindre indice. Allant parfois jusqu'à nier une trop dure réalité1. Il n'est pas difficile de comprendre que bâtir sa vie sur une telle hypothèse peut rapidement tourner à l'obsession et au déséquilibre.
Sans arriver à de telles extrémités, il reste ardu d'accepter la disparition des êtres chers (ceux qui, par exemple, ont perdu un parent en mer connaissent bien ce phénomène, non seulement l'être cher leur a été enlevé, mais le corps ne leur a pas été rendu).
Pour les uns comme pour les autres, il ne reste donc, pour cristalliser la mémoire, que de maigres souvenirs dans le meilleur des cas et des lieux de mémoire, comme les monuments et, bien entendu, les camps.
S'il est parfois douloureux de visiter un cimetière, il faut imaginer ce que peut représenter la visite d'un camp d'extermination pour quelqu'un qui y a perdu tout ou partie de sa famille. Certains ne sont jamais parvenus à s'y rendre. Et ceux qui n'y parviennent pas se sentent parfois coupables, à leur tour, de n'être pas assez forts.
Sans parler de ceux qui en ont réchappé et qui, cela se comprend aisément, ne peuvent y revenir sans plonger dans le plus profond désarroi.
De plus, ces lieux étant déserts et conservés en l'état, ils vont se désagrégeant, ajoutant à la désolation le spectacle affligeant d'une disparition à plus ou moins longue échéance.
Bref, les camps ne constituent qu'un ersatz de sépulture où il est difficile d'emmener les jeunes générations pour leur montrer où sont leurs racines.
Les familles ont donc été privées des soins et des cérémonies religieuses à prodiguer à la dépouille du défunt, du choix du lieu de sépulture qui correspond souvent au lieu de naissance et au berceau familial.
Sur cette spécificité propre aux enfants de déportés, il faut lire le témoignage, lors du procès Klaus Barbie, de l'un de ces descendants, Michel Godot-Goldberg, membre de l'Association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France et témoin de la partie civile lors du procès2.
" Ces morts, puisqu'ils sont devenus morts, sont devenus morts de façon abstraite ; il n'y avait ni date, ni témoins, ni cadavres, ni cérémonie funéraire, ni tombe sur laquelle se recueillir. J'ai trois enfants aujourd'hui. Pendant des années, quand ma fille me disait : "mais papa, pourquoi on ne va pas sur la tombe de ton papa ?", je n'osais rien dire parce que je n'osais pas déverser sur elle les faits qui avaient été déversés sur moi, et pour cause, à un âge où ça m'avait incontestablement affecté de façon majeure. Mais, au fond, nous avons été privés de deuil et, quand on ne prend pas le deuil, on ne le quitte jamais ou très difficilement (...) ".
A toutes ces souffrances, il faut encore ajouter ces hasards qui mirent en présence criminels et victimes. Croiser le regard de leur ancien tortionnaire en sachant qu'il ne sera pas inquiété ou découvrir que les bourreaux coulent des jours tranquilles dans un paradis sud-américain ne peut que conduire les déportés à ressentir un cruel sentiment d'injustice, comme une dernière offense faite à leurs camarades sacrifiés.
2 - LE ROLE DE LA JUSTICE DANS LA RECONNAISSANCE DE LA SOUFFRANCE DES VICTIMES :
Une procédure judiciaire aboutissant à un procès constitue une forme de psychothérapie, individuelle et collective, pour les victimes et leurs descendants, car il permet de faire revivre les noms des personnes disparues :
Michel Godot-Goldberg " Ce procès est (...) une façon de rendre hommage à ces morts qui n'avaient pas d'identité (...) et qu'on a soit escamotés, soit groupés ensemble dans un chiffre finalement effrayant et abstrait qui ne signifie rien, six millions. "
Dans le cas spécifique du procès de Klaus Barbie, au terme d'une instruction qui a débuté en 1983 pour aboutir en Cour d'Assises en 1987, le président CERDINI, afin de prévenir toute déviance notamment de la défense, avait décidé que seuls les documents écrits serviraient au jury pour fonder son intime conviction. Dans ce cas particulier, la valeur du témoignage n'était donc pas la même que dans un autre procès d'Assises.
La parole des témoins avait pour fonction principale, non d'établir la vérité, mais de permettre aux victimes de délivrer un message sur la barbarie nazie et sur l'horreur du judéocide.
Enfin, et ce n'est pas la moindre des qualités de ces procès, les victimes, leurs descendants peuvent enfin se dire que justice a été faite et que nul crime ne peut rester impuni.
3. LES VICTIMES, COMPOSANTES DE LA SOCIETE :
Dans notre société, le système judiciaire a pour fonction de protéger tous les citoyens, que ce soit le coupable - présumé innocent jusqu'à jugement contraire - ou la victime.
En étendant son bras protecteur sur la tête des victimes, la Justice prend en compte les préjudices physiques, moraux et psychologiques dans les jugements qu'elle rend.
Il ne s'agit pas ici d'une justice immanente mais d'une justice humaine : Entendre la souffrance des victimes, faire appliquer la loi pour les protéger, juger les coupables, les défendre et les condamner. Une société équitable se fonde sur ces principes.
Il n'est pas ici question de vengeance mais de réparation et de reconnaissance des préjudices infligés.
Depuis 1964, soit 20 ans après les faits, les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles en France3.
Trois conséquences découlent de ce fait :
- Quel que soit le temps écoulé, il sera toujours possible d'intenter une action en justice.
- Cette mesure permet aux recherches, toujours très longues, de découvrir des documents établissant preuve, de retrouver des témoins et les auteurs des crimes
- Et permet de juger les criminels après un délai suffisamment long pour que justice soit rendue sans haine ni esprit de vengeance.
Si les survivants, dont le nombre s'amenuise, et les descendants des déportés se sont exprimés au travers de différents media, en l'absence de tels procès, ils n'avaient pas la possibilité de témoigner au sein d'une institution, et par là même, les crimes dont ils avaient été les victimes restaient non seulement impunis mais encore inscrits dans une histoire certes reconnue, mais dont l'Etat ne prenait pas officiellement acte.
Rappelons-le, certaines de ces victimes avaient été raflées par des gendarmes et des policiers français.
En instruisant des procédures contre les criminels contre l'humanité, l'appareil judiciaire français a pris acte de ces faits et s'est rangé aux côtés des victimes en exposant aux yeux de l'ensemble des citoyens les plaintes qu'il a reçues, les faits et la défense des accusés.
Une façon d'entériner la reconnaissance par l'Etat Français de la citoyenneté des victimes et de ses devoirs envers elles et, dans des cas comme celui de Maurice PAPON, de reconnaître ses responsabilités.
Ces procès ont donc une fonction d'exemplarité et constituent une chance unique pour les victimes ou leurs descendants de s'exprimer en un lieu dédié à l'établissement de la vérité.
Passant du statut de victime à celui de partie civile, les victimes peuvent siéger sur le banc des accusateurs avec le soutien de la Justice Française, incarnation du peuple français.
4. DES PROCES POUR L'HISTOIRE ET LA MEMOIRE :
Dès la fin de la guerre, les Alliés vainqueurs du nazisme, entamèrent une démarche judiciaire historique en jugeant les hauts dignitaires du régime hitlérien au Tribunal Militaire de Nuremberg.
En 1945, les mémoires étaient encore fraîches et le Procès de Nuremberg scellait définitivement la fin du III° Reich. Dans le souci de fixer à jamais dans les consciences les actes abominables auxquels s'étaient livrés les nazis, ce procès fut filmé et enregistré, afin que nul ne puisse jamais nier les faits.
Autre "première", l'une des preuves qui servit à incriminer les accusés fut un film sur les camps de concentration : "Les camps de concentration nazis (PS-2430)" fut réalisé à partir des prises de vues tournées lors de l'ouverture de différents camps par les Américains et les Britanniques. Ce film a été monté par l'unité photographique et cinématographique de l'OSS sous la direction de John FORD. Georges STEVENS, responsable des unités de tournage, l'avalisa en y insérant en guise de générique un avertissement stipulant que ce film de deux heures avait été réalisé sans trucages, afin que nul ne puisse contester la véracité des images.
Si la communauté internationale a entériné lors du procès de Nuremberg la notion de crime contre l'humanité et de génocide (qualifications forgées et utilisées pour la première fois dans un cadre juridique), en recevant des preuves, en écoutant des témoignages et en exécutant les principaux responsables des atrocités commises par les nazis, ces faits établis sont cependant remis en question par les "théories" négationnistes quicontestent ou relativisent ces faits4.
Les procès pour crimes contre l'humanité sont donc toujours nécessaires pour continuer à réfuter ces supputations pseudo historiques.
De plus, outre le fait qu'ils nient l'existence des chambres à gaz (et ce n'est qu'un des nombreux exemples des fallacieux mensonges répandus par ces soi-disant historiens), les négationnistes qui nient ces crimes nient de ce fait l'existence même des victimes.
Car nier l'existence des camps d'extermination, des chambres à gaz, des fours crématoires et des massacres, c'est aussi nier l'existence des victimes et de leurs descendants.
Michel Godot-Goldberg a posé cette question à la barre des témoins de l'accusation du procès Barbie : "Parce que si elles n'ont pas existé, qui sommes-nous, nous ?"
Pour les descendants des déportés, nier les chambres à gaz, c'est en quelque sorte tuer "une deuxième fois" ces millions de victimes qu'aucune sépulture ne rappelle à notre souvenir.
Le négationnisme ne fait pas qu'effacer l'histoire, il oblitère également le présent et hypothèque lourdement l'avenir.
Dans ce contexte, l'utilité des procès pour crime contre l'humanité est réaffirmée et vient rafraîchir une mémoire récente parfois oublieuse de périodes de l'histoire qui semblent aujourd'hui lointaines. Mais pour les victimes et leurs parents, le temps s'est arrêté à Auschwitz, Dachau, Treblinka, Sobibor, Mathausen, Buchenwald, Sachsenhausen, Majdanek, Natzweiler, Belzec, Chelmno, Bergen-Belsen, Ravensbrück, Jasenovac, etc, etc.
5 - L'EXEMPLARITE DU PROCES BARBIE ET SA SPECIFICITE :
Depuis 1954, l'enregistrement visuel ou sonore des audiences publiques est interdit en France. Toutefois, depuis 1981, les photographes et les cameramen sont autorisés à pénétrer dans la salle d'audience pour effectuer des prises de vues juste avant l'ouverture des débats, et ceci après obtention de l'accord des parties.
En 1984, la perspective du procès historique de Klaus Barbie poussa les législateurs à prendre de nouvelles dispositions pour permettre l'enregistrement et la diffusion des images des prétoires. Le 11 juillet 1985, la loi dite BADINTER "tendant à la constitution d'archives audiovisuelles de la justice" est votée au Parlement.
Cette loi, directement issue de la volonté du Garde des Sceaux d'inscrire le procès dans la mémoire de la France et de servir l'Histoire, autorise l'enregistrement des audiences "présentant un intérêt pour la constitution d'archives historiques de la justice".
Le procès de Klaus Barbie sera le premier à faire l'objet d'un enregistrement audiovisuel.
Pendant 20 ans, ces archives ne sont normalement consultables que sur autorisation.
A l'expiration de ce délai, la consultation des enregistrements est libre, mais leur diffusion et leur reproduction demeurent soumises à autorisation. Après 50 ans, la reproduction et la diffusion sont entièrement libres.
Néanmoins, la Cour d'Assises, dans un souci pédagogique et historique, a autorisé à titre spécial la levée du secret qui prévoit que ces archives n'auraient dû être diffusées qu'en 2037. Dans les faits, la chaîne publique Histoire a diffusé à plusieurs reprises l'intégralité du procès BARBIE et des extraits de ces archives ont pu être utilisés dans la réalisation de films documentaires. Une autre décision du Tribunal de Grande Instance de Paris a également autorisé la chaîne à mettre ces archives audiovisuelles sur son site Internet parallèlement à la diffusion télévisuelle.
Le procès Barbie constitue donc un ensemble d'archives unique conservé à l'Institut National de l'Audiovisuel. Il dure 185 heures qui correspondent aux 37 audiences du procès.
En 1990, la loi fut amendée pour permettre la diffusion dès la procédure judiciaire achevée de procès pour crime contre l'humanité. Dans tous les cas, la loi stipule que "les enregistrements sont réalisés dans des conditions ne portant atteinte ni au bon déroulement des débats ni au libre exercice des droits de la défense" et qu'ils sont effectués "à partir de points fixes".
Par la suite, les procès TOUVIER et PAPON feront à leur tour l'objet d'enregistrements filmés et seront également diffusés par la chaîne Histoire.
A l'heure où les théories négationnistes font florès, la diffusion télévisée et sur Internet de ces procès apporte un argument supplémentaire à opposer à ceux qui se font leurs propagateurs. La publicité autour de ces procès ne peut que contribuer à rappeler les crimes commis par le régime nazi.
Et pour l'avenir, les enregistrements de ces procès permettent d'édifier les plus jeunes en leur donnant à entendre les témoignages directs des victimes et de leurs descendants. Pour que les quelques 14 millions de morts5 ne l'aient pas été en vain.
Aujourd'hui encore, des génocides sont perpétrés, des populations poursuivies et massacrées du seul fait de leur appartenance à un groupe religieux ou ethnique.
Les procès au chef de crime contre l'humanité sont l'un des moyens de faire retentir les voix des victimes et, peut-être, de leur permettre de retrouver enfin la paix de l'âme.
Ce texte est dédié à la mémoire de mon maître et ami Nat LILENSTEIN, puisse son âme être enfin apaisée.
Sources et références : 1. Sur "l'attente du survivant", un roman de Robert BOBER "Quoi de neuf sur la guerre" P.O.L 1993 et son adaptation cinématographique "Un Monde presque paisible" par Michel DEVILLE 2002 2. Témoignage Michel Godot-Goldberg : documents TELEDOC du CNDP http://www.cndp.fr/Tice/Teledoc/dossiers/Dossier_barbie.htm 3. Pierre TRUCHE : chronologie sur la notion de crime contre l'humanité
Posté par Danielle 7/1/2008 17:30:38 (236 lectures)
Les fauteurs de guerre :
C’est l’Empire qui a déclaré la guerre a la Prusse le 19 juillet 1970. F. Roth s’est penche sur les archives ministérielles de l’Empire et en conclu que c’est une France arrogante, sure d’elle-même qui a engage le conflit. La crise diplomatique n’a dure qu’une dizaine de jours. Certes, on peut considérer que Napoléon III est tombe dans un piège habilement tendu par Bismarck, mais il aurait tout à fait pu l’éviter sans pour autant paraître reculer. Mais son entourage, prenant avantage sur son mauvais état de santé, a fait avancer le parti de la guerre et ce sans réelle opposition, y compris des républicains français. Des la déclaration de guerre, toutes les puissances européennes se déclarent neutres et Bismarck obtient le soutien militaire des états allemands du sud, Bavière, Bade, Hesse et Wurtemberg.
Les phases :
La guerre de 1870 se déroule en 2 phases : - La guerre Impériale, du 19 juillet au 2 septembre 1870 - La guerre de la République, du 5 septembre 1870 au 10 mai 1871 officiellement (Signature du traité de Francfort) mais en fait les combats cessent le 26 février avec la signature des préliminaires de paix entre Thiers et Bismarck a Versailles.
La guerre Impériale :
Il faut se souvenir qu’a l’époque, il n’existait pas de service militaire. L’armée est donc une armée de métier. Elle dispose d’effectifs suffisants, apparemment, et de quelques avantages dont surtout le nouveau fusil Chassepot, inégale en Allemagne. Mais l’armée de Molkte a 2 atouts maîtres : L’artillerie, avec les nouveaux canons a fûts rayes, et une discipline a toute épreuve.
C’est cette artillerie qui sonnera le glas des régiments de cavalerie cuirasses de la France. Alors que les charges furieuses de la cavalerie française ont souvent fait la différence sur les champs de bataille de Napoléon 1er, elles n’engendreront que des carnages sans résultats en 1870. Les artilleurs allemands se sont fait des cartons sanglants.
Apres le désastre de Sedan et la chute de l’Empire, cette armée de métier est soit détruite, soit prisonnière, soit enfermée dans des places fortes a partir desquelles elle ne fera pas la différence et ne gênera pas les mouvements des armées allemandes en France. De nombreuses places fortes se rendront d’ailleurs assez rapidement : Toul le 23 septembre, Strasbourg le 28 septembre, Metz le 27 octobre, Verdun le 8 novembre, Thionville le 24 novembre, Phalsbourg et Montmedy le 14 décembre, Mezieres le 3 janvier 71, Longwy le 25 janvier.
La dernière place forte a se rendre fut Belfort le 16 février, dans la foulée du cessez le feu général.
Le cas de Paris est un peu diffèrent. Les Parisiens ne se sont pas rendus aux allemands mais a l’armée versaillaise de Thiers le 28 mai 71. Les Allemands ne sont pas entre dans Paris sauf pour un cours défilé militaire le 1er mars, suivi d’un retrait.
La guerre de la République :
Lorsque la République est proclamée le 4 septembre 1870, la situation est désastreuse : Les troupes allemandes sont en force sur le territoire français, circulent presque comme bon leur semblent et Gambetta n’a à sa disposition que des miettes de l'armée impériale. C’est donc la mobilisation générale que lancent, courageusement, les Républicains, avec la formation de compagnies de Garde Nationale Mobile et la constitution de corps-francs dans les zones occupées. Les mobiles sont enthousiastes, déterminés, c’est l’esprit de la levée en masse de 1792 qui règne. Mais il manque du matériel, du temps pour assurer la formation et des cadres en suffisance.
L’armée de la Loire comporte quelques unités régulières mais pas suffisamment pour compenser les manques des mobiles courageux mais brouillons et inexpérimentés. L’armée de la Loire sera battue à plate couture entre Loigny et Patay les 2-4 décembre 70.
Dans le sud, l’armée Bourbaki, essentiellement formée de mobiles, ne connaîtra aussi que défaites et reculs successifs jusqu’à la retraite en Suisse le 1er février 71, retraite sans Bourbaki qui s’est suicidé le 26 janvier a Besançon, épuisé et effondré après tant de désastres.
Novembre 70 - février 71, la levée en masse aura permis de reculer l’échéance de 5 mois. La même levée en masse avait sauvé la Révolution en 1792. Les temps changent.
Nos chefs militaires, tirants des leçons de ces échecs (Une fois n’est pas coutume ! !) ont fait rétablir le service militaire obligatoire et, en 1914, cela ne se passera pas de la même façon. Les poilus de 14 sont certes les héritiers des mobiles de 1870, mais ils savaient se servir d’un fusil, se planquer à temps sous la mitraille et avaient des cadres compétents (Celle la, la source, c’est mon grand-père)
La modernisation de la France :
Oui, c’est pendant le second Empire que la France a engagé sa révolution industrielle. Menée de main de maître par les 200 familles bien protégée de la populace par l’Empire puis par Thiers, la Révolution industrielle a crée une classe de semi-forcats qui n’ont eu guère d’autre choix que de se tourner vers Karl Marx pour tenter de survivre un peu mieux. Beau bilan. Mes compliments.
sources : La Guerre de 70, François Roth, 1990, Artheme Fayard. François Roth est un spécialiste de l’histoire de la Lorraine.
Posté par Taplettle 31/12/2007 11:58:42 (218 lectures)
La brigade turque en Corée
1- Présentation
La guerre de Corée, présentée par le président Harry S. Truman comme une "action de police", marqua la première collaboration entre les USA et l’ONU à peine née pour arrêtée l’avance de la guerre froide en extrême-orient. Au total ce sont 22 nations qui acceptèrent d’envoyer soit des troupes soit des unités médicales. Seize pays répondirent à l’appel de l’ONU par l’envoi de soldats destinés à stopper l’invasion de la Corée du Sud par celle du Nord. L’un des participants majeurs à ce conflit fut la Turquie. Le 1er contingent turc débarqua le 19 octobre 1950 et, variant en personnel, demeura en Corée jusqu’à l’été 1954.
Composition : 1. 241ème RI (3 bataillons d’infanterie) 2. Un battaillon d’artillerie de campagne (3 batteries de 6 obusiers de 105mm + PC) 3. Une Cie de Génie motorisée 4. Une batterie Anti-Aérienne motorisée 5. Une Cie de transport. 6. Une Cie de Transmissions motorisée. 7. Une section anti-tank motorisée. 8. Une Cie médicale. 9. Une unité de réparation et maintenance. 10. Une fanfare 11. Une Cie de remplacement composée de plusieurs services
C’est la 1ère Brigade Turque du brigadier-général Tahsin Yazici qui subit l’épreuve du feu. Cette brigade était constituée de 3 bataillons commandés par les majors Imadettin Kuranel, Mithat Ulunu et Lutfu Bilgon. Le Commandement des Forces Armées Tuques (CFAT) était une force de combat régimentaire de 3 bataillons d’infanterie soutenue par de l’artillerie et le génie. Ce fut la seule unité de cette taille rattachée en permanence à une division US pour toute la durée de la guerre. Plus de 500 hommes, dont un groupement de liaison, débarquèrent en avant-garde à Pusan le 17 octobre 1950 en provenance d’Iskenderun avant de se regrouper aux alentours de Taegu. La majorité des volontaires provenait des villages des montagnes de l’est de la Turquie. Pour ces hommes qui venaient de terminer leur service militaire obligatoire de 2 ans c’était non seulement la première fois qu’ils quittaient la Turquie mais aussi pour beaucoup la première fois qu’ils quittaient leur village natal. Pour les simples soldats c’était aussi la première fois qu’ils côtoyaient des non-musulmans. De grandes différences culturelles et religieuses existaient entre les Turcs et les Américains.
Leur commandant, le général Yazici, avait combattu les Anglais à Gallipoli en 1916. Il était tenu en haute estime au sein de l’armée et avait volontairement baissé de rang pour pouvoir commandé la brigade, à l’instar du général Monclar pour les Français. Il avait cependant un défaut majeur : Il ne parlait et ne lisait que très mal l’anglais, bien qu’il ait été rattaché à une division américaine Ce problème de langue allait se révéler préjudiciable en termes de compréhension des ordres et de déploiement des troupes. Le commandement américain n’avait pas pris conscience des problèmes de coordination, logistique et par dessus tout de communication. Une nourriture peu familière, les besoins en tenues de combats et moyens de transport allaient créer plus de problème qu’il n’avait imaginé. Les musulmans ne mangent pas de porc. Or, la ration de combat américaine de base en contenait à peu près invariablement. Une usine japonaise fut louée pour produire une nourriture satisfaisant à ces exigences religieuses. Le pain posa un autre problème. Les Turcs préféraient un pain consistant non fabriqué à base de farine blanche avec un café fort et très sucré. L’Armée parvint cependant à satisfaire ce genre de besoins en même temps que ceux des autres forces alliées. Peu d’officiers de liaison étaient rattachés aux compagnies turques, ajoutant aux problèmes que ces dernières rencontrèrent aux début de leur engagement sur le terrain. De mauvaises interprétations des ordres données furent la résultante du manque de communication entre les alliés. Ce type de problème, tout d’abord jugé mineur, se trouva exacerbé dans le feu des combats.
L’arrivée des Turcs en Corée fit l’objet d’une grande publicité. L’apparence féroce des soldats, leurs grandes moustaches et leurs longs coutelas semblaient être l’incarnation du rêve de tout correspondant de guerre. Bien qu’ils n’aient pas été engagés dans un conflit d’importance depuis la 1e guerre mondiale, les soldats turcs bénéficiaient d’une réputation de solides et rudes combattants qui préféraient toujours l’offensive et qui ne faisaient pas de quartier. La plupart des volontaires étaient jeunes et portaient au côté une sorte de sabre qui pour les Américains et les autres soldats alliés à de longs couteaux ou pour le moins une arme étrange. Leur forte inclination à les utiliser en combat au corps à corps incitait les combattants des autres nations à éviter de les provoquer.
Soldat turc
2- Baptême du feu : La poussée vers le Yalu
Montée vers le nord
C’est au patchwork des forces onusiennes, principalement constitué d’Américains mais aussi d’unités en provenance de 16 pays que fut donné l’ordre de monter une attaque massive destinée à terminer la guerre au plus vite. L’engagement du général McArthur à relever 2 divisions et à ce que les "boys " et la Chine. D’aucuns émirent des objection à ce plan, en particulier les général de la 8e Armée Walton Walker, mais ces dernières furent rapidement repoussées par l’état-major de McArthur. Les officiers sur le terrain allaient dès lors engager leurs hommes dans une sanglante campagne sans que leur voix n’ait été entendue. Les rapports indiquaient la présence de troupes chinoises fin octobre-début novembre mais McArthur choisit de les ignorer. Walker tenta plusieurs fois de retarder l’offensive en prétextant du manque de soutien et de réserves mais ne fit qu’irriter davantage le commandant en chef des forces alliées en Corée. La poussée dut donc se faire, sous les rigueurs du climat coréen. Les différentes unités n’avait l’équipement requis pour des opérations de types "arctique". Très rapidement les premiers cas de sévères engelures firent leur apparition.
Au cours de cette pénible avancée la 8ème Armée s’étira davantage à mesure qu’elle progressait vers le nord. En quittant la pointe de la péninsule coréenne elle se trouvait face à un territoire nettement plus élargi et nécessitant toujours plus d’hommes pour le couvrir. L’ordre de bataille était le suivant : Ier Corps Américain comprenant la 24ème DI, la 27ème Brigade Britannique et la 1ère DI de l’Armée de la République de Corée (ARC) ainsi que le 9ème Corps américain comprenant les 2ème et 25ème DI US, la 1ère Brigade Turque et les 6ème, 7ème et 8ème DI de l’ARC. La 1ère Division de Cavalerie (US) se trouvait en réserve.
Walker progressait avec précaution. Les derniers rapports de la fin novembre indiquait une inquiétante montée en puissance des troupes chinoises au delà de la frontière. D’après ces rapports, les "volontaires" chinois seraient passés de 40 à 98 000 hommes. Ils étaient encore en dessous de la vérité. En face du 9ème Corps se trouvait le 13ème Groupe d’Armées de la 4ème Armée de Campagne Chinoise, constituée de 18 divisions pour un total d’au moins 180 000 hommes. Plus à l’est, face au 1er Corps, ce sont les 120 000 hommes (12 divisions) du 9ème Groupe d’Armées de la 3ème Armée de Campagne qui attendaient les forces de l’ONU. Douze divisions (65 000 hommes) de l’Armée Populaire de Corée (APC) renforçaient encore ces effectifs déjà largement surnuméraires. Un mouvement de guérilla estimé à 40 000 hommes harcelaient les forces alliées sur leurs arrières. C’est donc peu de dire que l’ennemi avait été gravement sous-estimé.
Le 19 novembre la 25ème DI quitta Kaesong à 6h00 pour atteindre la ville minière de Kunu-Ri à 2h00 le matin suivant. Le lendemain la 1e Brigade Turque, sans moyen de transport, fut elle aussi dirigée vers la ville en tant que réserve. La 8ème Armée était séparée en 2 par le fleuve Chongchon. Dès le 22 novembre les objectifs de la Brigade Turque, neutraliser les patrouilles nord-coréennes dans leur secteur, était atteint. Elle reçut alors l’ordre de prendre contact avec la 2ème DI sur le flanc droit du 9ème Corps. Les dernières informations faisaient état d’un régiment chinois au nord-ouest de Tokchon. Malgré la demande du brigadier-général Yazici aucun renseignement supplémentaire sur ce régiment et sur l’état des DI de l’ARC ne lui fut communiqué.
Le 26 novembre les Forces Communistes Chinoises (FCC) lançaient une attaque majeure et coordonnée sur les 1er et 9ème Corps. Les FCC se précipitèrent vers Tokchon en s’opposant au 2ème Corps de l’ARC (front central) qui n’avait en aucun cas les moyens de soutenir une telle attaque et qui s’effondra.
L’assaut chinois
L’assaut chinois prit rapidement des proportions alarmantes et les Turcs reçurent l’ordre de protéger le flanc droit des forces onusiennes. Le 1er bataillon fut transporté par camion à Wawon, à 24km à l’est de Kunu-Ri, à environ mi-chemin de Tokchon. De là les camions partirent chercher le 2ème bataillon. Comme le nombre de camions se trouva être insuffisant, une partie de la brigade dut rejoindre son secteur à pied. Le 27 novembre, la brigade reprit la marche à 5h30. Alors que les unités grimpaient les fortes pentes de la chaîne de Karill Yon et que les unités avancées descendaient déjà dans la vallée de Tokchon (14h30), la brigade reçut l’ordre de s’arrêter où elle se trouvait et d’établir une position défensive. Mais Yazici avait remarqué une nouvelle apparemment sans importance : "L’aviation a repéré une troupe de nationalité inconnue de la taille d’un régiment aux environs de Changsangni". Yazici perçut cette information comme une menace et décida de ne pas installer sa ligne de défense là où il se trouvait mais à Wawon, plus à l’ouest. Cette décision allait se révéler capitale pour la suite des évènements. Les unités de reconnaissance se transformèrent en unités d’arrière-garde qui empêchèrent l’ennemi de frapper la brigade de nuit en faisant diversion à l’assaut qui débuta dans la nuit du 27 au 28. A 8h00 le 28 novembre la bataille de Wawon débuta. Les Chinois attaquèrent en masse, par vagues, chaque assaut se trouvant finalement repoussé. Plusieurs combats au corps à corps, baïonnettes chinoises contre épées turques eurent lieu. Dans l’après-midi, il devint clair que les FCC tentaient de couper la route Kunu-Ri / Wawon sur les arrières de la brigade. Yazici ordonna alors de se préparer à la retraite vers Sinnim-Ni. A cet instant les 2 flancs de la brigade étaient totalement à découvert, la 2ème DI sur la gauche ayant déjà abandonné le terrain. C’est la 9ème Cie qui encaissa le gros de l’assaut alors qu’elle couvrait la retraite du reste de la brigade. La 10ème Cie (3ème bataillon) reçut l’ordre de former la dernière ligne de défense. Le commandant du 3ème bataillon, le major Lutfu Bilgin envoya la 9ème Cie protéger le flanc des Cie 10 et 11. Les Chinois ne mirent pas la pression sur la 10ème au détriment des 2 autres. En milieu de matinée du 28 novembre les Chinois finirent par percer et débordèrent la 9ème Cie dont de nombreux hommes furent tués, y compris le major Bilgin.
Les Turcs se mirent en route à 18h30. Les premiers arrivés à Sinnim-Ni se hâtèrent de se mettre en position défensive. Pendant que les unités les mieux positionnées continuaient à défendre le terrain, celles en mauvaise position continuèrent leur route vers Kunu-Ri. La plupart d’entre elles reçurent et obéirent à l’ordre de Yazici de se regrouper et de former une nouvelle position défensive. Néanmoins, les troupes chinoises étaient tellement en surnombre que l’assaut général lui-même ne pouvait en rien être stoppé. Avant midi le 29 une contre-attaque fut menée pour briser l’encerclement dont étaient victimes le 2ème bataillon et la 2ème Cie. L’opération réussit et les différentes unités purent rejoindre Kaechon où les Chinois multiplièrent leurs assauts, chacun d’entre eux se brisant sur les défenses turques. Yazici ordonna à toutes les unités de se retirer à l’ouest de Kaechon. Avant qu’elles n’aient parcouru 2km depuis la ville elles furent réduits en plusieurs groupes sous des tirs efficaces en provenance de 3 directions différentes. Avant la tombée de la nuit la route Hacham/Kunu-Ri était coupée et la brigade encerclée. A 17h15 le 1er bataillon parvint à briser l’encerclement malgré la dispersion des sections et le manque de communications. Les contre-attaques et infiltrations turques durèrent toute la nuit, permettant à la brigade de quitter le secteur d’Hacham. Le 30 novembre, sur la route de Sunchon, la brigade fut de nouveau encerclée. La passe de Sunchon était aux mains des FCC depuis déjà 2 jours. Les contre-attaques menées par la 2ème DI au nord et la 27ème Brigade Britannique au sud avaient été sans résultat. Après un court repos l’infanterie turque se lança à l’assaut de la passe, épaulée par l’infanterie et les blindés américains. La route vers Sunchon fut de nouveau ouverte.
Au 30 novembre la Brigade Turque n’existait virtuellement plus en tant qu’unité combattante.
Yazici décoré de la Silver Star
Conséquences
Au PC de la 2ème DI il était devenu de plus en plus difficile d’obtenir la moindre information sur le sort de la brigade. Les blindés envoyés en renfort étaient constamment repoussés. La confusion atteint un tel paroxysme qu’on vit des soldats américains abandonner leurs positions en laissant sur place l’intégralité de leur équipement, armes incluses. Les Chinois semblaient être partout à la fois et les informations quant à leurs mouvements étaient tout autant rares que fausses. Alors qu’on les croyait devant une position, les Chinois étaient déjà derrières les lignes. Sous un climat quasi-polaire et sur un terrain difficile et montagneux le manque de capacité des unités alliées à communiquer et à se battre de manière coordonnée entraîna un désastre militaire malgré la vaillance de nombreux combattants.
Alors que ce combat était le 1er d’importance dans laquelle l’armée turque s’engageait depuis la 1ère guerre mondiale les hommes surent prouver que leur habileté et leur ténacité n’était pas qu’une légende. La Brigade Turque, en luttant pied à pied face à un ennemi très largement supérieur en nombre accordé au 9ème Corps en général et à la 2ème DI en particulier le temps et l’espace nécessaire à leur retraite, évitant l’encerclement pour le 1er et la destruction pour la seconde.
Quelques commentaires d’officiers américains donnent la mesure de l’impression que la 1ème Brigade fit sur eux : "Ils préfèrent sans conteste l’offensive et la maîtrise parfaitement", " Ils ne sont pas les meilleurs en défense et pourtant ne se débandèrent jamais". "Certaines unités turques faisaient état d’un décompte des morts impressionnant à chacune de leurs patrouilles. L’état-major ne voulait pas les croire ; jusqu’à ce qu’ils se décident à ramener les cadavres vers nos lignes afin qu’ils soient comptés".
En dehors des commentaires élogieux de la presse internationale de l’époque quant au comportement de la brigade, c’est Walton Walker lui-même qui clôturera ce chapitre : "Soldats héroïques d’une nation héroïque, vous avez sauvé la 8ème Armée et le 9ème Corps de l’encerclement et sauvé la 2ème Division de la destruction. Je suis venu ici aujourd’hui pour vous remercier au nom de l’Armée des Nations Unies".
Soldats turcs
3- La bataille de Kumyangjangni
Les forces alliées furent durement secouées par l’assaut chinois du 26 novembre 1950. Les efforts faits pour arrêter l’ennemi ne semblaient produire aucun résultat. Les FCC avaient clairement pris l’initiative et donnait coup après coup forces de l’ONU. En cet hiver polaire chaque nouvelle défaite atteignait davantage le moral des combattants. Il semblait que désormais rien ne pouvait plus arrêter les Chinois. L’évacuation de la Corée commença même à être envisagée.
Walton Walker mourut dans un accident de jeep le 23 décembre 1950. Le lieutenant-général Matthew Ridgway le remplaça. Ce dernier se mit immédiatement en tête de revitaliser la 8ème Armée et de remettre l’idée d’offensive dans la tête de chaque combattant. Il se mit aussi à appliquer une stratégie de retraite et d’usure destinée à étirer au maximum les FCC, ce qu’il parvint à faire. Les Chinois arrivèrent aux limites de leurs possibilités de ravitaillement. Le 15 janvier Ridgway lança une opération de reconnaissance à grande échelle, l’opération "Wolfhound". Dix jours plus tard l’opération "Thunderbolt" débutait.
Le 25 janvier 1951 la Brigade Turque se mit en route vers les lignes ennemies en 2 colonnes séparées. Après avoir parcouru 1.5km elles s’opposèrent aux CCF. Les Ci