Les
britanniques dominaient la Mer Egée, sur mer, les bombardiers
en piqué de la Luftwaffe pouvaient se révéler redoutables.
Les anglais avaient pris l'île de Cos, une base aéro-stratégique,
mais avaient échoué en Crète et à Rhodes.
Plus tard, en Octobre 1943, les britanniques contrôlèrent
la plupart des îles Ioniennes au prix de lourdes pertes.
De
septembre à Octobre 1943, ils perdirent 6 destroyers, deux sous-marins
et 4 croiseurs légers, coulés par les bombes de l'aviation
allemande.
Le 6 octobre 1943, le commandant du Groupe d'armées E, le général
Lohr, édita une directive pour investir l'île de Leros,
tenu par les britanniques. L'opération Leopard était né.
A
l'époque, l'OKW était obsédé par un possible
débarquement allié en Grèce ou en Yougoslavie,
pouvant déstabiliser tous les Balkans. Dans ce cadre, la Crète
et l'île de Rhodes devaient être tenue coûte que coûte.
De plus, il fallait éviter que les alliés diposent de
trop de bases aériennes, en Mer Egée, qui leur permettrait
de bombarder des objectifs stratégiques dans les Balkans.
En
effet, 50% du pétrole, 60% de la bauxite (pour l'aluminium),
21% du cuivre et 25% de l'antimoine provenaient des Balkans ! D'où
l'importance, pour les allemands, de cette région..
A
cette époque la Turquie commençait à pencher du
côté allié et permettait aux navires britanniques
d'utiliser ses ports. Hitler avait interdit à ses avions de bombarder
les bateaux anglais dans les eaux territoriales turques. Les navires
britanniques pouvaient donc tranquillement sortir de l'île de
Leros, baignée en partie par les eaux territoriales turques.
L'invasion de Leros était donc nécessaire pour empêcher
les anglais de renforcer tranquillement cette île, voire d' y
construire une base aérienne !
De leur côté, les forces du Commonwealth avaient planifié
l'invasion de la "Forteresse Rhodes", tenue par les forces
germano-italiennes. L'opération Accolade devait impliquer la
10e division indienne, supportée par un régiment de tank
et un bataillon de parachutiste.
L'invasion
devait commençait le 23 Octobre 1943. Mais l'appui aérien
qui devait être exercé par le 603e Beaufighter Squadron,
était soudainement transféré hors de la région
le 11 octobre. Aussi, l'opération Accolade était annulée.
Cette opération aurait été de toute façon
extrêmement périlleuse au vu des troupes gardant Rhodes.
La 22e "airlanding division" et des restes de la 999e "Light
Afrika Division" (rebaptisée "Sturmdivision Rhodes"),
totalisant 8 000 allemands et près de 35 000 italiens. Ironie
de l'histoire, une bataille eut lieu à Rhodes, après la
déclaration de guerre italienne contre l'allemagne, le 13 octobre
43, mais les allemands après quelques accrochages réussirent
à prendre le contrôle de l'île et a désarmé
les italiens.
La
Crète ne fut pas la dernière opération des parachutistes
allemands. En novembre 1943, une opération aéro-maritime,
l'Opération Leopard, vint à bout de l'île de Leros,
dans la mer Egée.
Voici
le déroulement des faits :
1)
Le prélude
Le
prélude de l'opération Leopard avait été
l'attaque combinée, aérienne et navale sur Cos. L'île
défendue par 30 canons anti-aériens Bofors et un escadron
de Spitfire sud-africain n'avait pas fait long feu contre l'attaque
surprise de la Luftwaffe (Il n'y avait pas de radar, sur Cos.).
La prise de Cos illustrait parfaitement la difficulté, pour les
britanniques, de tenir toutes les îles de la mer Egée.
Chypre en était l'exemple typique. La grande île était
uniquement défendue par une centaine d'hommes du "Frontier
Force Rifles Battalion", un détachement de la RAF, et une
moitié de batterie antiaériennes !
"Faible de partout, puissant nulle part" était une
triste nécessité!
Les
allemands repoussèrent plusieurs fois l'opération Leopard
pour rassembler les bateaux et avions nécessaires à l'invasion
de l'île.
Finalement, le S-Tag (D-Day) fut prévu pour le 12 novembre 43.
En même temps, les allemands esperaient reprendre des petites
îles des cyclades comme Paros, Stampalia, Levinthos, Naxos, Calchi
et Amorgos.
2)
Les forces en présence.
Leros
était tenu par la 234e Brigade commandée par le Lieutenant
Colonel Tilney. Elle comprenait la 2nd Royal Irish Fusiliers Battalion,
la compagnie B du Royal West Kent, 12 Bofors antiaériens, le
1st Kings Own Battalion, and the Buffs Battalion, moins la malheureuse
Companie A qui coula avec le HMS Eclipse, victime des bombes de la Luftwaffe.
Tilney disposait aussi de quatre 18/25 pounders, de plusieurs mortiers,
de 30 mitrailleuses, et de 80 canons italiens. 5 000 italiens sous le
commandement de l'Amiral Masherpa (ralliés après le retournement
de l'Italie.), dont seulement 1 000 du 1st Battalion, 10th Regiment
de la Division Cuneo était en état de combattre.
La géographie de l'île, forteresse naturelle, était
aisément défendable, et le moral des troupes alliées
étaient élevées.
Le point noir était la difficulté d'aménager des
positions fortifiées, le sol étant totalement rocheux
et difficile à entamer !
Les lignes de défense entouraient le QG situé sur la colline
Meraviglia. L'île elle-même était petite, seulemnt
8 miles de longuer et 5 miles de largeur. Leros disposait de plusieurs
larges baies et de nombreuses plages favorisant un assaut amphibie.
Tilney avait choisi de repousser les allemands sur les plages, en cas
de débarquement. Il avait divisé l'île en 3 secteurs.
Les Buffs sous le commandement du Colonel Iggulden occupait le nord
de l'île. Le centre était tenu par les Royal Fusiliers
sous la direction du Colonel French, et le King's Own tenait la pointe
sud. La plupart des italiens étaient en garnison dans la base
navale de Porto Lakki. Tilney avait besoin aussi d'une réserve
mobile, qu'il devait recevoir de l'île de Samos avec le 2nd Royal
West Kents Battalion (moins la Companie B).
Pour le moment les défenses étaient assez légères
et Tilney ne disposait que d'un compagnie en réserve. La Rachi
Ridge, dorsale qui traversait l'île n'était surveillée
que par deux "platoons of Buccaneer Rangers" sous le commandement
du colonel Jellicoe. Il ne pouvait pas savoir que cette dorsale était
l'objectif premier des troupes allemandes.
La
semaine précédant l'invasion, la Luftwaffe bombarda l'île.
Le "German Southeast Command" disposait de 345 avions dont
80 BF 109, 30 Stukas, 80 Ju88 et 90 Ju52, les célèbres
"Tante Julie", avions de transports.
Les allemands prirent rapidement le contrôle total de l'espace
aérien de l'île. Pour envahir l'île, ils disposaient
de 25 "landing crafts", 13 "armed escorts", 4 "torpedo
boats" et de 2 destroyers.
La flotte d'invasion quittait le Pirée pour rejoindre l'île
de Paros, le 3 novembre. Le convoi allemand atteint l'île de Cos
le 11 novembre, peu gêné par les avions anglais à
cause de la supériorité aérienne allemande.
3)
Le S-Tag : 12 novembre 1943.
Au
petit matin, à 4h 45, les troupes près de la Rachi Ridge
étaient soudain réveillées par le fracas du débarquement
allemand.
Léonard Gander., le seul correspondant de guerre présent
sur l'île témoigna du calme étonnant des troupes
alliées qui pensaient contrôler aisément la situation.
Les allemands avaient constitués deux groupes d'invasion.
Le groupe Est devait débarquer dans la Baie d'Alinda et était
composé de la 1 et 4e Compagnie du 2nd Battlion, 65 Regiment,
22nd Division, et les compagnies du 3th Batallion, 440th Regiment, Sturmdivision
Rhodes, commandées par les Majors Dorr et Saldern.
Le groupe Ouest, qui devait investir la Baie de Gurna, était
constitué du 2nd Battalion, 16th Regiment, 22nd Division sous
le commandemant du Major Aschoff.
D'autres débarquements secondaires devaient se faire dans la
Baie de Grifo (Compagnies 1-4, 2nd Bt, 22 Rgt, 11th Luftwaffe Divisionen),
dans la Baie de Blefuti (2 compagnies de la 11 th Luftwaffe Div), dans
la Baie de Pandeli (la compagnie 15 et le 1th Kuestonjager de la Brandebourg
Division).
Sans oublier les 675 parachutistes du 1er Bataillon, du 2nd Rgt, de
la 2e Fallschirmjaeger division.
Les troupes d'invasion totalisaient environ 3 400 soldats.
Aux
baies de Grifo et de Blefuti, la surprise a été totale.
Aucune résistance sérieuse jusqu'à que Tilney demande
aux Royal Buffs de se déployer pour repousser l'ennemi. A la
Baie de Pandeli, au sud du village de Leros, rencontrant peu de résistance,
Les Brandebourgeois investissent aisément le "Mont Appetici",
qui donne un point de vue dégagé sur toute l'île
! Tilney donna l'ordre de contre-attaquer aux Royal Fusiliers du Colonel
French, qui n'arrivèrent pas à déloger les allemands.
A l'ouest, le groupe du Major Aschoff qui se dirigeait vers la Baie
de Gurna est obligé de faire demi-tour face aux feux des batteries
italiennes des hauteurs de Scumbarda. Il ira débarquer un peu
plus loin, dans la Baie d'Alinda, à l'est de l'île.
Les Stukas, même si ils étaient dépassés
(par leur lenteur), avaient une tactique d'attaque pour atteindre un
objectif, dans un ciel débarrassé des chasseurs ennemis.
Des vagues de 5 à 6 Ju 87 se suivaient et lâchaient leurs
bombes à la suite pour essayer de neutraliser les défenses
anti-aériennes ennemies. Les allemands utilisaient aussi des
bombes radio-guidées qui avaient une grande précision.
Alors que les troupes d'invasion, débarquées par la mer,
renforçaient leurs positions sur les plages, l'impensable arriva.
A 13 h 00, les Ju-52 commencèrent à lâcher leurs
grappes de parachutistes ! L'opération fut une totale surprise
pour les troupes alliées. Le correspondant de guerre Leonard
Gander évoqua cet événement :"Comme je regardais
à l'horizon, je vis une escadrille de Bf109 accompagnée
des JU-52 qui approchaient de l'île. La première vague
était constituée de 20 Ju-52. Soudain, un chapelet de
parachutistes apparurent dans le ciel. La surprise fut telle que personne
ne tira un seul coup de feu avant que le premier homme atteigne le sol
!"
Le vent étant assez fort, les parachutages ne furent pas très
précis et de nombreux hommes tombèrent dans les Baies
de part et d'autre de la "Rachi Ridge". La simple vision des
parachutistes paralysa les italiens, qui se rendirent sans combattre.
En moins d'une heure, les allemands avaient réussi à couper
l'île en deux, en contrôlant la Rachi Ridge, la dorsale
qui partageait l'île en deux.
Tilney réalisa qu'il lui fallait très rapidement des renforts.
De Samos, le Royal West Kents embarqua, mais une forte houle obligea
les bateaux de transports à faire machine arrière.
4)
L'impasse : 13 novembre.
Le
13 novembre, à l'aube, vers 9 h 00, le reste des troupes parachutistes
furent lancées sur Leros. Les allemands avaient perdu entre 100
et 200 paras et 9 Ju-52. Le groupe de l'Ouest qui n'avait pu débarquer
à cause du feu des batteries italiennes, réussit à
débarquer à l'est de l'île.
Mais les alliés réagirent, et la position du Mont Clidi
fut reconquise sur les forces allemandes avec l'aide des Destroyers
Faulkner, Beaufort et Pindos. Tilney plannifia la reconquête de
la Rachi Ridge. Mais l'aviation allemande, maître des cieux, réussit
à faire échouer la contre-attaque.
Durant ces combats, les forces de débarquement allemandes renforçaient
les têtes de pont sur les plages de l'île.
5)
Les contre-attaques du 14 et 15 novembre.
Une
nouvelle attaque de la dorsale centrale fut encore prévue. A
2 h 00, le 14 novembre, 3 compagnies attaquèrent par le sud.
Mais la confusion nocturne ne permit pas aux anglais d'avoir des résultats
significatifs, encore un match nul ! Le Colonel Frenchfut tué
durant l'attaque. Les Destroyers Echo et Belvoir pilonnaient aussi les
positions allemandes proches de San Quirco.
Malgré l'échecs des Britanniques, Tilney reçut
les compagnies A,C et D du Royal West Kents venant de Samos qui arrivèrent
à 4 h 45, le 15 novembre, à Porto Lakki. Sur le papier,
l'affaire semblait bonne, mais en réalité, seulement 250
hommes purent débarquer des destroyers.
Une nouvelle contre attaque fut entreprise par les deux extrémités
de la Rachi Ridge, essayant une manoeuvre "en pince" . Ils
gagnèrent un peu de terrain, mais la rupture des communications
entre les troupes et le QG ne put permettre la coordination des troupes.
L'action de la Luftwaffe se fit durement sentir. 260 sorties étaient
à noter, ce 15 novembre, dont 150 était le fait des Ju-88
qui bombardaient sans relâche le QG anglais.
Sur mer, les britanniques ne chômaient pas. Le destroyer HMS Echo
coula trois bateaux de débarquement allemands, ainsi qu'un "F-Boat".
Le bateau allemand coula avec une cargaison de canons d'artillerie et
quelques PzIII !!
6)
La minute de vérité : 16 novembre.
Les
troupes allemandes profitant de la supériorité aérienne
de leurs avions purent attaquer le QG anglais au Mont Meraviglia. Malgré
la situation désespérée, les britanniques se battirent
avec courage, mais à 17 h 00, devant le manque de ravitaillement,
notamment en munitions, les anglais hissèrent le drapeau blanc.
Une centaine d'hommes avait pu, malgré tout, être évacué
par mer.
La
perte de l'île de Leros "eut un goût amer" pour
Winston Churchill. La victoire, dérisoire par rapport aux enjeux
du front de l'est, fut célébrée par le Führer.
La
bataille coûta 1 109 hommes aux allemands, 5 "motor feries",
un "steam ferry", et 5 barges de débarquements.
Les britanniques connurent ici, leur dernière défaite
de la 2nde guerre mondiale, leurs pertes s'élevèrent à
environ 2 000 hommes. Les 4 800 survivants partirent en captivité.
Quelques
jours après la bataille, les allemands ne laissèrent qu'un
bataillon pour garder l'île. Ce fut pour l'Allemagne, la dernière
opération aéroportée de la guerre.
50
ans plus tard, la leçon de cette bataille reste toujours la même
: Command, control, communication, and Intelligence (C-3-I).