Le
25 mai 1944, les Allemands déclenchent l'opération Rösselsprung
(Saut du chevalier). Elle a pour but de capturer le chef des partisans
yougoslaves : Josip Broz, plus connu sous le pseudonyme de Tito. La
manoeuvre prévoit l'encerclement de la ville de Drvar et de ses
environs immédiats. Mais le point fort de l'opération
doit être le saut du SS-Fallschirmjäger-Bataillon 500 directement
sur le QG de Tito, pour empêcher sa fuite.
Le SS-Fallschirmjäger-Bataillon 500 : une unité peu commune
Avant le début de la Seconde guerre mondiale, en 1937, un premier
embryon d'unité parachutiste SS est organisé à
l'initiative du Reichsführer-SS Heinrich Himmler. Un appel au volontariat
a permis de réunir un noyau dur de quelques dizaines d'hommes,
ces derniers étant majoritairement issus des SS-Verfügungstruppen,
et particulièrement du Germania Regiment. Ils s'entraînent
du 23 mai au 17 juillet à la Fallschirmschule de Stendal. Ce
projet est reporté puis finalement suspendu par Berlin en 1939.
En 1943, le QG du Führer, qui a besoin d'une unité de parachutistes
pour ses opérations spéciales, ordonne la constitution
d'un bataillon SS. La moitié des effectifs de cette nouvelle
unité, 1 000 hommes au total, est composée de recrues
volontaires. Le reste des personnels provient de plusieurs camps disciplinaires,
dont la prison militaire de la Waffen-SS à Dantzig-Matzkau et
le SS-Straflager de Dachau, où ces hommes purgent diverses peines.
Parmi les chefs d'inculpation les plus courants, l'on trouve : l'insubordination,
la désobéissance, etc. Les hommes mettant en cause le
régime nazi lui-même ou ayant trait au marché noir
sont exclus de ce recrutement assez spécial. En échange
de leur incorporation dans le bataillon, les détenus sont réintégrés
à leur ancien grade et bénéficient d'une annulation
totale de leur peine. Contrairement à la légende qui l'entoure,
l'unique bataillon parachutiste SS jamais formé n'est pas donc
une unité purement disciplinaire, composée de fortes têtes
et de criminels. Malgré tout, il existe un Abteilung III qui
comprend un juge SS et des assistants pour enregistrer tout ce qui se
passe dans l'unité.
C'est
au mois d'octobre 1943, à Chlum, en Tchécoslovaquie, que
le SS-Fallschirmjäger-Bataillon 500 est officiellement formé.
L'unité est commandée par un ancien de la 10ème
SS Panzerdivision "Frundsberg", le SS-Sturmbannführer
Herbert Gilhofer – ancien membre du SS. Panzergrenadier Regiment
21. Elle se compose de quatre compagnies de combat (trois compagnies
de fusiliers et une lourde, avec lance-flammes, mortiers de 120 mm et
deux canons sans recul LG 40 de 75 mm) et d'une de commandement (267
hommes pour cette dernière). Dès novembre, les paras sont
transportés en train jusqu'à la Luftwaffe Fallschirm-Schule
Nr 3 de Mataruska-Banja, à proximité de Kraljevo en Serbie.
Sur place, ils s'initient aux techniques du saut en parachute. L'entraînement
physique auquel ils sont soumis est particulièrement éprouvant.
Marches forcées et opérations de survie en montagne sont
monnaie courante. La cohésion du groupe est à ce prix,
vu l'hétérogénéité de la formation
que nous avons souligné plus haut.
Janvier
1944 marque le départ du bataillon pour la Hongrie, où
celui-ci ne reste que quelques semaines pour compléter l'entraînement
parachutiste à Papa. Dès février, les paras SS
sont engagés dans leur premier combat contre les partisans de
Tito. Ils mènent une opération de ratissage (Bandenkampf)
en Bosnie-Herzégovine, près de Tuzla, en coopération
avec d'autres troupes allemandes. De février à avril,
les opérations contre les partisans communistes se succèdent
à un rythme soutenu, aussi bien en Serbie, au Monténégro,
qu'en Macédoine ou bien en Bosnie. Mais dans ces opérations,
les paras SS sont utilisés en tant que fantassins d'élite
et non en tant que troupes aéroportées, comme d'ailleurs
les Fallschirmjägers de la Luftwaffe. Ils combattent surtout aux
côtés des Waffen-SS de la 7ème SS Freiwilligen Gebirgsdivision
"Prinz Eugen". Fin avril 1944, le bataillon est retiré
des combats et regagne sa base. Herbert Gilhofer cède son commandement
au SS-Hauptsturmführer Kurt Rybka. Celui-ci reçoit bientôt
ses ordres de Berlin. La prochaine mission du bataillon sera non seulement
une opération aéroportée, mais elle aurait un objectif
de taille : capturer ou éliminer un personnage nommé Josip
Broz, qui n'est rien moins que la véritable dénomination
de Tito !
Objectif
Tito
L'homme représente un objectif prioritaire pour le commandement
allemand des Balkans. Non seulement le leader communiste est parvenu
à organiser et à constituer une redoutable armée
comprenant entre 250 000 et 300 000 partisans, baptisée NOVJ
(en français Armée Populaire Yougoslave de Libération),
mais de surcroît il est reconnu officiellement par les nations
alliées comme unique interlocuteur dans la région. Les
Britanniques lui acheminent du matériel et de l'approvisionnement
depuis juillet 1943, lâchant le leader monarchiste Dara Mihaïlovic
et ses Tchetniks. Anglais, Américains et Soviétiques (en
1944) ont même établi des missions de liaison permanentes
avec Tito. Retranché de manière à priori indélogeable
au sein des montagnes yougoslaves, Tito mène depuis 1941 des
opérations de plus ou moins grande échelle contre les
forces de l'Axe. Il a bénéficié de la confusion
suscitée par l'armistice italien du 8 septembre 1943, pendant
laquelle les partisans ont fait main basse sur une grande quantité
d'armes.
Si les Allemands gardent le contrôle des agglomérations
et des noeuds routiers, la situation est bien plus délicate en
ce qui concerne les zones rurales et montagneuses. Les partisans contrôlent
grosso modo le tiers du pays. Cette situation de lutte permanente est
très difficile à gérer pour la Wehrmacht : la guerre
contre les partisans draine de nombreuses forces et le taux d'attrition
des unités est très élevé. Les représailles
sont de mise dans les deux camps, donnant aux combats un caractère
impitoyable : les prisonniers se font rares, en 1944... . Les partisans
entretiennent une guérilla féroce qui rend la vie des
troupes allemandes de Yougoslavie particulièrement dure. Le terrain,
parsemé de zones montagneuses, de ravins, de grottes, est un
refuge pour les partisans, tandis que l'étroitesse des routes
et des sentiers rend le déplacement des colonnes allemandes difficile,
et la traque de Tito presque impossible.
La situation est d'autant plus critique qu'en ce début d'année
1944, l'Allemagne doit faire face à la poussée soviétique
sur le front de l'Est, mais aussi à la pression des Alliés
en Italie. Les moyens manquent pour organiser une nouvelle opération
de nettoyage dans les Balkans. Il reste toute de même la Prinz
Eugen, mise sur pied par Arthur Phelps, assistée de quelques
réguliers et de volontaires serbes, albanais et bosniaques. Vers
la fin du mois de février, un commando de Brandebourgeois commandé
par le Major Benesch a localisé le QG de Tito. Il serait à
Drvar, petite cité construite au fond de la vallée encaissée
de l'Unac, dans la Bosnie occidentale. La dernière opération
d'envergure contre les partisans, la cinquième de grand style,
a forcé Tito a abandonné Jajce (100 km au nord-ouest de
Sarajevo) pour Drvar, à 80 km plus à l'ouest. Suite à
cette information, plusieurs plans sont examinés pour se débarrasser
de Tito -dont un proposé par Otto Skorzeny, qui juge l'assaut
aéroporté trop conventionnel : une infiltration de nuit
d'un commando de faux-partisans- mais seule une opération aéroportée,
avec la surprise et la rapidité d'action qu'elle doit impliquer,
semble pouvoir réussir. L'assaut est confié aux paras
du SS-Fallschirmjäger-Bataillon 500.
Les
préparatifs
L'opération, baptisée "Rösselsprung" est
prévue pour le 25 mai 1944, le jour de la Pentecôte. Pour
assurer la capture de Tito, le commandement allemand prévoit
un vaste encerclement de la ville de Drvar et des environs. Plusieurs
colonnes motorisées appuyées par la Luftwaffe devront
converger des villes de Bihac, Livno, Jajce, Krupa, Bosan et Kulen puis
se rabattre pour arriver sur Drvar. Sont engagés dans l'opération
les vétérans de la Prinz Eugen, renforcée par des
éléments de la 1ère Gebirgsdivision, qui ont pour
mission d'assiéger Drvar. Il y a aussi le 92ème Infanterie
Regiment (mot.). La 373ème Infanterie Division (kroat.) comprend
les 383. et 384 I.R., l'Aufklärungs Abteilung 373 et le Panzerjäger
Abteilung 373. Les II. et III. Bataillonen du 1. Brandenburg Regiment
sont également engagés, et les sources mentionnent la
participation d'environ 300 Oustachas croates et de 500 Tchetniks serbes.
Pour éviter que Tito et son état-major ne prennent la
fuite, les Allemands feront sauter le bataillon SS directement sur le
QG des partisans. L'opération est pourtant le premier assaut
aéroporté de l'unité ; la mission est certes simple,
mais s'annonce très difficile. Il faudra éliminer Tito
et son état-major, mais aussi les officiers alliés des
missions de liaison présents sur place. La première vague
est composée de 654 parachutistes. Ils seront accompagnés
d'un commando d'une vingtaine d'hommes. Baptisé Abteilung Savadil,
il est composé de Brandebourgeois, de spécialistes des
transmissions et d'interprètes de la Prinz Eugen. Il doit détruire
les installations de tranmission adverses et s'emparer des codes secrets
des partisans. A défaut d'éliminer la menace des partisans,
les Allemands comptent opérer une frappe décapitante qui
supprimerait la tête et les moyens de transmission ennemis.
L'opération
est audacieuse, mais elle ne peut compter sur le potentiel de la Luftwaffe,
bien érodée depuis les opérations aéroportées
du début de la guerre. Les Ju 52 "Tante Ju" font cruellement
défaut. Le bataillon doit donc se rabattre sur l'aérotransport
: 300 paras seront largués tandis que 340 seront déposés
en planeurs. Des DFS 230 et des Gotha Go 242 sont fournis par les 4./II.
et III./LLG1 et sont tractés par des Ju-87, des Hs-126 et même
des Avia de récupération. Le bataillon lui-même
est divisé en plusieurs groupes. Les 340 aérostransportés
sont partagés en six fractions : la plus importante, nommée
Panther, comprend 110 hommes et doit prendre la citadelle, Tito et son
état-major. Trois autres groupes, Greifer, Sturmer, Brecher,
comptent une cinquantaine de paras chacun et doivent liquider les missions
alliées. Les groupes Daufnanger (ou Draufgänger) et Beisser,
avec 50 paras également, sont renforcés par l'Abteilung
Savadil et doivent détruire les installations de transmission
et s'emparer des codes radios ; le second doit neutraliser une station
radio hors de la ville et doit ensuite renforce Greifer. Si tout se
passe bien, le groupe Panther devra déployer un drapeau à
croix gammée à l'entrée de la grotte ; dans le
cas contraire, une fusée rouge sera tirée et le groupe
Sturmer renforcé de paras arrivera à la rescousse. Les
314 parachutistes sont quant à eux répartis en trois unités,
"bleu" (100 hommes), "vert" (95 hommes) et "rouge"
(85 hommes). Le SS-Hauptsturmführer Rybka sautera avec ce dernier
détachement. Une seconde vague est prévue avec la seconde
roatation des Ju 52. Leur tâche est de sécuriser la zone
d'atterrissage des planeurs, puis une fois ceux-ci arrivés, de
décrocher pour encercler le village de Drvar. Les paras doivent
faire en sorte qu'aucun renfort extérieur ne puisse venir interférer
avec l'assaut sur le QG de Tito.
De
l'autre côté, quelle est la position des partisans ? Malgré
le secret qui entoure l'opération, Tito et ses hommes se doutent
de l'imminence d'un raid. Ils ignorent sans doute la présence
de l'unité parachutiste SS et ne songent pas à un assaut
aéroporté, mais ils se tiennent sur leur garde. Les Allemands
ont en effet procédé à des attaques aériennes
sur Drvar, objectif dépourvu d'interêt, ce qui n'a fait
que renforcer leur méfiance. Tito a fait renforcer sa garde rapprochée.
Equipés de pistolets-mitrailleurs et de grenades, des hommes
et des femmes se tiennent à ses côtés en permanence.
Un bataillon d'infanterie, un autre du génie, un groupe de 150
élèves-officiers, d'autres troupes sont cantonnées
à Drvar ou à proximité. Tito n'est pas installée
dans le village, mais dans une baraque de bois édifiée
dans une grotte sur le flanc même de la montagne, à 4 ou
5 km de Drvar. Ainsi il ne risque rien des raids aériens allemands.
Alentour sont placées des mitrailleuses et des pièces
de DCA légère. Les partisans ont aussi placé trois
chars italiens capturés, des Fiat Ansaldo L6/40 retournés,
dans Drvar. La cloche du village a été ôtée
de son logement et placée dans la montagne pour sonner l'alarme
en cas d'attaque. Les missions alliées ont par précaution
été déplacées à Potoci, un petit
village à l'est de Drvar. Au soir du 24 mai 1944, il ne reste
plus avec Tito que 4 correspondants de guerre. La réception pour
les paras allemands s'annonce être de taille !
Opération Rösselsprung : le Jour-J
Entre le 21 et le 24 mai, les paras SS sont convoyés en camions
et par voie ferrée depuis Kraljevo et Mataruska Banja. Ils partent
sur les terrains d'aviation de Zrenganin, Banja Luka et Zagreb. Depuis
plusieurs jours, le black-out total sur l'opération a été
décrété. Pour éviter les fuites, le matériel
de saut (casques, parachutes) est camouflé. On prend toutes les
mesures nécessaires pour que les espions titistes ne puissent
découvrir les véritables intentions de l'opération
: les insignes de l'unité sont même arrachés des
uniformes. Le briefing des hommes a lieu dans la matinée du 24
mai : les renseignements sont plutôt vagues, et même sommaires
sur le dispositif adverse. La photo de Tito qu'on leur présente
n'est pas non plus d'une grande utilité.
Dans la nuit du 24 au 25 mai, les convois routiers commencent à
se mettre en route sur Drvar, tandis que les paras embarquent dans les
"Tante Ju" et les planeurs. A 5h, la Luftwaffe déclenche
une attaque sur Drvar. Les premiers paras sautent sur l'objectif à
6h50. La formation de Ju 52 se compose de groupes de trois appareils
chacun qui larguent 45 paras (15 par appareil). En moins de cinq minutes,
tous les sticks sont dans les airs. Pour essayer d'éviter des
pertes causées par le tir antiaérien, les paras ont pris
le risque de sauter à très basse altitude, la descente
ne durant qu'une quinzaine de secondes. Le SS-Hauptsturmführer
Rybka est parmi les premiers sur le terrain. Rapidement, les zones d'atterrisage
des planeurs sont sécurisés. Mais les planeurs, s'ils
arrivent presque tous sur les terrains prévus, ont souffert pour
leur part du tir antiaérien des partisans : il y a des morts
et des blessés dans les carcasses. Sur les 30 DFS 230, un seul
s'est crashé assez loin de la zone prévue, entraînant
dans la mort le chef du groupe Greifer. Le manque d'armes lourdes pour
riposter au tir de plus en plus nourri des partisans est patent ; le
PC de Rybka est installé dans un DFS 230 au sol. Le groupe Draufgänger
a atterri sur la place du centre ville et neutralise rapidement les
transmissions yougoslaves ; en revanche, la prise du bâtiment
abritant les centraux téléphoniques est difficile, des
femmes notamment se battent avec acharnement. A 9h, Drvar tombe enfin,
mais il reste à s'emparer de Tito.
Une
fusée rouge monte dans le ciel : le groupe Panther est mis à
mal, les six planeurs se sont posés à l'endroit prévu
mais la riposte des partisans est sévère, les MG 42 crépitent
pour battre l'entrée de la grotte. Malgrè la disproportion
évidente des forces, Rybka décide tout de même de
lancer ses hommes à l'assaut de la grotte du chef yougoslave,
avec les trois groupes Greifer, Sturmer et Brecher. L'attaque se termine
en carnage, les partisans bien retranchés arrosant à l'envie
les paras qui tentent d'approcher de l'objectif, sans aucune protection
naturelle ou presque. Par ailleurs, les élèves-officiers
installés à Sipoulyani, leur centre de formation près
de Drvar, prennent de flanc les paras SS. Une seconde attaque ne donne
pas plus de résultats, alors que les renforts titistes affluent.
Mais le pire, c'est que personne ne sait si Tito est encore là.
Les sources divergent : celui-ci serait parti pendant la nuit avec son
état-major, ou bien à 7h, au moment où les premiers
paras ont atterri, ou encore pendant le premier assaut sur la grotte.
Il aurait pris un tunnel menant au sommet de la montagne. De là,
il aurait gagné une voie de chemin de fer puis l'aérodrome
de Kupresko Polje où un avion soviétique l'aurait déposé
à Bari, en Italie. Une des failles du plan allemand réside
dans la non prise en compte des chemins de repli possibles de Tito.
En
attendant, la situation des paras SS est critique. Les blessés
s'accumulent et les partisans de la brigade "Lika" et du "corps
dalmate" gagnent du terrain. Ils reprennent les abord de la grotte
de Tito et repoussent les Allemands. Rybka scrute le ciel et attend
avec angoisse l'arrivée de la seconde vague de paras, qui arrive
finalement à 11h50 : 200 hommes sautent menés par le SS-Hauptsturmführer
Obermeier. Les pertes sont lourdes durant la descente et pendant l'arrivée
au sol. Les Stukas tournoient au-dessus des paras et tentent d'infliger
le plus de pertes aux partisans de la 1ère brigade prolétarienne.
Mais ceux-ci peuvent se cacher dans les grottes et derrière les
rochers. Les paras commencent à manquer de munitions, et, du
fait de la violence de l'engagement, ils ne peuvent se replier vers
les planeurs pour prendre des caisses de munitions.
Rybka
décide alors de tenter le tout pour le tout et mène lui-même
un troisième assaut. Les paras arrivent au contact malgré
des pertes sensibles et un terrible corps-à-corps s'ensuit, où
même des femmes partisans se mêlent à cette foire
d'empoigne !. Rybka a l'un de ses bras criblé d'éclats
de grenade. Les diables verts parviennent finalement à la grotte
de Tito... vide depuis longtemps. Ils peuvent juste prendre un uniforme
neuf du maréchal yougoslave. Les paras se replient et emmènent
Rybka blessé, sous la pression des partisans, dont les premiers
engagés ont été relevés par la troupe fraîche
du 1er bataillon de la 1ère brigade, ils retraitent vers la vallée,
en avant de Drvar. Le SS-Hauptsturmführer Bentrup prend alors la
tête des survivants et une défense provisoire s'organise
autour du cimetière de la localité. Un petit groupe de
paras, isolé dans une ferme, n'a pas reçu l'ordre de repli
; les Allemands résistent jusqu'au dernier et la position n'est
réduite qu'à minuit par les partisans. Il est prévu
que les Grenadiere du Kampfgruppe "Willan" de la 373. I.D.
(kroat.) relèvent les paras en fin de journée.
Mais
à la tombée de la nuit, aucune trace des Croates censés
assurer la relève. Bentrup obtient tout de même qu'un Fieseler
Storch atterrisse près de ses positions et emporte Rybka, dont
l'état de santé se détériore. Celui-ci,
sauvé de justesse, passera de longues semaines dans un hôpital
de Prague. En fait, les partisans tiennent tout le secteur et ralentissent
au mieux les colonnes motorisées allemandes qui convergent sur
Drvar. Dans le même temps, ils attaquent le cimetière,
pilonné au préalable avec quelques mortiers. Les habitants
de Drvar sont aussi jetés dans la fournaise. En définitive,
les SS parviennent à s'extraire du cimetière et à
se retrancher dans une grande scierie à la périphérie
de la localité. En pleine nuit, la défense s'organise,
on rassemble les munitions, les blessés valides tiennent des
postes à côté des autres. La nuit est jalonnée
de combats, la 1ère brigade prolétarienne lançant
offensive sur offensive.
Au
matin du 26 mai 1944, les paras SS sont enfin délivrés
par le bataillon de reconnaissance de la Prinz Eugen.
Le haut-commandement allemand pavoise, faisant état de la destruction
du QG de Tito et de pertes adverses estimées à 6 000 hommes
(effet de propagande oblige). Seulement, sur les 1 000 hommes du SS-Fallschirmjäger-Bataillon
500, il ne reste plus que 200 hommes valides ! Plus précisément,
à la fin de la bataille, 15 officiers, 81 sous-officiers et 196
hommes de troupe en état de combattre. Les pertes se montent
à 213 tués, 881 blessés et 59 disparus pour l'ensemble
de l'opération -la majorité concernant bien sûr
le bataillon de paras. Les Yougoslaves, eux, admettent 200 morts, 400
blessés et 60 disparus, chiffres là encore certainement
en dessous de la réalité. Les SS peuvent désormais
visiter à loisir leur champ de bataille : en plus de l'uniforme,
ils découvrent une jeep et des tracts de propagande. Un butin
bien maigre au regard des pertes subies ! Le seul bénéfice
de l'opération est que Tito, assez décontenancé
par cette attaque, quitte momentanément la Yougoslavie pour se
réfugier dans l'île de Vis, sur la mer Adriatique.
Les partisans pâtiront pendant quelque temps de cet exil.
KADARI (Yannis), Histoire de guerre n° 57, « Le SS-Fallschirmjäger-Bataillon
500 saute sur le QG de Tito », avril 2005.
MONTAGNON (Pierre), Histoire des commandos, tome 2 : 1944-1945, Paris,
Pygmalion, 2002.